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mercredi, 20 décembre 2017

19 décembre. Bienheureux Urbain V, pape. 1370.

- Le Bienheureux Urbain V, pape. 1370.

Papes : Innocent VI (prédécesseur, +1362) ; Grégoire XI (successeur). Rois de France : Jean II, le Bon (+1364) ; Charles V, le Sage.

" Bienheureux Urbain, sage réformateur du clergé et des Ordres religieux défenseur intrépide des droits et de ta liberté de l'Eglise ; ardent propagateur de l'Evangile parmi les nations Infidèles, priez pour nous."
Litanies du Bienheureux Urbain V.

Le bienheureux Urbain V. Simone de Filippo. XIVe.

Guillaume de Grimoard, qui devait faire oublier son nom de famille et immortaliser celui d'Urbain V, naquit au château de Grisac, au diocèse de Mende, au sommet des Cévennes, en 1310.

Il eut pour parrain saint Elzéar de Sabran (que l'on fête au 27 septembre, et qui est aussi connu sous la dénomination de saint Elzéar de Robians ou saint Augias de Rodians), et, dès l'âge le plus tendre, il se montra digne d'avoir été tenu sur les fonts baptismaux par de telles mains. Encore enfant, il aimait tant la prière et si peu les amusements frivoles que sa mère étonnée lui disait a Mon fils, je ne vous comprends pas, mais il me suffit que Dieu vous comprenne. Doué d'une vive intelligence, il étudia les belles-lettres, la philosophie et le droit, avec une application qui lui fit faire, dans toutes ces sciences, de rapides progrès. Les célèbres écoles de Montpellier et de Toulouse le comptèrent parmi leurs élèves les plus distingués, sans qu'il se laissât jamais aller aux désordres trop fréquents alors parmi les étudiants sa fidélite à Dieu et son assiduité à ses devoirs religieux le protégèrent contre la corruption du siècle.

Reliquaire de saint Elzéar de Sabran, le saint oncle de notre Bienheureux,
et de sainte Delphine, son épouse. Eglise Saint-Martin. Ansouis. Provence. XVe.

La noblesse de sa famille, l'élévation de son esprit, la variété de ses connaissances, l'affabilité de ses manières qui gagnait tous les cœurs, lui assuraient un brillant avenir. Mais jeune encore, il Tenonça au monde pour satisfaire, sans partage, les plus nobles aspirations de son âme l'amour de l'étude et la piété. Il embrassa la Règle de Saint-Benoît et fit sa profession religieuse à Marseille, dans le monastère de Saint-Victor. On sait quelle large place la science ecclésiastique occupait dans la vie des moines bénédictins. On ne peut prononcer leur nom, sans se rappeler les immenses services qu'ils ont rendus à l'Eglise, et les innombrables chefs-d'oeuvre de patiente érudition qu'ils nous ont laissés.

Mais Guillaume de Grimoard n'enfermait pas sa jeunesse dans le cloître uniquement pour s'entourer de manuscrits et savourer les tranquilles douceurs de là science, c'était Dieu surtout qu'il cherchait dans la solitude, et il le servit avec une ferveur qui lui fit trouver faciles les pratiques les plus austères de la vie monastique. Déjà, à cette époque, il se distinguait par sa tendre dévotion pour la très-sainte Vierge sa confiance pour notre Bonne Mère ne fit que croître avec les années, et les nombreux sanctuaires qu'il éleva plus tard en son honneur, sont un témoignage touchant du culte qu'il lui avait voué.

Château de Grizac. Le bienheureux Urbain V, Guillaume de Grimoard,
y naquit. Le Pont-de-Montvert. Gévaudan. France.

La profession religieuse, qui avait suspendu les études du jeune Guillaume, ne l'empêcha pas de les reprendre quelque temps après, et il le fit avec de nouveaux succès qui étonnaient ses maîtres eux-mêmes Il venait à peine de conquérir le titre de docteur en droit canon, que ses supérieurs, frappés de l'éclat avec lequel il avait subi ses épreuves universitaires, ainsi que de l'étendue et de la solidité de son savoir, se décidèrent à lui laisser suivre son inclination pour l'enseignement du droit. Ce sera là désormais l'occupation principale de sa vie jusqu'à l'époque où il sera élevé au souverain Pontificat les universités de Toulouse, de Montpellier, de Paris et d'Avignon le verront, tour à tour, attirant auprès de sa chaire des multitudes d'auditeurs qu'il instruisait, avec une grande profondeur de doctrine, et qu'il charmait, par l'intérêt attaché à sa parole.

Malgré son attrait pour l'enseignement, Guillaume de Grimoard dut interrompre, plus d'une fois, le cours de ses doctes leçons, pour occuper les postes élevés auxquels sa science et ses vertus semblaient l'avoir destiné. Devenu successivement vicaire-général des évêques de Ctermont et d'Uzès, il fut, pour les prélats qui l'avaient honoré de leur confiance, un collaborateur, ou plutôt un ami aussi fidèle que secourable.

Mettant en pratique ce qu'il avait enseigné, du haut de sa chaire, sur l'union intime et parfaite que le vicaire-général doit avoir avec son évêque, on le vit seconder le zèle des pasteurs qui se l'étaient attaché, avec une loyauté inaltérable et un désintéressement à toute épreuve, sans jamais se rechercher lui-même. Aussi le Seigneur bénissait-il son ministère pendant que sa parole sincère et persuasive opérait les fruits de salut les plus abondants, les peuples pénétrés d'admiration pour ses vertus, et principalement pour son inépuisable charité envers les pauvres, le vénéraient déjà comme un véritable serviteur de Dieu et comme un Saint.

Tant de mérites attirèrent sur Guillaume l'attention du pape Clément VI qui le nomma abbé de Saint-Germain d'Auxerre et le choisit, bientôt après, pour légat en Italie, en le chargeant d'une mission de la plus haute importance. Il ne s'agissait de rien moins que de faire rentrer sous l'autorité du Saint-Siège, les procès et les villes usurpées, et de préparer les voies, par la pacification de Rome et du patrimoine de Saint-Pierre, au retour de la papauté dans la ville prédestinée, où elle doit résider.

Abbaye Saint-Victor. Les reliques du bienheureux Urbain V y étaient
conservées jusqu'aux ravages déplorables accomplis par les bêtes
féroces révolutionnaires en 1793. Marseille. Provence. France.

A cette époque, Rome était encore pins désolée que dans ces derniers temps. Car, si grands que soient ses malheurs à cette heure, ils peuvent à peine donner une idée de ce qu'elle a souffert au milieu du XIVe siècle. Plusieurs factions rivales se disputaient sa possession elle subissait, tour à tour, les excès de la tyrannie populaire et les horreurs de l'anarchie. Un moment l'audacieux Rienzi lui rendit un gouvernement régulier mais le tribun, enivré par le succès, rêve le rétablissement de l'empire romain. La résistance que rencontrent ses projets insensés le rend cruel. Il verse le sang, le peuple se soulève tremblant devant la foule ameutée, qui l'avait naguère acclamé au Capitole, il est tué ignominieusement. Les petits despotes qui lui succèdent n'héritent que de ses défauts. Portés au pouvoir par le caprice populaire, ils sont renversés le lendemain. L'Italie n'est qu'un champ de bataille, Rome qu'un repaire de bandits. La papauté, qui seule pouvait lui rendre le bonheur, attendait le moment où le succès de ses légats lui permettrait de retourner auprès du tombeau des saints Apôtres.

Il n'entre pas dans les limites que nous nous sommes imposées, de faire connaître, en détail, les diverses légations de Guillaume de Grimoard. A ne le considérer que comme un homme d'Etat ordinaire, il faudrait reconnaître qu'il y déploya des qualités éminentes, mais sa vertu l'éleva davantage. Les historiens de sa vie s'accordent à constater qu'il porta au plus haut degré, dans ses démarches, le sentiment de la justice ; que la droiture et la vérité, qui présidèrent à toutes ses négociations, en firent la plus sûre habileté. Ils rendent encore hommage à la fermeté et au courage héroïque dont il fit preuve envers les envahisseurs des domaines du Saint-Siège, et notamment devant les menaces et les violences du terrible Barnabo Visconti.

Tandis que ces heureux événements réjouissaient la vieillesse d'Innocent VI, l'abbaye de Saint-Victor devint vacante, par la mort d'Etienne de Clapiers le pape y nomma aussitôt Guillaume de Grimoard, à qui il voulait témoigner sa reconnaissance et qui était, depuis quelque temps, revenu à Avignon. Avec quel bonheur le pieux bénédictin ne rentra-t-il pas dans la tranquillité de la vie monastique Il retrouvait enfin cette chère abbaye où, dans sa jeunesse, il s'était consacré à Dieu et vers laquelle, au milieu des agitations de la vie publique, il n'avait cessé de tourner ses regards. Simple religieux, il s'était fait remarquer, à Saint-Victor, par sa parfaite régularité et par son obéissance devenu supérieur, il ne se distingue pas moins par la sagesse de son gouvernement.

Barnabo Visconti. Gravure du XVIe.

