UA-75479228-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 05 janvier 2017

5 janvier. Saint Télesphore, pape et martyr. 138.

- Saint Télesphore, pape et martyr. 138.

Papes : Saint Sixte Ier (prédécesseur) ; saint Hygin (successeur). Empereurs romains : Hadrien (+138) ; Antonin le Pieux (dit).

" Frère bien-aimés, nous avons la confiance que vous gardez intacte la foi des Apôtres."
Epître de saint Télesphore aux évêque de la catholicité. (Patrol. grecque, T. V.).


Saint Télesphore. Frise des papes.
Basilique Saint-Pierre. Rome.

Saint Télesphore était Grec de nation et anachorète. C'est une tradition, dans l'ordre des Carmes, que le lieu où il exerça sa vie solitaire, avant d'entreprendre la prédication de l'Evangile, était le mont Carmel célèbre par le séjour des saints prophètes Elie et Elisée.

Etant venu à Rome pour travailler à l'établissement de la religion chrétienne, il donna des marques si visibles d'une sagesse et d'une sainteté consommées, qu'après le martyre de saint Sixte, premier de ce nom, il fut mis en sa place, et créé souverain Pontife, sous l'empire d'Adrien.

Entre plusieurs beaux réglements qu'il fit pour l'avancement de l'Eglise, l'un des principaux fut celui du jeûne de quarante jours avant Pâques, que nous appelons le Carême. Ce n'est pas qu'il soit le premier auteur de cette observance ; car saint Ignace, martyr, qui vivait avant lui, en fait mention dans son Epître aux Philippiens ; et c'est le sentiment commun des Pères de de l'Eglise, qu'elle est de tradition apostolique : plusieurs même en parlent comme d'une institution divine, en tant que Notre Seigneur Jésus-Christ nous l'a apprise par son exemple. Mais ce que fit ce saint pape, fut d'établir par un décret ce qui n'était gardé que par l'autorité de la tradition, de réveiller la ferveur des Chrétiens qui commençait à se relâcher dans cette sainte pratique : on peut voir à ce sujet un traité fort curieux touchant les jeûnes, que la père Thomassin, si connu par sa pénétration dans l'antiquité ecclésiastique, a donné au public.

On dit aussi que notre Saint ordonna qu'à la sollennité de Noël, on célèbrerait la messe au milieu de la nuit, au lieu qu'aux autres temps, on ne la célébrait qu'à l'heure de tierce c'est-à-dire sur les neuf heures du matin : ce qui se doit entendre de la messe solennelle, et de ce qui se faisait le plus ordinairement dans les églises.


Vierge de la Très Sainte Trinité. Cimabue. Italie.. XIIIe.

On lui attribue encore le commandement de chanter l'hymne des anges, Gloria in excelcis, avant l'action du sacrifice. On sait, à ce sujet, que les premières paroles de ce cantique ont été chantées par les anges, lorsqu'ils annoncèrent la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, Notre Divin Sauveur. De là lui est venu le nom d'hymne angélique. L'origine des paroles qui suivent n'est pas tout à fait certaine : on les attribuent aux Apôtres, à saint Télesphore, au pape Symnaque à saint Hilaire, évêque de Poitiers. Il est facile de voir l'analogie qu'il y a entre notre Gloria in excelcis et celui des Constitutions apostoliques, tel que le transcrit le docteur Grancolas :
" Gloria in excelcis Deo et in terra pax hominibus bonae voluntatis."

Toutes ces ordonnances sont rapportées dans le Liber pontificalis.

Il s'éleva, du temps de ce bienheureux pontife, trois hérétiques très permicieux, savoir : Valentin, Marcion et Appelès, dont les dogmes gnostiques, impies et sacrilèges sont rapportés par saint Epiphane et par les auteurs ecclésiastiques qui ont écrit sur les hérésies.

Cet homme apostolique ne manqua pas de les combattre avec toute la vigueur que l'on pouvait attendre d'un chef de l'Eglise aussi savant et aussi pieux qu'il l'était, et il fut aider dans ce combat par le grand saint Justin, philosophe chrétien, qui présenta aussi, depuis, aux empereurs, deux excellentes apologies, pour justifier notre sainte religion des crimes que les païens lui imputaient, poussés qu'ils étaient par leur propre malice, et par la doctrine diabolique et les moeurs corrompues de ces hérétiques qui se donnaient pour chrétiens.


Couronnement de la sainte Vierge.
Maître de la vie de Marie. Flandres. XVe.

Enfin, saint Télesphore, après avoir gouverné l'Eglise onze ans, trois mois et vingt-deux jours, fut couronné d'un très glorieux martyre, comme le dit expressément saint Irénée. Il avait fait trois fois les ordres au mois de décembre, et créé douze prêtres, huit diacres et treize évêques. Son corps fut enterré au Vatican, proche de celui du Prince des Apôtres, et sa mémoire est célébrée dans l'Eglise au jour même de son martyre, selon l'ordre du bréviaire réformé par Clément VIII.

On représente saint Télesphore avec un calice surmonté de trois hosties, pour rappeler qu'il institua la pratique de dire trois messes le jour de Noël.

MEMOIRE DE SAINT TELESPHORE

" Ô Dieu, qui nous réjouissez par la solennité annuelle du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, accordez à nous qui célébrons sa Naissance, de jouir de sa protection."

" Sanctifiez, Seigneur, ces dons qui vous sont offerts ; et, par l'intercession du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, qu'ils vous apaisent et attirent sur nous vos regards."

" Rassasiés par la participation du don sacré, nous vous prions, Seigneur notre Dieu, par l'intercession du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, de nous faire ressentir l'effet du Mystère que nous célébrons."

00:05 Publié dans T | Lien permanent | Commentaires (0)

5 janvier. La Vigile de l'Epiphanie.

- La Vigile de l'Epiphanie.


Adoration des bergers. Andrea Mantegna. XVIe.

La fête de Noël est terminée ; les quatre Octaves ont achevé leur cours ; et nous voici en présence de la solennité de l'Epiphanie du Seigneur. Une seule journée nous reste pour nous préparer à la Manifestation pleine de mystère que nous doit faire de sa gloire celui qui est l'Ange du grand Conseil. Encore quelques heures, et l'étoile se sera arrêtée, et les Mages frapperont à la porte de la maison de Bethléhem.

Cette Vigile n'est pas, comme celle de Noël, un jour de pénitence. L'Enfant que nous attendions alors, dans la componction et dans l'ardeur de nos désirs, est venu ; il reste avec nous et nous prépare de nouvelles faveurs. Ce jour d'attente d'une nouvelle solennité est un jour de joie comme ceux qui l'ont précédé. Cette Vigile ne sera donc point marquée par le jeûne ; et la sainte Eglise n'y revêtira point ses habits de deuil. Aujourd'hui, elle se pare de la couleur blanche, comme elle le fera demain. Ce jour est le douzième de la Naissance de l'Emmanuel.

Célébrons donc cette Vigile dans l'allégresse de nos cœurs, et préparons nos âmes aux nouvelles faveurs qui leur sont réservées.


Adoration des bergers. Anonyme flamand. XVIe.

L'Eglise Grecque observe le jeûne aujourd'hui, en mémoire de la préparation au Baptême qui s'administrait autrefois, principalement en Orient, dans la nuit qui précédait le saint jour de l'Epiphanie. Elle bénit encore les eaux avec une grande solennité en cette fête ; nous parlerons avec détail de cette cérémonie dont les vestiges ne sont pas encore entièrement effacés dans l'Occident.