Guillaume n'avait pas de plus ardent désir que de travailler à sa sanctification, dans le calme et le silence de cette pieuse retraite mais déjà le mérite du saint Abbé avait répandu trop d'éclat pour que le souverain Pontife consentît à le laisser longtemps caché dans le cloître. Innocent VI, jugeant la présence de Guillaume nécessaire en Italie, venait de lui confier une nouvelle mission, et déjà notre Bienheureux était parvenu à Naples, quand on apprit la mort du Pape.

Les cardinaux se réunirent en conclave, suivant l'usage, mais ils ne purent s'entendre pour élire l'un d'entre eux ils se résolurent alors à choisir le nouveau Pape hors du Sacré Collége, et bientôt leurs votes unanimes se portèrent sur Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor, qui se trouvait encore en Italie. Une seule personne s'attrista de cette élection, c'était celui qui en était l'objet; mais la chrétienté tout entière s'en réjouit et l'acclama.
" Dieu prend donc pitié de ceux qu'il aime ", s'écriait à cette occasion l'un des plus grands poëtes de l'Italie, " Il veut donc faire revivre l'âge d'or et ramener, à son antique siége, l'Eglise qu'il a laissée errer si longtemps pour châtier les crimes des hommes ".
En courbant la tête sous le " Joug de la servitude apostolique ", Guillaume de Grimoard prit le nom d'Urbain V. Il fit son entrée à Avignon, le 31 octobre 1362, et il fut sacré et couronné le dimanche suivant, 6 novembre.

Dès qu'il fut monté sur la chaire de saint Pierre, le nouveau Pape se proposa trois desseins dignes de sa grande âme ramener la Papauté à Rome, réformer les mœurs, notamment en combattant l'ignorance enfin propager au loin la foi catholique. Sans nous astreindre à suivre l'ordre chronologique, nous considérerons successivement ce que fit Urbain V, pour réaliser ces trois grandes pensées.

Le bienheureux Urbain V. Henri Ségur. Palais des Papes.
Avignon. Comtat vénaissin. France. XIXe.

Les rivalités, sans cesse renaissantes, qui armaient les petites républiques Italiennes les unes contre les autres et faisaient de tous les seigneurs des chefs de bandes toujours prêtes à guerroyer, formaient un obstacle, en apparence insurmontable, au retour de la Papauté à Rome. Il fallait, avant tout, rendre à la malheureuse Italie les bienfaits de la paix, réconcilier les cités rivales, rapprocher des ennemis altérés de vengeance. Urbain V, décidé à poursuivre un si noble but, continua comme Pape, et avec la même persévérance et la même énergie, ce qu'il avait fait quelque temps auparavant, comme envoyé d'Innocent VI. Il chargea donc le général des Frères Mineurs, Marc de Viterbe, d'aller de ville en ville prêcher la paix et amener les chefs de parti à la conclure sincèrement. Celui-ci écrivit lui-même à Galéas Visconti et au marquis de Montferrat :
" Nous vous exhortons, nous vous supplions de vouloir bien considérer la multitude des maux que la guerre produit et de vous disposer à faire une paix honorable."

La mission de Marc de Viterbe était hérissée de difficultés les chefs de bandes promettaient la paix quand ils se sentaient menacés, mais bientôt ils recommençaient la guerre. Pour arrêter l'effusion du sang, qui coulait depuis tant d'années, Urbain V accepta des arrangements avec ces infatigables batailleurs. Sa condescendance porta d'heureux fruits. L'Italie retrouva enfin la tranquillité, et l'illustre cardinal AEgidius Albornoz à qui revient, après le Pape, le principal honneur de cette pacification, put donner à l'Etat pontifical ces constitutions célèbres qui l'ont régi, pendant plusieurs siècles, et qui du nom du cardinal s'appelaient Aegidiennes.

Alors disparurent les vieilles dénominations de Guelfes et de Gibelins. Les anciens partis s'effacèrent il n'y eut plus qu'un peuple soumis à l'autorité du souverain Pontife, appelant de tous ses vœux son retour à Rome. Urbain V reçut, à Avignon, une ambassade envoyée par les Romains pour le conjurer de hâter son départ. Sa joie fut grande en recevant l'assurance que l'Etat pontifical, complétement pacifié, soupirait après sa présence et que l'indépendance du Vicaire de Jésus-Christ n'y serait plus menacée'Néanmoins ce ne fut pas sans s'imposer les plus pénibles efforts qu'il se décida à s'éloigner de la France il n'avait jamais oublié était sa patrie et il lui était profondément attaché ; de plus, son départ allait le séparer de son vieux père âgé de cent ans et qu'il avait fait venir, auprès de lui, à Avignon, pour l'entourer de ses soins et dé sa tendresse.

Mais, dans le coeur d'Urbain, il y avait longtemps que l'accomplissement du devoir l'emportait sur les sacrifices ; sur ces entrefaites, son vénérable père vint à mourir, il le pleura comme un bon fils, et enfin les préparatifs de son voyage étant achevés, il partit d'Avignon le 30 avril 1367 ; il se rendit à Marseille et il y attendit, dans l'abbaye de Saint-Victor, la réunion des galères envoyées pour former son escorte.

Urbain V naviguant vers Rome.
Miscellanea historica. XIVe.

Ce fut le 19 mai qu'Urbain V s'éloigna des rivages de Marseille, en bénissant la ville et la terre de la France, où la papauté persécutée trouva toujours un asile hospitalier. En apprenant le retour si ardemment désira souverain Pontife, l'Italie tressaillit d'allégresse. A Gênes, à Corneto, à Viterbe, le peuple accourut sur son passage, en agitant des branches d'olivier et en poussant ces cris de joie mille fois répétés :
" Loué soit Jésus-Christ ! Vive le Saint-Père !"

Après un séjour de quelques mois à Viterbe, pour y arranger diverses affaires, Urbain V fit son entrée solennelle à Rome c'était le samedi, 13 octobre 1367. Une foule immense, ivre de bonheur, précédait et suivait le cortége ; c'était un véritable triomphe. Partout flottaient des drapeaux et retentissaient de joyeuses acclamations. On ne se lassait pas de contempler le Pontife que Rome retrouvait, après l'avoir perdu si longtemps, et qu'elle a besoin de posséder pour être véritablement Rome. Urbain V se rendit dans la basilique de Saint-Pierre et alla prier sur le tombeau des saints Apôtres. Ses yeux se mouillèrent de larmes. Il remercia la Providence de l'avoir enfin conduit dans la ville, choisie par Dieu pour être le séjour du Vicaire de Jésus-Christ, et en songeant au long exil de la papauté, il murmura pendant que ses pleurs coulaient :
" Super flumina Babylonis illic sedimus et flevimus, cum recordaremur Sion."
" Nous nous sommes assis au bord des fleuves de Babylone, et là, nous avons pleuré en nous souvenant de Sion."

En ramenant la Papauté à Rome, Urbain avait accompli l'un des principaux desseins qu'il s'était imposés. Son séjour dans la ville éternelle lui permettait de travailler plus efficacement qu'en aucun lieu du monde à la réforme des mœurs et à la propagation de la foi.

Dès les premiers jours de son pontificat, affligé du relâchement des mœurs, suite fatale des guerres qui agitaient l'Europe entière, il s'efforça d'y porter remède. Les princes donnaient l'exemple de tous les crimes. Les soldats, vendant leur épée à qui la payait davantage, ne connaissaient plus ni patrie, ni discipline, ni sentiment du devoir. La corruption morale s'étendant comme une maladie contagieuse avait envahi toutes les classes de la société le clergé lui-même et les moines n'en étaient pas exempts. Les désordres étaient tels que beaucoup d'hommes épouvantés croyaient que le monde allait finir. La grandeur du mal ne découragea pas Urbain V.

Florin d'Urbain V.

Il commença par s'attaquer aux abus qui s'étaient introduits dans la cour pontificale, pour travailler ensuite plus hardiment à corriger les mœurs des clercs et des fidèles. Le rang élevé des coupables n'empêcha jamais le saint Pape de les reprendre de leurs fautes et de les exhorter à changer de vie c'est ainsi qu'il en agit à l'égard de Pierre le Cruel, roi de Castille ; de Pierre, roi de Chypre et de Casimir, roi de Pologne. Il étendit la réforme à un grand nombre de monastères, mais nous devons une mention spéciale à l'oeuvre de rénovation qu'il accomplit au Mont Cassin. L'illustre abbaye en a conservé le reconnaissant souvenir, elle le considère comme son second fondateur.

Urbain V publia, en outre, de nombreux décrets pour là correction des mœurs, et afin d'en assurer l'exécution, il ordonna à plusieurs reprises la tenue des conciles provinciaux et il veilla à leur célébration. On peut citer parmi ses ordonnances les plus utiles celles qu'il rendit contre les usuriers, contre le cumul des bénéfices, contre le luxe, contre l'immodestie des vêtements, contre les hommes de guerre qui vivaient de meurtres et de pillage, au lieu d'observer les lois de l'honneur et la discipline militaire. Il contribua autant que Duguesclin à délivrer la France de ces redoutables armées de mercenaires qu'on appelait les routiers ou grandes compagnies. La sollicitude d'Urbain V s'étendait sur tous les besoins de la société religieuse et de la société civile, l'une et l'autre alors si étroitement unies.

Ce qui ajoutait à l'efncacité de ses infatigables efforts, c'est qu'il prêchait encore plus par ses exemples que par ses paroles. On admirait l'austérité de sa vie, la délicatesse de sa conscience, la ferveur de sa piété. Loin de rechercher le faste, il fit régner, dans son palais, la modestie et la simplicité. Il porta toute sa vie l'habit monastique, et le peuple était touché de le voir, dans les fêtes publiques, vêtu comme un humble moine.

Il conserva jusqu'à la fin de ses jours les habitudes de mortification et de frugalité qu'il avait contractées en observant avec une fidélité scrupuleuse la Règle bénédictine. L'amour des pauvres fut une de ses principales vertus. Quand on servait sur sa table des aliments moins simples que de coutume, il les faisait porter aux indigents. Chaque jour, pendant ses repas, il demandait à ceux qui étaient admis auprès de lui s'ils ne connaissaient pas des malheureux dont personne ne soulageait l'infortune. Il s'empressait alors d'envoyer à ces pauvres abandonnés, de l'argent, de la nourriture et des vêtements. Quelquefois ceux-ci, abusant de sa charité, se présentaient à ses audiences pour solliciter de nouvelles faveurs. Les cardinaux, par prudence, voulaient les éloigner mais le Pape appelait ces malheureux, les écoutait avec patience et ne les renvoyait pas sans leur donner quelque preuve de son affection.

Gisant de saint Urbain V. Collégiale Saint-Martial. Avignon.

Pour consolider les réformes morales que ses exemples et sa parole recommandaient si éloquemment, Urbain V s'appliqua à répandre l'instruction et à favoriser les bonnes études il considérait, avec raison, l'ignorance comme une des causes principales de la corruption des mœurs.

En présence des seigneurs, faisant si peu de cas du savoir qu'ils se vantaient de ne pouvoir pas même signer leur nom, le peuple aurait été plongé dans la barbarie, si l'Eglise ne lui avait pas enseigné les vérités les plus essentielles. Urbain V ranima partout l'amour de l'étude. Il rendit à l'université de Paris son ancien éclat, lui donna de sages règlements et l'aida à devenir cette corporation puissante dont les docteurs furent, plus d'une fois, consultés par les papes et par les rois. Etendant sa sollicitude aux pays du Nord alors si déshérités, il fonda l'université de Cracovie, pour la Pologne et peu de temps après, l'université de Vienne, pour l'Autriche.

Afin de donner une preuve éclatante du prix qu'il attachait au progrès des lettres et des sciences, il entretint, à ses frais, plus de mille étudiants dans les diverses universités de l'Europe, pourvut à leur nourriture, leur fournit des livres et des vêtements. Il fonda à Montpellier le collége de Saint-Germain pour seize étudiants en droit, de l'Ordre bénédictin, et le collége de Saint-Matthieu pour douze étudiants en médecine, du Gévaudan, et il se chargea de leur entretien. Il établit une école de chant à Toulouse et confia à des maîtres habiles le soin d'enseigner la musique à de jeunes enfants qui devaient se faire entendre, pendant la messe solennelle, dans l'église de l'université.

C'est ainsi qu'en multipliant les sources d'instruction, et en facilitant l'accès des hautes écoles à la jeunesse studieuse, Urbain V continuait la tradition des Albert le Grand, des Thomas d'Aquin, de tous ces grands hommes du xIIIe siècle, dont le front brille de la double auréole du génie et de la sainteté.

Si telles étaient les œuvres du bienheureux Pontife pour réformer les mœurs et combattre l'ignorance, avec quelle ardeur ne travaillait-il pas à faire resplendir d'un plus vif éclat les lumières de la foi ? Car c'est bien à lui qu'on peut appliquer les paroles du Psalmiste " Zelus domus comedit nae " : " le zèle de votre maison m'a dévoré ".

Nous rappellerons bientôt ces infatigables efforts pour convertir les infidèles, et pour ramener à l'Eglise les hérétiques et les schismatiques qui s'en étaient séparés. Mais nous ne pouvons pas oublier ce qu'il a fait pour nos contrées catholiques, afin d'y conserver la religion car c'est à cette pensée qu'il faut rapporter les nombreuses églises et les monastères qu'il a construits ou restaurés.

L'abbaye de Saint-Victor, si chère au saint Pontife, devait la première fixer son attention, et, en effet, il y fit faire des travaux considérables ces travaux ont disparu pour la plupart, au milieu des malheurs des temps, néanmoins on voit encore aujourd'hui les restes des anciennes fortifications qu'il avait élevées autour du monastère. L'abside actuelle de l'église de Saint-Victor est la même qu'il fit édifier, et on peut vénérer désormais les vestiges du tombeau dans lequel ses ossements sanctifiés ont reposé pendant plusieurs siècles.

Collégiale Notre-Dame. Fondée par le Bx Urbain V, elle fut bâtie
fortifiée. En 1580, le capitaine Huguenot, prétendument réformé
et réellement barbare, Mathieu Merle, s'en empara, tortura
ignoblement les chanoines qui y servaient et les fit jeter
vivants dans un puits. Bédouès. Gévaudan. France.

Il fit bâtir à Montpellier, sous le vocable de Saint-Benoît et de Saint-Germain, une grande église, aujourd'hui la cathédrale. A Mende, il reconstruisit également la cathédrale sur un plan grandiose, et il fonda, en outre, dans le même diocèse, deux églises collégiales. L'une d'elles se trouvait à Bedouès, petite ville située proche du lieu de sa naissance, et où était le tombeau de sa famille.

Que n'aurions-nous pas à ajouter, si nous voulions faire connaître ce que fit le saint Pape dans d'autres contrées ? Cependant nous devons mentionner, ne fût-ce que pour mémoire, les œuvres innombrables de réédification et de restauration qu'il a accomplies à Rome et en Italie. Depuis plus de soixante années que la Papauté était absente, presque toutes les églises de la cité sainte tombaient en ruine les basiliques elles-mêmes, et notamment celles de Saint-Paul et de Latran, étaient dans le plus grand délabrement. Urbain V se mit résolument à l'œuvre sous.sa puissante impulsion, tout changea bientôt d'aspect, et les Lieux saints devinrent plus dignes de la majesté de Celui à qui ils sont consacrés.

La récognition que le bienheureux Pontife opéra des chefs sacrés des saints apôtres Pierre et Paul, fut pour sa piété l'occasion d'une immense consolation ; il voulut lui-même en faire l'ostension au peuple romain.

Pendant son pontificat, Urbain V approuva quelques Ordres religieux le plus célèbre, à cause du nom de sa fondatrice, est celui qu'établit sainte Brigitte la Sainte veuve vint elle-même à Rome du fond de la Suède, et elle obtint l'approbation qu'elle sollicitait.

Ces œuvres, opérées au milieu du troupeau fidèle, ne suffisaient pas pour satisfaire le zèle du saint Pontife. Le Seigneur avait mis dans son cœur la flamme de l'apostolat, et il avait besoin d'en répandre les ardeurs sur les peuples assis à l'ombre de l'infidélité, du schisme et de l'hérésie. Il envoya des missionnaires dans la Valachie et la Lithuanie. Les religieux, auxquels il confia l'évangélisation de la Bulgarie, baptisèrent, en peu de temps, plus de deux-cent mille personnes. Un évêque franciscain et vingt-cinq religieux de son Ordre se répandirent dans la Géorgie et les contrées voisines. Urbain V créa un archevêque de Cambalù ou de Pékin, et l'envoya, accompagné de plusieurs Frères Mineurs, en Chine et en Tartarie. Il écrivit même au redoutable Tamerlan pour lui recommander les prédicateurs de l'Evangile qui parcouraient son vaste empire, et pour le remercier de s'être montré favorable aux chrétiens qui vivaient sous sa domination.

Mais rien n'égale les efforts de notre Bienheureux pour faire cesser le schisme funeste qui avait séparé l'Eglise grecque du centre de l'unité. L'empereur d'Orient, Jean Paléologue, cédant à ses pressantes instances, se rendit à Rome avec l'impératrice Hélène Cantacuzène. Après de nombreuses conférences avec le souverain Pontife, il abjura le schisme, le jour de saint Luc, 18 octobre 1369, et fit solennellement profession de la foi catholique.

Jean V Paléologue, empereur de Byzance. Manuscrit grec. XVe.

Cet événement remplit de joie le cœur d'Urbain V. Il l'annonça au monde chrétien et supplia les Grecs d'imiter l'exemple que venait de leur donner l'empereur :
" Si Dieu nous accordait cette grâce, leur disait-il, que, sous notre Pontificat, l'Eglise latine et l'Eglise d'Orient pussent se réunir après avoir été si longtemps séparées, nous fermerions volontiers les yeux à la lumière, et nous dirions, comme le saint vieillard Siméon : " Maintenant, Seigneur, laissez aller en paix votre serviteur, car mes yeux ont vu votre salut "."

Un grand mouvement religieux agita les autres Orientaux. Le patriarche des Nestoriens vint de Mossoul à Rome pour s'incliner sous la bénédiction du Pape et plusieurs princes d'Albanie et de Moldavie abjurèrent le schisme et rentrèrent dans le giron de l'Eglise catholique.