La sainte Eglise Romaine fait mémoire en ce jour d'un de ses Papes Martyrs, saint Télesphore. Ce Pontife monta sur le Siège Apostolique l'an 127 ; et parmi les décrets qu'il rendit, on remarque celui par lequel il établissait l'usage de célébrer la Messe durant la nuit de Noël, pour honorer l'heure delà Naissance du Christ, et un autre dans lequel il décrète que l'Hymne Angélique Gloria in excelsis Deo serait chantée ordinairement au commencement du saint Sacrifice. Cette piété du saint Pape envers le grand mystère que nous célébrons en ces jours, rend sa mémoire plus vénérable encore à l'époque de l'année où elle tombe. Télesphore souffrit un glorieux martyre, selon l'expression de saint Irénée, et fut couronné de la gloire céleste, l'an 138.


Adoration des bergers. Jacopo Negretti. Début du XVIe.

A LA MESSE

La Messe de la Vigile de l'Epiphanie est la même que celle du Dimanche dans l'Octave de Noël, sauf la commémoration de saint Télesphore et l'Evangile.

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. II.


Adoration des bergers. Luca Signorelli. XVIe.

" En ce temps-là, Hérode étant mort, voici que l'Ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Egypte, lui disant : " Lève-toi, et prends l'Enfant et sa Mère, et va dans la terre d'Israël " ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l'Enfant. Joseph, s'étant levé, prit l'Enfant et sa Mère, et vint dans la terre d'Israël. Mais ayant appris qu'Archélaüs régnait en Judée, en la place d'Hérode son père , il craignit d'y aller ; et averti en songe, il se retira dans la Galilée. Et il vint habiter dans la ville qui est appelée Nazareth, afin que fût accompli ce qui avait été dit par les Prophètes : Il sera appelé Nazaréen."

IN CHRISTI NATIVITATE

Pour couronnement des pièces liturgiques qui nous ont aidé si suavement à pénétrer le mystère de Noël, nous avons réservé les strophes suivantes. Nulles autres ne pouvaient mieux convenir à ce jour qui prépare l'introduction des Mages près de la Crèche. Elles sont tirées du poème que le prince des mélodes de l'Eglise Grecque, saint Romanus, consacra, comme prémices de son génie, à la Vierge Mère. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici le texte même, remis dans nos temps en honneur par un illustre prince de l'Eglise (Analecta sacra spicilegio solesmensi parata, I.), et dont aucune traduction ne saurait rendre l'incomparable harmonie.

La Vierge aujourd'hui met au monde Celui qui dépasse la nature ; la terre donne une grotte pour gîte à l'inaccessible. Les Anges avec les bergers font assaut de louanges ; les Mages sont en route à la suite de l'étoile. Car pour nous voici qu'est né, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.


Adoration des bergers. Francesco de Rossi. XVIe.

Voici qu'en Bethléhem Eden est ouvert ; venez donc, et voyons : quel mets suave est là caché pour nous ! Venez : dans cette grotte, abreuvons-nous des délices du paradis. Là fleurit, sans être arrosée, la tige qui produit la grâce. Là est le puits qu'aucune main n'a creusé , et dont David un jour eût voulu boire. Ici tout d'un coup, grâce à la Vierge qui enfante, d'Adam et de David la soif est apaisée. Donc hâtons-nous d'aller où vient de naître, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.

Le père de la mère a voulu être son fils ; le sauveur des enfants gît enfant dans une crèche. Fixant ses yeux sur lui, celle qui l'enfante a dit :
" Qu'est-ce cela, Ô mon fils ! En quelle manière as-tu pris germe en moi ? En quelle manière as-tu trouvé en moi vie et croissance ? Je te vois, Ô fruit de mes entrailles, et suis dans la stupeur ; mon sein s'emplit de lait, et je n'ai point connu d'homme. Et tandis que je t'admire en ces langes, je contemple la fleur de ma virginité toujours sauve, Ô toi qui l'as gardée, en daignant naître, enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles.

Roi très-haut, qui t'attire au milieu des mendiants ? Créateur des cieux, pourquoi viens-tu chez les habitants de la terre ? Une grotte fait tes délices, une crèche est ton amour ! Voici bien que pour ta servante il n'y a point de place dans l'hôtellerie ; et non seulement pas de place : pas de grotte même, car celle-ci est à d'autres. Pourtant à Sara, quand elle eut un fils, beaucoup de terre fut donnée : à moi, pas une tanière ; pour tout j'ai cet antre où tu as voulu habiter, enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles."


Adoration des bergers. Lorenzo d'Andrea d'Oderigo. XVIe.

Tandis qu'elle formule ces pensées dans son cœur et s'adresse suppliante à Celui qui connaît les mystères, elle apprend que les Mages sont là, cherchant le nouveau-né. Venant à eux :
" Qui êtes-vous ?" dit la Vierge.
Ceux-ci lui répondent :
" Bien plutôt, quelle est ta naissance, Ô toi qui as mis au monde un tel enfant ? De quel père, de quelle mère es-tu descendue, toi qui nourris un fils dont tu es la mère sans qu'il ait eu de père ? A la vue de son étoile, nous avons prononcé de concert qu'elle annonçait, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.
Balaam en effet nous avait avec soin préparés à comprendre les oracles dont il fut le prophète, lorsqu'il prédit le lever d'une étoile : étoile éteignant toutes divinations et présages ; étoile résolvant les paraboles des sages, leurs énigmes et sentences ; étoile dont la lumière l'emporte d'autant mieux sur le soleil qui nous éclaire, qu'elle-même a créé tous les astres ; par elle il était annonce que de Jacob sortirait comme la lumière, l’enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles."

Ayant entendu si merveilleux discours , Marie prosternée adora l'enfant né de ses entrailles, et dit en pleurs :
" Grandes pour moi, Ô mon fils, grandes sont toutes les choses que vous avez faites avec mon indigence. Car voici que dehors se tiennent les Mages, et ils vous cherchent ; les rois des nations de l'Orient désirent votre visage ; le contempler est la prière des riches de votre peuple. Ce peuple n'est-il pas vôtre, en effet, pour qui vous êtes né, enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles ?
Puis donc qu'ils sont vôtres, Ô mon fils, ordonnez qu'ils entrent sous votre toit, pour voir cette opulente pauvreté, cette noble indigence ; car je vous ai pour richesses et pour gloire, aussi n'ai-je point à rougir, en vous sont la grâce et la vérité ; et maintenant permettez qu'ils viennent en cet abri : comment m'inquiéterais-je de ma misère, vous possédant, vous le trésor que viennent contempler les princes, l'objet de l'étude des rois et des Mages cherchant où est né, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles ?"


Adoration des bergers. Jacob Jordaens. Début du XVIIe.

Jésus le Christ et notre vrai Dieu se fit entendre intérieurement au cœur de sa mère, et lui dit :
" Introduis ceux qu'amène ma parole ; car cette parole est la lumière de ceux qui me cherchent, étoile aux yeux, force pour l'âme intelligente. C'est elle qui, comme mon serviteur, a conduit les Mages, et maintenant elle s'est arrêtée pour remplir son office et désigner par ses rayons l'endroit où est né, enfant d'un jour, le Dieu d'avant tous les siècles.
Maintenant donc reçois-les, ô toute belle, reçois ceux qui m'ont reçu ; car je suis en eux, comme je suis dans tes bras, et, en les accompagnant, je ne t'ai point quittée."
Elle donc ouvre la porte et reçoit l'assemblée des Mages ; elle ouvre, celle qui est la porte fermée à tous, que seul le Christ a traversée ; elle ouvre, celle qui fut toujours close, celle qui jamais rien ne perdit des trésors de la virginité ; elle ouvre, celle par qui fut donnée au monde, porte des cieux, l'enfant d'un jour, Dieu avant tous les siècles.

Les dernières paroles de notre Avent étaient celles de l'Epouse, dans la prophétie du Disciple bien-aimé :
" Venez, Seigneur Jésus ! Venez !"
Nous terminerons cette première partie du Temps de Noël par ces paroles d'Isaïe que la sainte Eglise a répétées avec triomphe :
" Un petit Enfant nous est né! Les cieux ont envoyé leur rosée, le juste est descendu du ciel, la terre a enfanté son Sauveur, LE VERBE S'EST FAIT CHAIR, la Vierge a produit son doux fruit, Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. Le Soleil de justice brille maintenant sur nous, les ténèbres sont passées ; au ciel, Gloire à Dieu ! Sur la terre, Paix aux hommes !"


Adoration des bergers. Jusepe de Ribeira. XVIIe.

" Tous ces biens nous sont venus par l'humble et glorieuse Naissance de cet Enfant. Adorons-le dans son berceau, aimons-le pour tant d'amour ; et préparons les présents que nous irons demain lui offrir avec les Mages. L'allégresse de la sainte Eglise continue, la nature angélique est dans l'étonnement, toute la création tressaille de bonheur : Un petit Enfant nous est né !"

mercredi, 04 janvier 2017

4 janvier. Saint Tite, disciple de saint Paul, évêque de Crète. Ier siècle.

- Saint Tite, disciple de saint Paul, évêque de Crète. Ier siècle.

Pape : Saint Anaclet. Empereur romain : Domitien.

" Il faut qu'un évêque soit sans tache, comme il convient à un dispensateur des dons de Dieu."
Ep. ad Tit.


Saint Paul et saint Tite. Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Un saint Evêque de l'âge apostolique, un disciple du grand Paul, s'offre aujourd'hui à notre vénération. Ses actions nous sont peu connues ; mais en lui adressant une de ses Lettres inspirées, le Docteur des Gentils l'a rendu immortel. Partout où la foi du Christ a été et sera portée, Tite, ainsi que Timothée, sera connu des fidèles ; jusqu'à la fin des temps, la sainte Eglise consultera, avec un souverain respect, cette Epître adressée à un simple évêque de l'île de Crète, mais dictée par l'Esprit-Saint, et par là même destinée à faire partie du corps des Ecritures sacrées qui contiennent la pure Parole de Dieu. Les conseils et les directions que renferme cette admirable lettre, furent la règle souveraine du saint Evêque à qui Paul avait voué une si affectueuse tendresse. Tite eut la gloire d'établir le Christianisme dans cette île fameuse où le paganisme avait un de ses principaux centres. Il survécut à son maître immolé dans Rome par le glaive de Néron ; et comme saint Jean, à Ephèse, il s'endormit paisiblement dans une heureuse vieillesse, entouré des respects de la chrétienté qu'il avait fondée. Sa vie a laissé peu de traces ; mais les quelques traits qui nous restent à son sujet donnent l'idée d'un de ces hommes de vertu supérieure que Dieu choisit au commencement, pour en faire les premières assises de son Eglise.

Tite, évêque de Crète, fut initié par les enseignements de l'Apôtre saint Paul aux mystères de la foi chrétienne ; et, préparé par les sacrements, il répandit une telle lumière de sainteté sur l'Eglise encore au berceau, qu'il mérita de prendre place entre les disciples du Docteur des Gentils. Appelé à partager le fardeau de la prédication, son ardeur à répandre l'Evangile et sa fidélité le rendirent si cher à saint Paul, que celui-ci étant venu à Troade, pour prêcher la foi dans cette ville, atteste lui-même qu'il n'y trouva pas le repos de son esprit, parce qu'il n'y rencontra pas Tite son frère. L'Apôtre, s'étant rendu peu après en Macédoine, exprime son affection pour ce disciple par ces paroles :
" Dieu qui console les humbles nous a consolés par l'arrivée de Tite."


Un messager apporte le lettre que saint Paul adressa à saint Tite.
Bible historiale. Guiard des Moulins. XIVe.

Envoyé à Corinthe par l'Apôtre, il sut s'acquitter de cette mission qui consistait principalement à recueillir les aumônes offertes par la piété des fidèles pour soulager la pauvreté de l'Eglise des Hébreux, avec tant de sagesse et de douceur, que non seulement il maintint les Corinthiens dans la foi du Christ, mais qu'il excita en eux des regrets accompagnés de larmes, et l'empressement le plus vif pour revoir Paul qui leur avait donné la première instruction. Après de nombreux voyages sur terre et sur mer, pour répandre la semence de la divine parole chez les nations les plus dissemblables par le langage et par la situation géographique ; après avoir supporté avec la plus grande fermeté d'âme mille soucis et mille travaux pour établir ainsi l'étendard de la Croix, il aborda à l'île de Crète avec Paul son maître. L'Apôtre le choisit pour remplir la charge d'Evêque dans l'Eglise qu'il fonda en cette île ; et il est certain que Tite y remplit ses fonctions de manière à devenir le modèle des fidèles dans les bonnes œuvres, et que, selon les conseils de son maître Paul, il brilla par la doctrine, par son intégrité et la gravité de ses mœurs.

Semblable à un flambeau, il répandit les rayons du christianisme sur ceux qui étaient assis sous les ombres de la mort, dans les ténèbres de l'idolâtrie et du mensonge. Une tradition prétend qu'il serait ensuite passé chez les Dalmates, et qu'il aurait essuyé les plus rudes fatigues pour planter la foi chez ces peuples.


Saint Paul et saint Tite. Bible historiale. Guiard des Moulins.
Abbaye de Saint-Omer. XIVe.

Enfin, plein de jours et de mérites, âgé de quatre-vingt-quatorze ans, il s'endormit dans le Seigneur, de la mort précieuse des justes, la veille des nones de janvier ; et il fut enseveli dans l'église où l'Apôtre l'avait établi ministre de la parole. Son nom couvert déloges par saint Jean Chrysostome et par saint Jérôme se lit en ce même jour au Martyrologe romain ; mais, en établissant sa fête pour être célébrée avec l'Office et la Messe dans tout le monde catholique par le clergé séculier et régulier, le souverain Pontife Pie IX l'a fixée au premier jour libre qui suit l'anniversaire de la mort du saint. Mais cette fête est plus ou moins différée, selon les lieux, par la liberté qu'a laissée le Saint-Siège de la placer au premier jour qui ne se trouve pas occupé par une autre fête. Dans la plupart des Eglises, elle n'est célébrée qu'en février.

PRIERE

" Heureux disciple du grand Paul, la sainte Eglise a voulu qu'un jour dans l'année fût employé à célébrer vos vertus et à implorer votre suffrage ; soyez propice aux fidèles qui glorifient le divin Esprit pour les dons qu'il a répandus en vous. Vous avez rempli avec zèle et constance la charge pastorale ; tous les traits que Paul énumère dans l'Epître qu'il vous a adressée comme devant former le caractère de l'Evêque, se sont trouvés réunis en votre personne ; et vous brillez sur la couronne du Christ, le Prince des Pasteurs, comme l'un de ses plus riches diamants. Souvenez-vous de l'Eglise de la terre dont vous avez soutenu les premiers pas. Depuis le jour où vous lui fûtes ravi, dix-huit siècles ont achevé leur cours. Souvent ses jours ont été mauvais ; mais elle a triomphé de tous les obstacles, et elle chemine dans la voie, recueillant les âmes et les dirigeant vers son céleste Epoux, jusqu'à l'heure où il viendra arrêter le temps, et ouvrir les portes de l'éternité.