Malheureusement, il y avait des peuples qui résistaient à tous les efforts tentés pour les amener à la vraie foi. C'étaient les peuples Musulmans fiers de leurs rapides succès, ils nourrissaient l'espérance de soumettre la terre entière à la loi de Mahomet. Urbain V pressentait les dangers qui menaçaient la chrétienté. Il entendait, pour ainsi dire, le bruit des escadrons ottomans qui allaient se précipiter sur Constantinople. Il aurait voulu empêcher un tel désastre et armer contre l'ennemi commun tous les princes de l'Occident. Dès le vendredi saint de l'année 1363, il avait publié la croisade contre les Turcs et supplié les chrétiens d'aller porter un prompt secours à leurs frères d'Orient.

Le roi de France, Jean le Bon, et le roi de Chypre, Pierre de Lusignan, avaient reçu la croix des mains du souverain Pontife et juré de délivrer le saint Sépulcre. Il semblait que le vieux cri " Dieu le veut ! Dieu le veut !" allait retentir dans toute l'Europe, comme aux jours de Pierre l'Ermite et de Godefroi de Bouillon ; la mort du roi de France déconcerta tous les plans d'Urbain V, diminua le nombre des croisés et retarda leur départ. Lorsque Pierre de Lusignan quitta le port de Venise, il n'emmenait avec lui que douze mille hommes. Cette petite armée fit des prodiges de valeur et prit d'assaut Alexandrie. Mais ce brillant fait d'armes fut sans résultat. Le découragement s'empara bientôt des Croisés, et la plupart revinrent dans leurs foyers.

Jean II, le Bon, roi de France. Il mourut captif en Angleterre en 1364.

Urbain V redoubla d'instances auprès des princes chrétiens ils restèrent sourds à sa voix. Ils ne voulurent pas oublier leurs querelles particulières pour se liguer contre l'ennemi redoutable qui allait se jeter sur l'Europe, après avoir soumis à son joug de fer l'Egypte et la Palestine.

Quels secours auraient pu apporter aux chrétiens d'Orient la France et l'Angleterre, si elles avaient uni leurs forces. Mais ces deux nations rivales luttaient avec acharnement, l'une pour l'intégrité de son territoire, l'autre pour l'agrandissement de sa puissance. Si Urbain V étendait sa sollicitude sur tous les peuples de l'Europe, il n'oubliait pas que la France était sa patrie. Son coeur était navré lorsqu'il apprenait que le sang français coulait dans d'héroïques combats. Dieu, sans doute, avait donné à la France un grand capitaine, le connétable Duguesclin, et, en Guyenne comme en Bretagne, nos ennemis reculaient devant ses armes victorieuses ; mais chaque succès était chèrement acheté. Déjà le canon, que les progrès de la civilisation auraient dû faire disparaître, et qu'ils n'ont fait que perfectionner, amoncelait les cadavres sur le champ de bataille. Urbain V résolut de s'interposer entre les rois de France et d'Angleterre. Il espérait qu'ils n'oseraient pas continuer la lutte lorsqu'il les supplierait lui-même de déposer les armes. Tel fut un des principaux motifs qui le détermina à quitter Rome, quoique affaibli par la maladie il aurait voulu décider les deux plus puissants rois de la chrétienté & conclure un traité de paix et à se liguer contre les Musulmans. La mort ne luipermit pas d'accomplir cette œuvre de pacification.

Accueilli à Marseille, avec du transports de joie, il ne put aller au-delà d'Avignon. Sentant sa fin prochaine, il voulut, par humilité, quitter le palais apostolique et il se fit porter dans la maison de son frère, au pied de ces hautes tours où il avait reçu tant d'honneurs. Il demanda qu'on ouvrît les portes et qu'on permît au peuple de circuler autour de son lit :
" Il faut qu'il puisse voir, disait-il, comment les Papes meurent."

Après avoir reçu les sacrements des mourants et recommandé son âme à Dieu, il rendit le dernier soupir, tenant la croix entre ses mains ; c'était le jeudi 19 décembre 1370, vers trois heures après midi. Il était dans sa soixante-et-unième année.

La nouvelle de la mort du saint Pape se répandit rapidement et elle produisit une affliction générale, mais il s'éleva, en même temps, dans l'Europe entière, comme un concert unanime de louanges pour redire la sainteté de sa vie, les œuvres immortelles qu'il avait accomplies, et la grandeur de sa foi et de sa charité dont l'efficacité s'était fait sentir jusqu'aux extrémités du monde.

Statue du bienheureux Urbain V. Mende. Gévaudan.

CULTE ET RELIQUES

Les obsèques solennelles du bienheureux Pape eurent lieu trois jours après sa mort, an milieu d'un grand concours de peuple ; et ce jour-là même, Dieu se plut à faire éclater la sainteté de son illustre Pontife par des prodiges de toute sorte. Le corps d'Urbain V fut enseveli devant l'autel de la basilique de Notre-Dame-des-Doms, à Avignon.

Dix-huit mois après, le 31 mai 1372, ses vénérables restes furent exhumés et transférés à Marseille, où les religieux de Saint-Victor les placèrent dans un magnifique tombeau. Des fouilles furent pratiquées dans cette église à la fin du XIXe siècles, mais leur insuccès incline à craindre que les Vandales de 1793 n'aient dissipé ses reliques.

Les peuples rendirent spontanément à ce saint Pape l'honneur que l'on rend aux Saints. Partout on grava son image ; le nimbe sacré ornait son front, et le titre de Saint ou de Bienheureux était inscrit au bas. Cette dévotion avait fait des progrés si rapides que, quatre ans après la mort du bienheureux Urbain V, les murs de l'église de Saint-Victor étaient littéralement couverts d'ex-voto.

La demande de la canonisation fut faite au pape Grégoire XI, son successeur mais les agitations du moment l'empêchèrent de poursuivre cette affaire. On revint à la charge auprès de Clément VII, qui siégeait à Avignon, et ce pontife confia à plusieurs prélats et autres personnages capables le soin de faire l'enquête des vertus et des miracles. De toutes les informations qui furent prises alors, on dressa un long procès-verbal, dont le manuscrit original existe encore à Rome, à la bibliothèque du Vatican. De nouveaux troubles qui survinrent furent cause que le Saint-Siége n'a pu, à cette époque-là, porter un jugement définitif.

Cependant, la dévotion au bienheureux Urbain V a toujours persévéré et quoiqu'à travers le long espace de cinq cents ans elle ait eu beaucoup à souffrir des injures du temps, il en est resté jusqu'à nos jours des vestiges assez respectables. C'est pourquoi notre saint Père le pape Pie IX, sollicité par une vingtaine d'évoqués de France et d'Italie, a daigné confirmer d'une manière canonique et solennelle )e culte rendu à notre Bienheureux. Le décret pontifical porte la date du 10 mars 1870. On fait son office, dans le diocèse de..Marseille, sous le rite double, le 19 décembre.

Cette biographie est extraite du " Mandement de Mgr Charles Philippe Place, évêque de Marseille, à l'occasion de la confirmation du culte du bienheureux pape Urbain V " (décembre 1870), et de la " Vie du bienheureux Urbain V, pape " par M. l'abbé Charbonnel. (Marseille, chez Mabilly, éditeur, 1871).

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mardi, 19 décembre 2017

19 décembre. " O Radix Jesse ".

- " O Radix Jesse ".

" O Radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare."

" Ô Rejeton de Jessé, qui êtes comme un étendard pour les peuples ; devant qui les rois se tiendront dans le silence ; à qui les nations offriront leurs prières : venez nous délivrer ; ne tardez plus."


Arbre de Jessé. Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

PRIERE

" Vous voici donc en marche, Ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L'Arche du Seigneur s'est levée et s'avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. " Qu'ils sont beaux vos pas, Ô Fille du Rot, dans l'éclat de votre chaussure " (Cant. VII, 1), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Epoux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l'heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine.


Avancez, Ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l'homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre, nous jurons " de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu'à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob ".

Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l'Arche sacrée, Ô rejeton de Jessé, jusqu'à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, Ô Messie ! Venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous."


Arbre de Jessé. Bible historiale. Petrus Comestor. XVe.

REPONS DE L'AVENT

Tiré du Bréviaire Ambrosien, VIe Dimanche de l’Avent :

R/. Heureux le sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible ! Celui que sept trônes ne peuvent contenir a daigne habiter en elle ;
Et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein.

V/. Le Seigneur lui a donné le trône de David son père ; il régnera dans la maison de Jacob à jamais ; son règne n'aura pas de fin.
Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.


Arbre de Jessé. Speculum virginum. Troyes. XIIe.

lundi, 18 décembre 2017

18 décembre. Saint Gatien, premier évêque de Tours. Ier siècle.

- Saint Gatien, premier évêque de Tours. Ier siècle.

Pape : Saint Clément. Empereur romain : Domitien.

" Huc ades monstris scelerum fugandis,
Praesul o nostro miseratus oras ;
Qui prior Christo nova templa condis
Et struis aras."