Un messager apporte le lettre que saint Paul adressa à saint Tite.
Bible historiale. Guiard des Moulins. XVe.

Tant que cette heure n'a pas sonné, nous comptons , Ô Tite , sur votre puissant suffrage ; du haut du ciel, sauvez les âmes par votre intercession, comme vous les sauviez ici-bas au moyen de vos saintes fatigues. Demandez pour nous à Jésus des Pasteurs qui vous soient semblables. Relevez la Croix dans cette île que vous aviez conquise à la vraie foi, et sur laquelle s'étendent aujourd'hui les ombres de l'infidélité et les ravages du schisme ; que par vous la chrétienté d'Orient se ranime, et qu'elle aspire enfin à l'unité, qui, seule, peut la préserver d'une dissolution complète. Exaucez, Ô Tite, les vœux du Pontife qui a voulu que votre culte s'étendît à l'univers entier, afin d'accélérer par votre suffrage les jours de paix et de miséricorde que le monde attend."

00:55 Publié dans T | Lien permanent | Commentaires (1)

4 janvier. L'Octave des Saints Innocents.

- L'Octave des Saints Innocents.


Massacre des Saints Innocents. Pieter Brueghel le Jeune. XVIe.

Nous terminons aujourd'hui les huit jours consacrés à honorer la mémoire des bienheureux Enfants de Bethléhem. Grâces soient rendues à Dieu, qui nous les a donnés pour intercesseurs et pour modèles ! Leur nom ne paraîtra plus sur le Cycle, jusqu'au retour des solennités de la Naissance de l'Emmanuel : rendons-leur donc aujourd'hui un dernier hommage.

La sainte Eglise, qui, au jour de leur fête, a revêtu dans ses habits sacrés une couleur de deuil, par égard pour les douleurs de Rachel, reprend, dans ce jour de l'Octave, la pourpre des Martyrs, dont elle veut honorer ceux qui ont la gloire d'en être comme les prémices. Mais l'Eglise ne cesse pas pour cela de s'attendrir sur la désolation des mères qui ont vu égorger entre leurs bras les enfants qu'elles allaitaient. A l'Office des Matines, elle lit ce passage si dramatique d'un ancien Sermon attribué autrefois à saint Augustin :


Massacre des Saints Innocents. Missel à l'usage de Besançon. XVe.

" A peine le Seigneur est-il né, qu'un deuil commence, non au ciel, mais sur la terre. Les mères se lamentent, les Anges triomphent, les enfants sont enlevés. Un Dieu est né : il faut des victimes innocentes à Celui qui vient condamner la malice du monde. Il faut immoler des agneaux, puisque l'Agneau est venu qui ôte le péché et qui doit être crucifié. Mais les brebis, leurs mères, poussent de grands cris ; car elles perdent leurs agneaux, avant même qu'ils puissent faire entendre le bêlement. Cruel martyre ! Le glaive est tiré, et sans motif ; la jalousie seule est en fureur, et Celui qui est né ne fait violence à personne.

Mais considérons les mères se lamentant sur leurs agneaux. Une voix a retenti dans Rama, des pleurs et des hurlements : c'est qu'on leur enlève un dépôt qu'elles n'ont pas seulement reçu, mais enfanté. La nature, qui se refusait à leur martyre, en face même du tyran, attestait assez sa puissance. La mère souillait et arrachait les cheveux de sa tête, parce qu'elle en avait perdu l'ornement dans son fils ! Que d'efforts pour cacher cet enfant ! et l'enfant lui-même se trahissait. N'ayant pas encore appris à craindre, il ne savait pas retenir sa voix. La mère et le bourreau luttaient ensemble : celui-ci ci arrachait l'enfant, celle-là le retenait.

La mère criait au bourreau :
" Pourquoi sépares-tu de moi celui qui est sorti de moi ? Mon sein l'a enfanté : aura-t-il donc en vain sucé mon lait ? Je le portais avec tant de précautions, celui que ta main cruelle enlève avec tant de violence ! A peine mes entrailles l'ont-elles produit, que tu l'écrases contre terre."
Une autre mère s'écriait, parce que le soldat se refusait à l'immoler avec son fils :
" Pourquoi me laisses-tu privée de mon enfant ? Si un crime a été commis, c'est moi qui en suis coupable : fais-moi mourir aussi, et délivre une pauvre mère."
Une autre disait :
" Qui cherchez-vous ? Vous n'en voulez qu'à un seul, et vous en tuez un grand nombre, sans pouvoir atteindre le seul que vous cherchez."
Une autre s'écriait :
" Venez, oh ! Venez, Sauveur du monde : jusqu'à quand vous laisserez-vous chercher ? Vous ne craignez personne : que le soldat vous voie, et qu'il laisse la vie à nos enfants."
Ainsi se mêlaient les lamentations des mères ; et le sacrifice des enfants montait jusqu'au ciel."


Massacre des Saints Innocents. François-Joseph Navez. XIXe.

Parmi les enfants si cruellement immolés depuis l'âge de deux ans et au-dessous, quelques-uns durent appartenir aux bergers de Bethléhem qui étaient venus, à la voix de l'Ange, reconnaître et adorer le nouveau-né dans la crèche. Ces premiers adorateurs du Verbe incarné, après Marie et Joseph, offrirent ainsi le sacrifice de ce qu'ils avaient de plus cher au Seigneur qui les avait choisis. Ils savaient à quel Enfant leurs enfants étaient sacrifiés, et ils étaient saintement fiers de cette nouvelle distinction qui venait les chercher au milieu de leur peuple.

Cependant, Hérode, comme tous les politiques qui font la guerre au Christ et à son Eglise, était déçu dans ses projets. Son édit d,e carnage embrassait Bethléhem et tous ses alentours ; il enveloppait tous les enfants de cette contrée, depuis la naissance jusqu'à l'âge de deux ans ; et malgré cette atroce précaution, l'Enfant tant recherché échappait au glaive et fuyait en Egypte. Le coup était donc manqué comme toujours ; et de plus, contre le gré du tyran, l'Eglise du ciel ne tarderait pas à recevoir avec triomphe de nouveaux protecteurs pour celle delà terre.

Ce Roi des Juifs nouveau-né, que la jalousie d'Hérode poursuivait, n'était qu'un Enfant sans armées et sans soldats ; Hérode cependant tremblait devant lui. Un secret instinct lui révélait, comme à tous les tyrans de l'Eglise, que cette faiblesse apparente cachait une force victorieuse ; mais il se trompait, comme tous ses successeurs, en essayant de lutter avec le glaive contre la puissance de l'Esprit. L'Enfant de Bethléhem n'est pas encore arrivé au terme de son apparente faiblesse : il fuit devant la face d'un tyran ; plus tard, quand il sera un homme, il restera sous les coups de ses ennemis : on l'attachera à une croix infâme, entre deux larrons ; mais c'est précisément ce jour-là qu'un gouverneur romain proclamera, dans une inscription écrite de sa propre main : " Celui-ci est le Roi des Juifs ".
Pilate donnera au Christ, d'une manière officielle, ce titre qui fait pâlir Hérode ; et malgré les sollicitations des ennemis du Sauveur, il s'écriera : " Ce que j'ai écrit est écrit ".

Jésus, sur l'arbre de la croix, associera à son propre triomphe un des compagnons de son supplice ; aujourd'hui, dans son berceau, il appelle des enfants à partager sa gloire.


Massacre des Saints Innocents. Heures à l'usage de Besançon. XVe.