" Heureuse terre de Tours !
Gatien s'est laissé toucher par tes malheurs ;
Ses pieds ont foulés ton sol, et l'erreur s'est abîmée dans l'ombre,
Tandis que le Dieu de vérité s'est vu bâtir des temples et dresser des autels."
Propre de Tours.


Saint Gatien guérissant un malade. Eglise Saint-Léonard.
Saint-Léonard. Pas-de-Calais. XIXe.

Saint Gatien, disciple des Apôtres et premier évêque de Tours, fut envoyé dans cette ville dans le même temps que saint Trophime à Arles, saint Martial à Limoges, saint Saturnin (Sernin) à Toulouse, saint Paul à Narbonne, saint Austremoine en Auvergne et saint Denis à Paris. Le monde était encore plongé dans les ténèbres de l'idolâtrie, car il y avait peu de temps que Notre Seigneur Jésus-Christ était monté au ciel.

Saint Gatien trouva les habitants de sa ville adonnés à toutes sortes de superstitions : aux divinités de la patrie ils avaient ajouté les dieux de la puissante Rome, dont ils subissaient l'empire. Il n'eut pas plutôt reconnu la profondeur des ténèbres où ces pauvres idolâtres se trouvaient plongés, qu'il chercha les moyens efficaces de les en retirer.


Saint Gatien. Etymologiae. Tours. XIIe.

Il commença par des leçons évangéliques très familières dans lesquelles il leur fit clairement comprendre la vanité des idoles, l'impossibilité de la pluralité des dieux, la fausseté du culte superstitieux qu'ils rendaient aux diviniés qu'on les obligeaient d'adorer ; et, après avoir ainsi dissipé les erreurs du paganisme, détruit toutes les vaines cérémonies du pays et anéanti dans les esprits toutes les fausses idées qu'ils avaient conçues touchant les dieux de l'empire, il leur présenta les lumières de la foi évangélique, leur anonça le vrai Dieu, et leur en prouva l'unité et la vérité.

Il les fit ensuite descendre dans la connaissance des trois personnes de la Trinité ; il leur fit comprendre la nécessité du mystère de l'Incarnation et la venue de Jésus-Christ sur la terre ; il leur parla du second avènement du Sauveur comme juge, qui viendrait un jour récompenser le mérite de ceux qui auraient bien fait pendant leur vie, et condamner à des peines éternelles ceux qui auraient mal fait.

Il les accoutumait aussi en même temps au culte du vrai Dieu, substituant sagement des pratiques et exercices évangéliques aux cérémonies superstitieuses auxquelles ils étaient attachés.


Saint Gatien. Missel à l'usage de Tours. XVe.

Il serait difficile d'expliquer ici en combien de manières les plus opiniâtres du pays s'opposèrent aux desseins de notre zélé missionnaire, soit en interrompant ses instructions, soit en le dénonçant aux magistrats, ou en le maltraitant et en le menaçant de le faire mourir ; aussi ce prudent Apôtre, suivant le conseil de Notre Seigneur Jésus-Christ, allait-il se cacher dans une grotte creusée de ses propres mains dans les rochers qui bordent la rive septentrionale de la Loire et où s'éleva plus tard l'illustre abbaye de Marmoutier.

Entouré de broussailles et de ronces, ce lieu était difficile d'accès, et l'Apôtre put facilement s'y soustraire à la haine des païens et y réunir ses premiers et rares néophytes. Aujourd'hui encore, le pélerin peut visiter cette grotte qui fut le berceau du Christianisme en Touraine.

Saint Gatien avait dédié un petit oratoire à la Vierge Marie ; l'histoire de sa vie nous assure même que, dans les temps des retraites qu'il était contraint de faire dans les cavernes et les forêts éloignées, il ne laissait pas d'être suivi d'un grand nombre de ses disciples et de retourner même et de retourner en certains jours dans les villes et dans les bourgades soutenir la foi des nouveaux Chrétiens, leur répéter les vérités qu'il leur avait annoncées et les confirmer dans leur croyance.


Saint Gatien. Heures à l'usage de Rome. Tours. XVIe.

A la puissance de la parole divine, Gatien ajoutait celle des miracles, et ce furent principalement les opérations extraordinaires qu'il faisait qui étonnaient et arrêtaient ceux qui contribuaient le plus à la persécution qu'on exercait contre les nouveaux fidèles. En effet, il n'y avait point de maladie à laquelle il n'apportât quelque guérison, ni de démon dont il ne se rendît maître et qu'il ne chassât par les exorcisme ; le seul signe de la croix était le moyen le plus ordinaire et le plus puissant dont il se servait en ces occasions ; ce domaine souverain, que saint Gatien exerçait avec tant de facilité sur les puissances de l'enfer, contraignait les plus incrédules à confesser que la religion de celui qui avait une si grande autorité était la véritable qu'il fallait suivre.

Ce fut donc alors que la persécution se ralentit, que les conversions furent plus fréquentes, que le culte des idoles fut négligé, que les cérémonies païennes furent méprisées et les autels abandonnés ou démolis.

L'estime et l'autorité que le saint prélat s'était acquises prévalurent enfin tellement dans l'esprit du plus grand nombre des hommes, que l'on eut la liberté d'ériger des autels chrétiens et de petits oratoires où ceux qui avaient embrassé la foi pouvaient se réunir.

On construisit dans les bourgades alentour, comme dans la ville de Tours, des lieux convenables qu'on appelait de petites églises, pour s'exercer dans les fonctions de la vraie religion : on en compte jusqu'au nombre de huit.

Il faut ajouter que saint Gatien, à la vigilance duquel rien n'échappait, eut la prévoyance de faire construire un cimetière hors de la ville, dans lequel on avait soin de faire enterrer ceux des fidèles qui étaient décédés, d'autant plus que les édits des empereurs défendaient alors aux Chrétiens de donner la sépulture à leurs morts dans l'enceinte de la ville.


Saint Martin, par révélation, inventa le corps de saint Gatien.
Chapelle Saint-Michel. Robert Malnoury. Couvent des Ursulines
Notre-Dame-de-l'Assomption. Tours. XVIIe.

Enfin, notre saint prélat ayant rempli glorieusement tous les devoirs de sa mission, étant dans un âge fort avancé, accablé du poids des travaux évangéliques, ayant pourvu à toutes les nécessités pressantes des églises qu'il avait établies, et n'ayant plus que le désir pour le ciel, il sentit avec bonheur approcher le moment du repos et l'heure de la récompense.

Un jour que le saint Apôtre était étendu sur sa couche ; un sommeil léger venait de s'emparer de lui, lorsque Notre Seigneur Jésus-Christ lui apparaissant, l'éveilla et lui présenta lui-même son corps, comme un viatique, pour le fortifier à cet instant suprême où il allait quitter la vie. La maladie suivit de près cette divine visite, et elle fit de si rapides progrès que sept jours après, le quinzième des calendes de janvier, saint Gatien rejoignit le Ciel.


Cathédrale Saint-Gatien de Tours.

On représente saint Gatien :
1. célébrant la messe dans une grotte ;
2. assemblant des fidèles dans un souterrain à cause de la persécution ;
3. en groupe avec les premiers apôtres des Gaules.

Saint Gatien est spécialement invoqué pour retrouver promptement les choses perdues ou dérobées.

Rq : On trouvera des éléments sur la vie de saint Gatien dans divers ouvrages de Mgr Jean-Joseph Gaume dont L'Evangélisation du Globe (voir sur le site de la bibliothèque Saint-Libère : http://www.liberius.net/livres/L_evangelisation_apostoliq...).

Aux diocèses de Nantes et de Laval, saint Gatien est fêté le 19e jour de décembre.

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18 décembre. " O Adonai ".

- " O Adonai ".

" O Adonaï, et dux domus Israël , qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento."

" Ô Adonaï, Seigneur, chef de la maison d'Israël, qui avez apparu à Moïse, dans la flamme du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï ; venez nous racheter dans la force de votre bras."


Statuette votive de la Très Sainte Trinité. Art franc du XVe.

PRIERE

" Ô Seigneur suprême ! Adonaï ! Venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d'une flamme divine ; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s'agit plus d'effrayer, mais de sauver. C'est pourquoi votre très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l'Edit de l'Empereur qui va les obliger d'entreprendre le voyage de Bethléhem, s'occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, à l'heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C'est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se fera sentir plus puissant, alors qu'il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, Ô Jésus ! Vos langes vous attendent : partez donc bientôt et venez en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi."

dimanche, 17 décembre 2017

17 décembre 2017. IIIe dimanche de l'Avent.

- IIIe dimanche de l'Avent.

Extraits de L'année liturgique de dom Prosper Guéranger :



Saint Jean-Baptiste. Paolo Veneziano. XIVe.

La joie de l'Eglise s'accroît encore dans ce Dimanche. Elle soupire toujours après le Seigneur ; mais elle sent qu'il approche, et elle croit pouvoir tempérer l'austérité de cette carrière de pénitence par l'innocente allégresse des pompes religieuses. D'abord, ce Dimanche a reçu le nom de Gaudete, du premier mot de son Introït ; mais, de plus, on y observe les touchants usages qui sont propres au quatrième Dimanche de Carême appelé Laetare. On touche l'orgue à la Messe ; les ornements sont de la couleur rose ; le Diacre reprend la dalmatique, et le Sous-Diacre la tunique ; dans les Cathédrales, l'Evoque assiste, paré de la mitre précieuse.

Admirable condescendance de l'Eglise, qui sait si bien unir la sévérité des croyances à la gracieuse poésie des formes liturgiques ! Entrons dans son esprit, et réjouissons-nous aujourd'hui, à cause de l'approche du Seigneur. Demain, nos soupirs reprendront leur cours ; car bien qu'il ne doive par tarder, il ne sera pas venu encore.

La Station a lieu dans la Basilique de Saint-Pierre, au Vatican. Ce temple auguste qui couvre le tombeau du Prince des Apôtres est l'asile universel du peuple chrétien ; il convient qu'il soit témoin des joies comme des tristesses de l'Eglise. L'Office de la nuit débute par un nouvel Invitatoire : la voix de l'Eglise ne convie plus les fidèles à venir adorer avec terreur le Roi qui doit venir, le Seigneur. Son langage change de caractère ; son cri est un cri d'allégresse; tous les jours, jusqu'à la Vigile de Noël, elle ouvre les Nocturnes par ces grandes paroles :

" Prope est jam Dominus : venite, adoremus."
" Le Seigneur est déjà proche : venez, adorons-le."


Prenons maintenant le livre du Prophète, et lisons avec la sainte Eglise, du Prophète Isaïe. Chap. XXVI :

" En ce jour-là on chantera ce cantique en la terre de Juda : Sion est la ville de notre force : le Sauveur en sera la muraille et le rempart. Ouvrez les portes et qu'un peuple juste y entre, un peuple observateur de la vérité. L'erreur ancienne est passée : vous nous conserverez la paix ; la paix, car nous avons espéré en vous. Vous avez mis à jamais votre espérance dans le Seigneur, dans le Seigneur Dieu, toujours invincible ; car il abaissera ceux qui sont dans l'élévation, il humiliera la cité superbe. Il l'humiliera jusqu'en terre, il la fera descendre jusqu'à la poussière. Le pied la foulera, le pied des pauvres, le pas de l'indigent. Le sentier du juste est droit, le chemin où il marche est sans détour : aussi nous vous avons attendu, Seigneur, dans le sentier de votre justice ; votre Nom et votre souvenir sont les délices de l'âme. Mon âme vous a désiré pendant la nuit, et je m'éveillerai vers le point du jour, pour m'occuper de vous dans mon esprit et dans mon cœur."

Ô sainte Eglise Romaine, Cité de notre force ! Nous voici rassemblés dans tes murs, autour du tombeau de ce pêcheur dont la cendre te protège sur la terre, tandis que son immuable doctrine t'éclaire du haut du ciel. Mais, si tu es forte, c'est par le Sauveur qui va venir. Il est ta muraille d'enceinte ; car c'est lui qui enveloppe tous tes enfants dans sa miséricorde ; il est ton rempart invincible ; car c'est par lui que les puissances de l'enfer ne prévaudront jamais contre toi. Dilate tes portes, afin que tous les peuples se pressent dans ton enceinte : car tu es la maîtresse de la sainteté, la gardienne de la vérité. Puisse l’antique erreur qui s'oppose à la foi finir bientôt, et la paix s'étendre sur tout le troupeau !

Ô sainte Eglise Romaine ! tu as mis à jamais ton espérance dans le Seigneur ; et à son tour fidèle à sa promesse, il a humilié devant toi les hauteurs superbes, les cités d'orgueil. Où sont les Césars qui crurent t'avoir noyée dans ton propre sang ? Où sont les Empereurs qui voulurent forcer l'inviolable virginité de ta foi ? Où sont les sectaires que chaque siècle, pour ainsi dire, a vus s'attaquer successivement à tous les articles de ta doctrine ? Où sont les princes ingrats qui tentèrent de t'asservir, toi qui les avais faits ce qu'ils étaient ? Où est cet Empire du Croissant qui tant de fois rugit contre toi, lorsque, désarmée, tu refoulais si loin l'orgueil de ses conquêtes ? Où sont les Réformateurs qui prétendirent constituer un Christianisme sans toi ? Où sont ces sophistes modernes, aux yeux desquels tu n'étais plus qu'un fantôme impuissant et vermoulu ? Où seront, dans un siècle, ces rois tyrans de l'Eglise, ces peuples qui cherchent la liberté hors de la vérité ? Ils auront passé avec le fracas du torrent ; et toi, tu seras toujours calme, toujours jeune, toujours sans rides, ô sainte Eglise Romaine, assise sur la pierre inébranlable.


Saint Jean-Baptiste. Luca di Tommè. XIVe.

Ta marche à travers tant de siècles aura été droite, comme celle du juste ; tu te retrouveras toujours semblable à toi-même, comme déjà tu n'as cessé de l'être durant dix-huit siècles, sous le soleil qui hors de toi n'éclaire que les variations de l'humanité. D'où te vient cette solidité, si ce n'est de celui qui lui-même est la Vérité et la Justice ? Gloire à lui en toi ! Chaque année, il te visite ; chaque année, il t'apporte de nouveaux dons, pour t'aider à achever le pèlerinage ; et jusqu'à la fin des siècles, il viendra ainsi te visiter, te renouveler, non seulement par la puissance de ce regard avec lequel il renouvela Pierre, mais en te remplissant de lui-même, comme il remplit la glorieuse Vierge, l'objet de ton plus doux amour, après celui que tu portes à l'Epoux. Nous prions avec toi, Ô notre Mère ! Et nous disons : " Venez, Seigneur Jésus !" Votre Nom et votre souvenir sont les délices de nos âmes ; elles vous désirent durant la nuit, et dès le point du jour nous nous réveillons pour songer à vous.

A LA MESSE

Tout le peuple étant attentif, la voix des chantres entonne la mélodie grégorienne, et fait retentir ces consolantes paroles de l'Apôtre :

INTROÏT

" Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ; je vous le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche. Soyez sans inquiétude ; mais faîtes connaître à Dieu vos désirs par les prières et les supplications."
Ps. Seigneur, vous avez béni la terre qui est à vous ; vous avez ramené Jacob de la captivité,
V/. Gloire au Père, ...


Saint Jean-Baptiste. Hans Memling. XVe. 

EPITRE

Lecture de l'Epître de saint Paul, Apôtre, aux Philippiens. Chap. IV.

" Mes Frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur; je vous le dis encore : réjouissez-vous. Que votre modestie soit connue de tout le monde: le Seigneur est proche. Soyez sans inquiétude ; mais faîtes connaître à Dieu vos désirs par les prières et les supplications accompagnées d'actions de grâces. Et que la paix de Dieu, laquelle est au-dessus de toutes nos pensées, garde vos cœurs et vos intelligences, en Jésus-Christ notre Seigneur."


Nous devons, en effet, nous réjouir dans le Seigneur ; car le Prophète et l'Apôtre s'accordent à encourager nos désirs vers le Sauveur : l'un et l'autre nous annoncent la paix. Soyons donc sans inquiétude : Le Seigneur est proche; il est proche de son Eglise ; il est proche de chacune de nos âmes. Pouvons-nous demeurer auprès d'un feu aussi ardent, et demeurer glacés ? Ne le sentons-nous pas venir, à travers tous les obstacles que sa souveraine élévation, notre profonde bassesse, nos nombreux péchés lui suscitaient ? Il franchit tout. Encore un pas, et il sera en nous. Allons au-devant de lui par ces prières, ces supplications, ces actions de grâces dont parle l'Apôtre.

GRADUEL

Redoublons de ferveur et de zèle pour nous unir à la sainte Eglise, dont les vœux vont devenir de jour en jour plus ardents vers celui qui est sa lumière et son amour. Répétons d'abord avec elle :

" Vous qui êtes assis sur les Chérubins, faites éclater votre puissance, Seigneur, et venez.
V/. Ecoutez-nous, Ô vous qui gouvernez Israël, qui conduisez Joseph comme une brebis.
Alleluia, alleluia.
V/. Seigneur, faites éclater votre puissance, venez et sauvez-nous. Alleluia."

EVANGILE

Suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. I.



Prédication de saint Jean-Baptiste. Filippo d'Angeli. XVIIe. 

" En ce temps-là, les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean pour lui demander :
" Qui êtes-vous ?"
Et il confessa, et il ne nia pas ; et il confessa qu'il n'était pas le Christ.
Et ils l'interrogèrent de nouveau, disant :
" Quoi donc ? Êtes-vous Elie ?"
Et il leur dit :
" Je ne le suis point."
- Etes-vous prophète ?
Et il répondit :
" Non."
Ils lui dirent donc :
"Qui êtes-vous, afin que nous puissions rendre réponse a ceux qui nous ont envoyés ? Que dites-vous de vous-même ?
- Je suis, dit-il, la voix qui crie dans le désert : " Rendez droites les voies du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe."
Or, ceux qu'on lui avait envoyés étaient Pharisiens. Et ils l'interrogèrent, et ils lui dirent :
" Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni prophète ?
Jean leur fit cette réponse, disant :
" Pour moi, je baptise dans l'eau ; mais il y en a un au milieu de vous, que vous ignorez. C'est celui-là même qui doit venir après moi, et qui est avant moi : et je ne suis pas digne de délier les cordons de sa chaussure."
Ces choses se passèrent en Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait."


" Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas ", dit saint Jean-Baptiste aux envoyés des Juifs. Le Seigneur peut donc être proche ; il peut même être venu, et cependant demeurer encore inconnu à plusieurs. Ce divin Agneau fait la consolation du saint Précurseur, qui estime à si grand honneur de n'être que la Voix qui crie aux hommes de préparer les sentiers du Rédempteur. Saint Jean est en cela le type de l'Eglise et de toutes les âmes qui cherchent Jésus-Christ. Sa joie est entière à cause de l'arrivée de l'Epoux ; mais il est entouré d'hommes pour qui ce divin Sauveur est comme s'il n'était pas.

Or, nous voici parvenus à la troisième semaine de ce saint temps de l'Avent : tous les cœurs sont-ils ébranlés au bruit de la grande nouvelle de l'arrivée du Messie ? Ceux qui ne veulent pas l'aimer comme Sauveur, songent-ils du moins à le craindre comme juge ? Les voies tortueuses se redressent-elles ? Les collines songent-elles à s'abaisser ? La cupidité et la sensualité ont-elles été sérieusement attaquées dans le cœur des chrétiens ? Le temps presse : Le Seigneur est proche ! Si ces lignes tombaient sous les yeux de quelques-uns de ceux qui dorment au lieu de veiller dans l'attente du divin Enfant, nous les conjurerions d'ouvrir les yeux et de ne plus tarder à se rendre dignes d'une visite qui sera pour eux, dans le temps, l'objet d'une grande consolation, et qui les rassurera contre les terreurs du dernier jour. Ô Jésus ! Envoyez votre grâce avec plus d'abondance encore; forcez-les d'entrer, afin que ce que saint Jean disait de la Synagogue ne soit pas dit du peuple chrétien : " Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas ".

17 décembre. Saint Lazare de Béthanie, Ier évêque de Marseille et martyr. Ier siècle.

- Saint Lazare de Béthanie, Ier évêque de Marseille et martyr. Ier siècle.

Pape : Saint Clément Ier. Empereur romain : Domitien.

" Fortis ligatum mors tenet,
Sed fortior dilectio.
Amore victa mors fugit,
Vitamque vita contulit."

" Dans les formidables étreintes de la mort,
Lazare gémissait captif ;
Plus fort que la mort, l'amour a vaincu sa rivale,
Et une vie nouvelle, puisée à la source même de la vie est venue ranimer cette victime de la mort."
Propre de Marseille.


La résurrection de saint Lazare. Sebastiano Luciani del Piombo. XVIe.

L'Evangile renferme un grand nombre de récit pleins de grandeur et de simplicité : nous ne sachions pas qu'il en soit de plus calme et de plus puissant, de plus familier et de plus divin, que celui de la résurrection de Lazare, l'ami de Jésus.

" Il y avait un malade appelé Lazare, qui était du bourg de Béthanie, où demeuraient Marie (Marie-Madeleine) et sa soeur Marthe. C'était cette Marie qui avait répandu des parfums sur le Seigneur et qui lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux. Lazare, le malade était son frère.

Les deux soeurs envoyèrent donc vers Jésus :
" Seigneur, lui mandèrent-elles, celui que vous aimez est malade."
"Cette maladie ne va point à la mort, répondit Jésus à cette nouvelle ; mais elle advient pour la gloire de Dieu, c'est-à-dire afin que le fils de Dieu soit glorifié par son moyen."


Résurrection de saint Lazare. Fleur des histoires. Jean Mansel. XVe.

Or Jésus aimait Marthe, et Marie sa soeur, et Lazare. Et pourtant, lorsqu'il eut appris qu'il était malade, il demeura, malgré cela, encore deux jours dans le lieu où il était. Après avoir laissé écouler ce laps de temps :
" Retournons en Judée, dit-il à ses disciples.
- Maître, lui répondirent-ils, les Juifs vous cherchaient pour vous lapider, et vous voulez de nouveau aller vous mettre entre leurs mains ?"
" N'y a-t-il pas douze heures au jour ? Luer répartit Jésus. Si quelqu'un marche durant le jour, il ne trébuche point parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais s'il marche pendant la nuit, il trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui."


Grandes heures d'Anne de Bretagne. Jean Bourdichon. XVe.

Puis il ajouta :
" Notre ami Lazare dort ; mais je vais pour le secouer de son sommeil."
"Seigneur, lui dirent alors les disciples, s'il dort, il sera sauvé."
Mas Jésu avait parlé de sa mort ; et ils crurent qu'il parlait du sommeil ordinaire.
Alors Jésus expliqua ouvertement :
" Lazare est mort, et je me félicite à cause de vous, de ne m'être point trouvé là-bas, afin que vous croyiez. Maintenant, allons vers lui."
Sur ce mot, Thomas, surnommé Didyme, s'adressant aux autres disciples :
" Et nous aussi allons ! Et nous aussi allons ! Afin de mourir avec lui !"

" Jésus étant arrivé, il trouva Lazare enseveli depuis quatre jours dans le tombeau. Et, comme Béthanie n'était éloignée de Jérusalem que d'environ quinze stades, beaucoup de Juifs étaient venus vers Marthe et Marie pour les consoler au sujet de la perte de leur frère. Marthe, dès qu'elle eût apprit que Jésus arrivait, courut au-devant de lui, cependant que Marie demeurait à la maison.
" Seigneur, dit Marthe Jésus, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait point mort ; mais je sais que, même en ce moment, tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous l'accordera."
Jésus lui répondit :
" Votre frère ressuscitera.
- Oui, je sais qu'il ressuscitera à la résurrection du dernier jour.
- Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra. Et pour toujours ne mourra point, quiconque vit et croit en moi. Croyez-vous en cela ?
- Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant qui est venu en ce monde."


La résurrection de saint Lazare. Petrus Christus. XVe.

Ayant dit ces paroles, elle s'éloigne et va appeler sa soeur :
" Le Maître est là, et il te demande, lui dit-elle tout bas."
A ces mots, Marie se lève précipitemment et va vers Jésus ; car il n'était pas encore entré dans la bourgade, et se trouvait toujours en ce même endroit où Marthe l'avait rencontré.

" Cependant, les Juifs qui étaient avec Marie dans la même maison et la consolaient, l'ayant vue se lever si vite et partir, la suivirent.
" Elle va sans doute pleurer au tombeau, dirent-ils."
A peine arrivée à l'endroit où était Jésus, Marie, l'apercevant, se précipita à ses pieds.
" Seigneur, dit-elle, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait point mort."
Jésus, la voyant pleurer, et les Juifs venus avec elle pleurer aussi, fut saisit par le frémissement de l'Esprit et se troubla lui-même.
" Où l'avez-vous déposé ?
- Venez et voyez."
Et Jésus pleura.
Les Juifs dirent alors :
" Voyez combien il l'aimait !"
" Eh quoi ! Reprenaient cependant quelques-uns d'entre eux, ne pouvait-il donc pas empêcher qu'il mourût, lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle-né ?"


La résurrection de saint Lazare. Maître de Coetivy. XVe.

" Jésus donc, frémissant à nouveau en lui-même, vint au sépulcre. C'était une caverne dont l'entrée était fermée par une pierre tumulaire. Jésus dit alors :
" Otez la pierre !
" Seigneur, lui dit Marthe, il sent déjà mauvais, car il est mort depuis quatre jours.
- Ne vous ai-je pas assuré que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ?"
Et ils otèrent la pierre.

Alors Jésus, élevant les yeux vers le ciel :
" Mon Père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez écouté. Pour moi, je savais bien que vous m'écoutez toujours ; mais je parle ainsi à cause de ce peuple qui m'environne, afin que l'on ait foi que c'est vous qui m'avez envoyé."
Et, ayant dit ces paroles, il cria à pleine voix :
" Lazare, sors du tombeau !"
Et soudain le mort se leva et apparut. Ses pieds et ses mains étaient liés par des bandelettes, et son visage enveloppé du suaire.
" Déliez-le et laissez-le aller, dit Jésus."
Alors, plusieurs des Juifs qui étaient venus voir Marthe et Marie, et qui se trouvait témoin de ce que Jésus avait fait, crurent en lui."


La résurrection de saint Lazare. Pseudo-Monvearni. XVe.

En rappelant Lazare à la vie, Jésus voulait bien moins conserver un ami que se ménager un propagateur zélé de ses sublimes enseignements. La vocation du nouvel élu était miraculeuse, et il ne devait point y faiblir ; aussi bien la persécution est l'épreuve ordinaire des vocations élevées : elle ne manqua point à l'ami de Jésus. Dix ans environ après l'Ascension de Notre Seigneur Jésu-Christ, Lazare fut jeté par les Juifs sur un vaisseau sans voiles et sans rames, avec ses soeurs Marthe et Marie-Madeleine, avec sainte Marcelle, saint Maximin et d'autres Chrétiens.