ORAISONS

Les deux Oraisons qui suivent sont empruntées au Sacramentaire Léonien :

" Ô Dieu, grand dans les grandes choses, mais qui opérez cependant, avec plus de gloire, vos merveilles dans les petites ; accordez-nous, s'il vous plaît, de nous réjouir dans la solennité de ceux qui, même sans parler, ont rendu témoignage à votre Fils, Notre Seigneur."

" Faites, Seigneur, que vos fidèles, selon la parole de l'Apôtre, ne deviennent pas enfants par l'intelligence, mais qu'ils deviennent innocents en fait de malice, comme des enfants; en sorte qu'ils imitent, par la simplicité de l'âme, les martyrs de la présente solennité, s'ils ne peuvent les égaler en mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur."


CAPITULA

L'Eglise Gothique nous donne cette belle prière que nous empruntons au Bréviaire Mozarabe :

" Ô Christ, ineffable lumière du monde, qui, encore dans le berceau, n'étant pas encore martyr, avez consacré, par la palme du martyre, la troupe des Innocents ; qui, lorsqu'ils ne parlaient pas encore, leur avez fait pousser des gémissements sous le glaive des soldats ; et qui, au moment de votre mort volontaire pour nous, avez retiré avec joie leurs âmes des profondeurs secrètes de la terre : inspirez-leur de prier sans relâche pour nous qui sommes faibles et petits, afin que nous, dont les prières ne sauraient nous purifier de nos péchés, nous en soyons lavés présentement et à jamais, par les supplications de ceux qui vous accompagnent de leurs hymnes et de leurs cantiques, partout où vous allez."


Massacre des Saints Innocents. Pierre-Paul Rubens. XVIIe.

ORAISON

La même Eglise, nous offre cette autre prière dans son Missel :

" Ô Dieu ! Dont la miséricorde s'adresse, avec empressement, à tout sexe et à tout âge, vous avez daigné montrer une affection et une tendresse paternelle aux Innocents, en ne permettant pas que la captivité de l'Egypte retînt ces enfants, ni que l'Evangile leur fût celé, leur faisant éviter les souillures du monde, comme à leurs pères, au moyen de la Loi, et les appelant par grâce dans votre royaume, avec les parfaits : afin que leur innocence, exempte de tout mal, devînt un exemple solennel ; accordez à nous, qui sommes vos serviteurs, que, purgés du virus du péché, affaiblis dans la concupiscence de la chair, nous conservions une volonté docile à vos enseignements. Que notre esprit ne soit ni rigide ni superbe; qu'il soit doux sans mollesse, innocent et prudent ; qu'il soit humble sans être faible ; afin que, par la maturité d'un jugement discret, il sache discerner ce qui vous plaît, et qu'il ne sache pas entreprendre ce qui vous offense. Enfin qu'il sache employer une salutaire tempérance, un conseil discret, au moyen desquels il puisse imiter la simplicité des enfants, revendiquer le courage des combattants. Amen."

HYMNE

Le chantre des Mystères et des Martyrs, Prudence, à qui l'Eglise a emprunté les gracieuses strophes Salvete, flores Martyrum, célèbre l'immolation des enfants de Bethlehem, dans sa belle Hymne de l'Epiphanie, à laquelle la Liturgie Romaine a emprunté encore plusieurs de ses chants :


Massacre des Saints Innocents. Fresque de l'église
Saint-Sauveur-in-Chora de Constantinople. Début du XIVe.

" Le tyran soucieux a ouï dire que le Roi des rois vient de naître, celui qui doit régir Israël et occuper le trône de David.

A cette nouvelle, il s'écrie avec transport : " Un compétiteur nous presse ; on nous détrône ; allez, soldats, prenez le fer, inondez de sang les berceaux.

Tuez tout enfant mâle, cherchez jusque dans le sein des nourrices ; que l'épée égorge le fils sur la poitrine même de la mère.

Je soupçonne quelque fraude de la part des mères de Bethlehem ; je crains que quelqu'une ne soustraie son enfant du sexe mâle."

Un bourreau, dans sa fureur, transperce du glaive ces petits Corps à peine nés a la vie ; il poursuit une vie toute nouvelle en eux.

Sur ces faibles membres, à peine le meurtrier trouve-t-il place aux blessures ; son épée dépasse en largeur la gorge même de ses victimes.

Ô spectacle barbare ! La tête des enfants, brisée contre la pierre, répand la cervelle blanche comme le lait, et les yeux sortent par l'horrible blessure.

Ailleurs l'enfant palpitant est précipité dans un gouffre profond ; son faible gosier dispute cruellement le passage à l'eau.

A quoi aura servi un tel forfait ? Quelle utilité apporte ce crime à Hérode ? Seul le Christ échappe au massacre général.

Au milieu des flots du sang des enfants d'un même âge, le fruit de la Vierge évite seul les atteintes du fer qui désolait les mères.

Ainsi fut soustrait à l'édit insensé de l'impie Pharaon, Moïse, libérateur de son peuple et figure du Christ."


Massacre des Saints Innocents. Psautier à l'usage d'Arras. XVe.

SEQUENCE

Nous terminerons par cette antique Prose de Notker, empruntée au recueil de Saint-Gall :

" Louange à vous, Ô Christ ! Fils du Père très bon, Dieu de toute-puissance :

Vous que le brillant concert de ce peuple qui habite au delà des astres, célèbre avec joie dans les cieux ;

Vous que des troupes d'enfants chantent sur les sommets du firmament, dans des hymnes retentissantes.

Ce sont ceux qu'un impie, en haine de votre Nom, immola par une cruelle blessure :

Maintenant, dans les cieux, vous payez, Ô Christ, leurs peines par la gloire, dans votre bonté ;

Usant de votre grâce, par laquelle toujours vous décorez les vôtres de splendides couronnes.

Par leurs prières sacrées, daignez, nous vous en prions, effacer les crimes de notre vie.

Et comme vous les associez à votre gloire, faites-les aussi participer pour nous à votre clémence.

Vous leur donnez la lumière de gloire éternelle : donnez-nous de triompher des choses terrestres ;

Qu'il nous soit donné d'obtenir pleinement, par des actions pures, l'effusion de votre grâce.

De tous ceux qui s'empressent à la louange des Innocents, que nul ne devienne compagnon d'Hérode ;

Mais que tous soient éternellement mêlés à leur troupe glorieuse, en votre présence, Seigneur !

Amen."


Massacre des Saints Innocents. Sano di Pietro. XVe.

PRIERE

" Nous vous quittons aujourd'hui, Ô fleurs des Martyrs ! Mais votre protection demeure sur nous. Dans tout le cours de cette année de la sainte Liturgie, vous veillerez sur nous, vous parlerez pour nous à l'Agneau dont vous êtes les fidèles amis. Nous plaçons sous votre garde les fruits que nos âmes ont produits pendant ces jours de grâce. Nous sommes devenus enfants avec Jésus ; nous recommençons avec lui notre vie : priez, afin que nous croissions comme lui en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes. Par votre suffrage, assurez notre persévérance ; et pour cela, maintenez en nous la simplicité chrétienne, qui est la vertu des enfants du Christ.

Vous êtes innocents, et nous sommes coupables ; aimez-nous cependant d'un amour de frères. Vous fûtes moissonnés à l'aurore de la Loi de Grâce ; nous sommes les fils de ces derniers temps dans lesquels le monde envieilli a laissé refroidir la Charité. Tendez vers nous vos palmes victorieuses, souriez à nos combats; demandez que bientôt notre repentir obtienne cette couronne qui vous fut octroyée par une si divine largesse.

Enfants Martyrs ! Souvenez-vous des jeunes générations qui s'élèvent aujourd'hui sur la terre. Dans cette gloire où vous êtes arrivés avant l'âge d'homme, vous ne sauriez oublier les petits enfants. Ces tendres rejetons de la race humaine dorment aussi dans leur innocence. La grâce du Baptême est entière en eux ; et leurs âmes pures réfléchissent comme un miroir la sainteté du Dieu qui les habite par sa grâce. Hélas ! De terribles périls les attendent, ces nouveau-nés ; beaucoup d'entre eux seront souillés ; leurs robes sans tache perdront bientôt, peut-être, cette blancheur dont elle resplendit. La corruption du cœur et de l'esprit les infectera ; et qui pourra les soustraire à d'affreuses influences ? La voix des mères retentit encore dans Rama ; Rachel chrétienne pleure ses fils immolés ; et rien ne peut la consoler de la perte de leurs âmes. Innocentes victimes du Christ ! priez pour les enfants. Obtenez-leur des temps meilleurs : qu'ils puissent un jour entrer dans la vie, sans avoir à redouter d'y rencontrer la mort dès le premier pas."

mardi, 03 janvier 2017

3 janvier. Sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris. 512.

- Sainte Geneviève, vierge, patronne de Paris. 512.

Pape : Saint Symmaque. Roi de France : Clovis Ier (+511). Roi de Reims : Thierry Ier. Roi d'Orléans : Clodomir.

" La piété est une oeuvre utile à tout... Par leurs prières, les personnes pieuses sont une rosée céleste, qui éloigne les calamités de nos villes et de nos campagnes? Si dans un jardin l'on aime à voir des choux et des arbres fruitiers, l'on aime sans doute à y trouver aussi des lys éclatants de blancheur ou de majestueux tournesols? Il en est des plantes humaines placées dans le jradin de Dieu comme des légumes, des fleurs et des fruits qui croissent dans les jardins des hommes? Ne décriez donc jamais la piété des vierges."


Sainte Geneviève. Missel à l'usage d'Evreux. XVe.

Le Martyrologe de l'Eglise Romaine nous présente aujourd'hui le nom d'une sainte vierge dont la mémoire est trop chère à l'Eglise de Paris, et à toutes celles de la France entière, pour qu'il nous soit possible de passer sous silence ses glorieux mérites. Dans la compagnie des Martyrs et du Confesseur et Pontife Sylvestre, la vierge Geneviève brille d'un doux éclat à côte de la veuve Anastasie. Elle garde avec amour le berceau de l'Enfant divin dont elle imita la simplicité, et dont elle a mérité d'être l'Epouse. Au milieu des mystères de l'enfantement virginal, il est juste de rendre de solennels honneurs aux Vierges fidèles qui sont venues après Marie. S'il nous était possible d'épuiser les Fastes de la sainte Eglise, quelle magnifique pléiade d'Epouses du Christ n'aurions-nous pas à glorifier, dans ces quarante jours de la Naissance de l'Emmanuel !

Déjà nous avons nommé la grande Martyre Eugénie ; nous aimerions à célébrer Colombe de Sens , Euphrosyne d'Alexandrie, Emilienne de Rome, Macra de Reims, Synclétique d'Alexandrie, Véronique de Binasco, Brigitte d'Ecosse, Viridiana de Vallombreuse, et tant d'autres; mais les bornes de notre plan nous contraignent à ne dépasser que rarement les limites tracées par le Cycle lui-même.

Sainte Geneviève. Provient du trumeau du portail central de
l'église abbatiale de Sainte-Geneviève à Paris. XIIIe.

Toutefois, empruntant les belles paroles de saint Augustin dans son VIIIe Sermon pour la fête de Noël, nous dirons à toutes ces amantes du Dieu nouveau-né :
" Saintes Vierges, qui avez méprisé les noces terrestres, célébrez avec allégresse l'enfantement de la Vierge. Celui qui vient combler vos désirs n'a point enlevé à sa Mère cette pureté que vous aimez. Il a guéri en vous la blessure que vous aviez contractée par Eve : il ne pouvait altérer ce qui vous plaît en Marie. Mais ce Fils que vous n'avez pu, comme elle, enfanter selon la chair, vous l'avez senti votre Epoux dans votre cœur. Vous n'avez pas été stériles ; car la pureté de la chair est le principe de la fécondité de l'âme."

Geneviève a été célèbre dans le monde entier. Elle vivait encore en cette chair mortelle, que déjà l'Orient connaissait son nom et ses vertus ; du haut de sa colonne, le stylite Siméon la saluait comme sa sœur dans la perfection du Christianisme. La capitale de la France lui est confiée ; une simple bergère protège les destinées de Paris, comme un pauvre laboureur, saint Isidore, veille sur la capitale des Espagnes.


Sainte Geneviève méditant en gardant les moutons de ses parents.
Collégiale de chanoines de la congrégation de Saint-Victor,
église paroissiale Saint-Denis. Athis-Mons. Île-de-France. XIXe.

L'élection que le Christ avait daigné faire de la jeune fille de Nanterre pour son Epouse, fut déclarée par l'un des plus grands évêques de la Gaule au Ve siècle. Saint Germain d'Auxerre se rendait dans la Grande-Bretagne où le Pape saint Boniface Ier l'envoyait pour combattre l'hérésie pélagienne. Accompagné de saint Loup, évoque de Troyes, qui devait partager sa mission, il s'arrêta au village de Nanterre ; et comme les deux prélats se dirigeaient vers l'église où ils voulaient prier pour le succès de leur voyage, le peuple fidèle les entourait avec une pieuse curiosité. Eclairé d'une lumière divine, Germain discerna dans la foule une petite fille de sept ans, et il fut averti intérieurement que le Seigneur se l'était choisie. Il demanda aux assistants le nom de cette enfant, et pria qu'on l'amenât en sa présence. On fit donc approcher les parents, le père nommé Sévère et la mère appelée Geruntia. L'un et l'autre furent attendris à la vue des caresses dont le saint évêque comblait leur fille.
" Cette enfant est à vous ?" leur dit Germain.
" Oui, seigneur ", répondirent-ils.
" Heureux parents d'une telle fille !" reprit l'évêque.
" A la naissance de cette enfant, sachez-le, les Anges ont fait grande fête dans le ciel. Cette fille sera grande devant le Seigneur ; et, par la sainteté de sa vie, elle arrachera beaucoup d'âmes au joug du péché."
Puis, se tournant vers l'enfant :
" Geneviève, ma fille ?
- Père saint, votre servante écoute.
- Parle-moi sans crainte : voudrais-tu être consacrée au Christ dans une pureté sans tache, comme son Epouse ?
- Béni soyez-vous, mon Père ! Ce que vous me demandez est le plus cher désir de mon cœur. C'est tout ce que je veux ; daignez prier le Seigneur qu'il me l'accorde.
- Aie confiance, ma fille, sois ferme dans ta résolution ; que tes œuvres soient d'accord avec ta foi, et le Seigneur ajoutera sa force à ta beauté."


Sainte Geneviève rencontre saint Germain d'Auxerre.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. Mâcon. XVe.