Exposée ainsi sans ressources à la merci des flots, cette frêle embarcation devait, dans l'esprit des Juifs, sombrer à quelques pas du rivage et engloutir avec elle toutes les espérances de la troupe naissante des fidèles.

Mais les méchants furent déçus et le vaisseau qu'ils avaient voués au naufrage, conduit par la main de Celui qui avait dirigé l'Arche de Noé, aborda heureusement sur la terre hospitalière de Provence. Marseille lui ouvrit son port, et acclama Lazare son évêque.


Saint Lazare arrivant en Provence avec ses soeurs sainte Marthe
et sainte Marie-Madeleine, sainte Marcelle et saint Maximin.
Speculum historiale. V. de Beauvais. XVe.

Le nouvel apôtre planta sur cette terre le drapeau de la foi, et autour de cet étendard du Christ, il travailla pendant trente années entières à réunir une foule compacte de néophytes. Le paganisme s'effraya des progrès de l'Evangile, et les infidèles s'étant emparés de la personne de Lazare, le conduisirent devant le juge de la ville. Celui-ci le somma de sacrifier sur-le-champ aux idoles : s'il refusait, il lui faudrait mourir. Le vénérable vieillard répondit qu'il était serviteur de Jésus-Christ, par lequel il avait déjà été ressuscité une fois, et qu'il ne reconnaitrait jamais d'autre Dieu que lui, avec son Père, Créateur de toutes choses. Cette confession si généreuse mérita au bienheureux apôtre la palme du martyre.

On lui déchira le corps avec des peignes de fer, on jeta sur ses épaules une cuirasse de fer embrasée, on le coucha violemment, pour être rôti, sur un gril rouge de feu, sur sa poitrine on décocha plusieurs flèches qui néanmoins furent impuissantes à pénétrer les chairs ; enfin, sa tête roula sous le glaive du bourreau.


La résurrection de saint Lazare. Pierre-Paul Rubens. XVIIe.

On représente saint Lazare :
1. sortant du tombeau à la voix de Notre Seigneur Jésus-Christ ;
2. en costume épiscopal, tenant sur la main une petite bière qui rappelle sa résurrection ;
3. en groupe avec ses deux soeurs Marthe et Marie-Madeleine ;
4. abandonné sur la mer dans un vaisseau désempara.

Saint Lazare est le patron, notamment, de Marseille, d'Autun, d'Avallon et de Carcassonne.

Rq : On lira avec fruit et passion la notice consacrée à saint Lazare par Mgr Gaume dans le tome Ier  (pp 392 et suiv.) de ses " Biographies évangéliques " en téléchargeant ce monument d'érudition sur le site de la bibliothèque Saint-Libère : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=182

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17 décembre. " O Sapientia ". Commencement des Grandes Antiennes.

- " O Sapientia ". Commencement des Grandes Antiennes.


La Très Sainte Trinité. Bréviaire à l'usage de Paris. XVe.

COMMENCEMENT DES GRANDES ANTIENNES

L'Eglise ouvre aujourd'hui la série septenaire des jours qui précèdent la Vigile de Noël, et qui sont célèbres dans la Liturgie sous le nom de Féries majeures. L'Office ordinaire de l'Avent prend plus de solennité ; les Antiennes des Psaumes, à Laudes et aux Heures du jour, sont propres au temps et ont un rapport direct avec le grand Avènement. Tous les jours, à Vêpres, on chante une Antienne solennelle qui est un cri vers le Messie, et dans laquelle on lui donne chaque jour quelqu'un des titres qui lui sont attribués dans l'Ecriture.

Le nombre de ces Antiennes, qu'on appelle vulgairement les " O " de l'Avent, parce qu'elles commencent toutes par cette exclamation, est de sept dans l'Eglise romaine, une pour chacune des sept Féries majeures, et elles s'adressent toutes à Jésus-Christ. D'autres Eglises, au moyen âge, en ajoutèrent deux autres : une à la Sainte Vierge, " O Virgo Virginum !", et une à l'Ange Gabriel, " O Gabriel !", ou encore à saint Thomas, dont la fête tombe dans le cours des Fériés majeures. Cette dernière commence ainsi : " O Thomas Didyme !". Elle est plus moderne ; mais à partir du XIIIe siècle elle remplaça presque universellement celle : " O Gabriel !".

Il y eut même des Eglises qui portèrent jusqu'à douze le nombre des grandes Antiennes, en ajoutant aux neuf dont nous venons de parler, trois autres, savoir : une au Christ, " O Rex pacifice !", une seconde à la Sainte Vierge, " O mundi Domina !", et enfin une dernière en manière d'apostrophe à Jérusalem, " O Hierusalem !".

L'instant choisi pour faire entendre ce sublime appel à la charité du Fils de Dieu, est l'heure des Vêpres, parce que c'est sur le Soir du monde, vergente mundi vespere, que le Messie est venu. On les chante à Magnificat, pour marquer que le Sauveur que nous attendons nous viendra par Marie. On les chante deux fois, avant et après le Cantique, comme dans les fêtes Doubles, en signe de plus grande solennité ; et même l'usage antique de plusieurs Eglises était de les chanter trois fois, savoir : avant le Cantique lui-même, avant Gloria Patri, et après Sicut erat.

Enfin, ces admirables Antiennes, qui contiennent toute la moelle de la Liturgie de l'Avent, sont ornées d'un chant plein de gravité et de mélodie ; et les diverses Eglises ont retenu l'usage de les accompagner d'une pompe toute particulière, dont les démonstrations toujours expressives varient suivant les lieux. Ajoutons en toute fin que la deuxième lettre de chacune de ces sept antiennes  forment un acrostiche en partant de celle qui précède la venue du Sauveur, " ERO CRAS " qui signifie littéralement en latin " JE SERAI DEMAIN ".

Entrons dans l'esprit de l'Eglise et recueillons-nous, afin de nous unir, dans toute la plénitude de notre cœur, à la sainte Eglise, lorsqu'elle fait entendre à son Epoux ces dernières et tendres invitations, auxquelles il se rend enfin.

PREMIÈRE ANTIENNE

" O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingens a fine usque ad finem fortiter, suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae."

" O Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut , qui atteignez d'une extrémité à l'autre, et disposez toutes choses avec force et douceur : venez nous apprendre les voies de la prudence."


La Très Sainte Trinité. Agnolo Gaddi. XIVe.

" O Sagesse incréée qui bientôt allez vous rendre visible au monde, qu'il apparaît bien en ce moment que vous disposez toutes choses ! Voici que, par votre divine permission, vient d'émaner un Edit de l'empereur Auguste pour opérer le dénombrement de l'univers. Chacun des citoyens de l'Empire doit se faire enregistrer dans sa ville d'origine. Le prince croit dans son orgueil avoir ébranlé à son profit l'espèce humaine tout entière. Les hommes s'agitent par millions sur le globe, et traversent en tous sens l'immense monde romain ; ils pensent obéir à un homme, et c'est à Dieu qu'ils obéissent. Toute cette grande agitation n'a qu'un but : c'est d'amener à Bethléhem un homme et une femme qui ont leur humble demeure dans Nazareth de Galilée ; afin que cette femme inconnue des hommes et chérie du ciel, étant arrivée au terme du neuvième mois depuis la conception de son fils, enfante à Bethléhem ce fils dont le Prophète a dit : " Sa sortie est dès les jours de l'éternité ; Ô Bethléhem ! Tu n'es pas pas la moindre entre les mille cités de Jacob ; car il sortira aussi de toi ".

Ô Sagesse divine ! que vous êtes forte, pour arriver ainsi à vos fins d'une manière invincible quoique cachée aux hommes ! que vous êtes douce, pour ne faire néanmoins aucune violence à leur liberté! mais aussi, que vous êtes paternelle dans votre prévoyance pour nos besoins ! Vous choisissez Bethléhem pour y naître, parce que Bethléhem signifie la Maison du Pain. Vous nous montrez par là que vous voulez être notre Pain, notre nourriture, notre aliment de vie. Nourris d'un Dieu, nous ne mourrons plus désormais. Ô Sagesse du Père, Pain vivant descendu du ciel, venez bientôt en nous, afin que nous approchions de vous, et que nous soyons illuminés de votre éclat ; et donnez-nous cette prudence qui conduit au salut."


La Sainte Famille avec saint Jean-Baptiste. José Vergara. XVIIIe.

PRIERE POUR LE TEMPS DE L’AVENT

D'après le bréviaire Mozarabe, IVe dimanche de l’Avent, oraison :

" Ô Christ, Fils de Dieu, né d'une Vierge en ce monde, vous qui ébranlez les royaumes par la terreur de votre Nativité, et contraignez les rois à l'admiration : donnez-nous votre crainte qui est le commencement de la sagesse ; afin que nous y puissions fructifier et vous présenter en hommage un fruit de paix. Vous qui, pour appeler les nations, êtes arrivé avec la rapidité d'un fleuve, venant naître sur la terre pour la conversion des pécheurs, montrez-nous le don de votre grâce, afin que toute frayeur étant bannie, nous vous suivions toujours dans le chaste amour d'une intime charité. Amen."