Les deux évêques accompagnés du peuple entrèrent dans l'église, et l'on chanta l'Office de None, qui fut suivi des Vêpres. Germain avait fait amener Geneviève auprès de lui, et durant toute la psalmodie il tint ses mains imposées sur la tête de l'enfant. Le lendemain, au lever du jour, avant de se mettre en route, il se fit amener Geneviève par son père.
" Salut, Geneviève, ma fille ! Te souviens-tu de la promesse d'hier ?
- Ô Père saint ! Je me souviens de ce que j'ai promis à vous et à Dieu ; mon désir est de garder à jamais, avec le secours céleste, la pureté de mon âme et de mon corps."
A ce moment, Germain aperçut à terre une médaille de cuivre marquée de l'image de la Croix. Il la releva, et, la présentant à Geneviève, il lui dit :
" Perce-la, mets-la à ton cou, et garde-la en souvenir de moi. Ne porte jamais ni collier, ni bague d'or ou d'argent, ni pierre précieuse ; car si l'attrait des beautés terrestres venait à dominer ton cœur, tu perdrais bientôt ta parure céleste qui doit être éternelle."
Après ces paroles, Germain dit à l'enfant de penser souvent à lui dans le Christ, et l'ayant recommandée à Sévère comme un dépôt deux fois précieux, il se mit en route pour la Grande-Bretagne avec son pieux compagnon.

Nous nous sommes complu à retracer cette gracieuse scène, telle qu'elle est racontée dans les Actes des Saints, dans le but de montrer la puissance de l'Enfant de Bethléhem, qui agit avec tant de liberté dans le choix des âmes qu'il a résolu de s'attacher par un lien plus étroit. Il s'y conduit en maître, rien ne lui fait obstacle, et son action n'est pas moins visible en ce siècle de décadence et d'attiédissement qu'aux jours de saint Germain et de sainte Geneviève. Quelques-uns, hélas ! s'en irritent ; d'autres s'étonnent ; la plupart ne réfléchissent pas : les uns et les autres sont cependant en face d'un des signes les plus frappants de la divinité de l'Eglise.


Sainte Geneviève rencontre saint Germain d'Auxerre.
Puvis de Chavannes. XIXe.

Geneviève, née à Nanterre, au territoire de Paris, fille de Sévère et de Géruntia, fit briller dès ses plus tendres années l'éclat d'une rare vertu. L'évêque Germain d'Auxerre, allant en Bretagne avec Loup de Troyes, pour extirper les restes de l'hérésie Pélagienne, ayant aperçu Geneviève, reconnut et prophétisa qu'elle serait agréable à Dieu et illustre par la sainteté de sa vie. Lui ayant demandé si elle voulait consacrer à Dieu sa virginité, Geneviève répondit avec un visage plein de modestie qu'elle le désirait vivement et uniquement.

Germain entrant donc dans l'Eglise, avec un nombreux cortège de peuple, imposa les mains à la jeune fille et la consacra vierge, au milieu du chant des psaumes et des plus solennelles oraisons. Le lendemain, lui ayant demandé si elle se souvenait encore du vœu qu'elle avait fait, elle l'assura qu'elle s'en souvenait, et qu'avec l'aide de Dieu elle persévérerait dans son propos. Alors, l'évêque aperçut à ses pieds, non sans une volonté de Dieu, une pièce de cuivre marquée d'une croix ; il la ramassa, la donna à la vierge, et lui ordonna de la porter à son cou, et de ne plus désormais souffrir la parure d'un collier qui ne sied point à une Epouse du Christ.


Sainte Geneviève en prière. Puvis de Chavannes. XIXe.

Elle excella par le don et l'abondance des miracles, surtout à l'égard des énergumènes qu'elle délivrait de la tyrannie des démons, en les oignant d'une huile bénite. Elle fit plusieurs prophéties, entre autres à l'approche d'Attila, roi des Huns. Elle exhorta les habitants de Paris à ne point abandonner leurs foyers, et à ne pas transporter ailleurs leurs biens, promettant que la ville tiendrait debout, tandis que d'autres cités plus fortes étaient renversées. L'événement prouva la vérité de la promesse ; et on l'attribua à la protection de Geneviève. Pendant une famine, et dans une grande cherté de vivres, elle fournit à la ville une grande quantité de blé, et distribua des pains à d'innombrables pauvres. Toutefois, malgré tant de miracles, elle ne put échapper à la haine et aux insultes des malveillants. Germain, se rendant une seconde fois en Bretagne, l'alla trouver, et par ses divines paroles la consola de toutes ces calomnies ; puis, adressant au peuple une grave remontrance , il fit voir le grand mérite de Geneviève devant Dieu, et montra le lieu où elle répandait ses prières, tout arrosé de ses larmes.

De la quinzième à la cinquantième année de son âge, elle ne rompit le jeûne que le dimanche et le jeudi, par un peu de pain d'orge et quelques mets cuits quinze jours à l'avance, afin qu'ils fussent moins succulents : sans autre breuvage que l'eau fraîche. Après ce temps, à la persuasion des Evêques, auxquels elle eût jugé un grand crime de ne pas obéir, elle usa de petits poissons et de lait. Une si grande vertu ne put être longtemps sans franchir les limites de la Gaule.


Guérison par l'intercession des reliques de sainte Geneviève.
Théodore-Pierre-Nicolas Maillot. XIXe.

Saint Siméon le Stylite, ayant ouï le bruit de ses miracles, voulut se recommander à ses prières. Enfin ses admirables vertus, comme l'écrit Bède, éclatèrent au loin, et elle vieillit dans le service du Christ jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans.
Saint Grégoire de Tours dit encore d'elle :
" Sainte Geneviève qui, dans son corps mortel , fut si puissante qu'elle ressuscita un mort, fut ensevelie à Paris dans la basilique des saints Apôtres Pierre et Paul ; les prières faites à son tombeau obtiennent souvent d'être exaucées ; et surtout les fièvres les plus opiniâtres cèdent souvent à la vertu de son intercession."

ANTIENNE

Nous donnons ici un chœur de gracieuses Antiennes extraites des anciens livres d'Offices de l'Eglise de Paris. Ces chants antiques sont purs et naïfs comme la vie de l'humble et sainte bergère :


Procession des reliques de sainte Geneviève pour
écarter les pluies incessantes de 1496.
Théodore-Pierre-Nicolas Maillot. XIXe.

" La vierge Geneviève, lorsqu'elle était encore jeune, ne fit cependant rien paraître de puéril dans ses actions ; mais, pour trouver la solitude, elle fuyait la compagnie des hommes.

Le Seigneur la prit pour lui dès l'enfance, et il parla à son cœur.

Au dehors, elle paissait les brebis de son père ; mais au dedans, le Seigneur était son pasteur.

Elle trouva un grand repos dans la garde de son troupeau ; et la solitude de son cœur était comme un jardin de délices devant Dieu.

Félicitez-moi, vous tous qui aimez le Seigneur, de ce qu'étant petite, j'ai plu au Très-Haut.

Depuis que le saint Pontife m'a donné une pierre céleste, je me suis délectée en Jésus-Christ seul, comme en la plénitude des richesses.

J'ai servi le Seigneur dans la simplicité de mon cœur, lorsque je gardais les brebis du pâturage de mon père.

Ô heureuse servante de Dieu ! Déchargez-nous du poids qui nous accable, et dépouillez-nous de ces fautes mortelles qui nous fatiguent, afin que, par vos supplications, la porte du ciel nous soit ouverte.

Ô miséricordieuse Epouse de Dieu ! Qui êtes l'aurore du jour pour les cœurs tristes : vierge fille de France, vierge pleine de douceur, écoutez ceux qui crient vers vous, ne méprisez point leurs prières.

Geneviève, vierge clémente, regardez ceux qui vous implorent, enlevez le fardeau de nos fautes, repoussez nos ennemis, rendez la santé à notre corps malade et à notre cœur gémissant.

Ô Geneviève ! Regardez-nous d'un œil de bonté ; vous qui participez à la lumière angélique, qui brillez d'un titre céleste, qui êtes en présence du souverain Roi, réconciliez-nous avec lui ; donnez-nous de jouir de votre Epoux, vous qui êtes l'Epouse et la fille de l'Epoux."

SEQUENCE

Il est juste de faire entendre ici la voix d'Adam de Saint-Victor, à qui appartient de droit l'honneur de chanter la noble vierge, patronne de l'Eglise de Paris, qui fut redevable à ce grand poète d'une si riche collection d'admirables Séquences :


Chapelle de sainte Geneviève. Eglise Saint-Louis-en-L'Île. Paris.

" De Geneviève la fête solennelle nous amène une solennelle joie.

Que la pureté du cœur éclate en un sacrifice de louange.

Heureuse fut la naissance de cette enfant, témoin le Pontife Germain.

Ce qu'il prévit en esprit est justifié par l'événement.

Sur la poitrine de la vierge, pour indice de pudeur,

Il suspend une médaille d'airain marquée du signe de la croix.

A Geneviève, il offre une dot venue de la main de Dieu,

La consacrant comme un temple du Saint-Esprit, sous l'alliance du Christ.

La mère de cette innocente enfant ose la frapper : elle est privée de la lumière.

Compatissant à sa mère, la vierge lui rend l'usage de la vue.

Geneviève au grand cœur, mortifie sa chair par le jeûne ; elle arrose la terre de ses larmes, et se réjouit dans un continuel martyre.

Sur les pas du céleste guide, elle parcourt les cieux et les enfers ; par l'ardeur de ses prières, elle sauve sa ville de l'invasion d'un peuple barbare.

Par un prodige divin, elle apaise longtemps la soif des travailleurs. Elle rend à une mère désolée son fils unique, qu'une chute a brisé.

A peine la vierge a-t-elle prié, les démons frémissent, la paix est rendue aux énergumènes, l'espoir aux infirmes, le pardon aux coupables.

En sa main, des flambeaux se rallument d'une manière céleste ; par elle, un fleuve au vaste lit rentre docilement dans ses rives.

Après sa mort, vivant encore par ses mérites, elle calme les ardeurs du feu sacré ;

Elle qui, dans ce monde, avait vaincu en elle-même les feux de la concupiscence.

La mort, les maladies, les démons, les éléments, obéissent à ses ordres.

Ainsi Geneviève, par ses prières, domine les lois de la nature.

Ainsi la vertu du Christ opère de grandes choses dans les plus petites.

Au Christ donc pour tant de merveilles, louange assidue, gloire éternelle !

Amen."


Sainte Geneviève à gauche. Maître du triptyque de Louis XII. XVe.

" Vierge fidèle, Ô Geneviève ! Nous vous rendons gloire pour les mérites que le divin Enfant s'est plu à réunir en vous. Vous avez apparu sur notre patrie comme un Ange tutélaire ; vos prières ont été longtemps l'objet de la confiance des Français ; et vous vous êtes fait gloire, au ciel et sur la terre, de protéger la capitale du royaume de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis. Des temps dignes d'exécration sont venus, durant lesquels votre culte a été sacrilègement abrogé, vos temples fermés, vos précieuses reliques profanées. Cependant, vous ne nous avez pas abandonnés ; vous avez imploré pour nous des jours meilleurs ; et nous pouvons reprendre quelque confiance, quand nous voyons votre culte refleurir parmi nous, malgré des profanations plus récentes ajoutées aux anciennes.

En cette époque de l'année qu'embellit et consacre votre nom, bénissez le peuple chrétien. Ouvrez nos cœurs à l'intelligence du mystère de la Crèche. Retrempez cette nation qui vous est toujours chère aux pures sources de la foi, et obtenez de l'Emmanuel que sa Naissance, renouvelée chaque année, devienne enfin une époque de salut et de vraie régénération. Nous sommes malades, nous périssons, parce que les vérités sont diminuées chez nous, selon la parole de David ; et la vérité s'est obscurcie, parce que l'orgueil a pris la place de la foi, l'indifférence celle de l'amour. Jésus connu et aimé dans le mystère de son ineffable Incarnation peut seul nous rendre la vie et la lumière. Vous qui l'avez reçu, qui l'avez aimé, durant votre longue vie si pure, menez-nous à son berceau.

Veillez, Ô puissante bergère, sur la ville qui vous est confiée. Gardez-la des excès qui semblent quelquefois la rendre semblable à une grande cité païenne. Dissipez les tempêtes qui se forment dans son sein ; d'apôtre de l'erreur, qu'elle consente enfin à devenir disciple de la vérité. Nourrissez encore son peuple qui meurt de faim ; mais soulagez surtout ses misères morales. Calmez ces fièvres ardentes qui brûlent les âmes, et sont plus terribles encore que ce mal dévorant qui ne brûlait que les corps.

Près de votre sépulcre vide, du haut de la Montagne que domine le vaste temple qui s'élève sous votre nom et reste vôtre de par l'Eglise et nos pères, en dépit des entreprises répétées de la force brutale, veillez sur cette jeunesse de France qui se presse autour des chaires de la science humaine, jeunesse si souvent trahie par les enseignements mêmes qui devraient la diriger, et assurer à la patrie des générations chrétiennes. La croix brille toujours, malgré l'enfer, sur la coupole de votre sanctuaire profané ; ne permettez pas qu'elle en soit descendue. Que bientôt cette croix immortelle règne de nouveau pleinement sur nous ; qu'elle plane du sommet de votre temple sur toutes les habitations de la cité maîtresse, rendue à son antique foi, à votre culte, à votre ancienne protection."

00:55 Publié dans G | Lien permanent | Commentaires (0)

3 janvier. L'Octave de saint Jean l'Evangéliste.

- Octave de saint Jean l'Evangéliste.


Saint Jean. Détail du tryptique de la Vierge à l'Enfant.
Paolo Veneziano. XIVe.

L'Octave de saint Jean achève aujourd'hui son cours : nous avons un dernier tribut d'hommages à rendre au Disciple bien-aimé. Le Cycle sacré nous ramènera encore sa glorieuse mémoire, au six du mois de Mai, lorsque, parmi les joies de la Résurrection de son Maître, nous célébrerons sa courageuse confession dans Rome, au milieu des feux de la Porte Latine ; aujourd'hui, acquittons notre reconnaissance envers lui pour les faveurs qu'il nous a obtenues de la miséricorde du divin Enfant, en repassant encore quelques-unes des faveurs qu'il a reçues de l'Emmanuel.

L'Apostolat de Jean fut fécond en œuvres de salut pour les peuples vers lesquels il fut envoyé. La nation des Parthes reçut de lui l'Evangile, et il fonda la plupart des Eglises de l'Asie-Mineure : entre lesquelles sept ont été choisies avec leurs Anges par le Christ lui-même dans la divine Apocalypse, pour figurer les diverses classes de pasteurs, et peut-être, comme plusieurs l'ont pensé, les sept âges de l'Eglise elle-même. Nous ne devons pas oublier que ces Eglises de l'Asie-Mineure, encore toutes remplies de la doctrine de saint Jean, députèrent des Apôtres dans les Gaules, et que l'illustre Eglise de Lyon est une des conquêtes de cette pacifique expédition. Bientôt, dans ce saint Temps de Noël lui-même, nous honorerons l'héroïque Polycarpe, l'Ange de Smyrne, disciple de saint Jean, et dont fut disciple lui-même saint Pothin, qui fut le premier évêque de Lyon.


Saint Jean. Andrea del Castagno.
Fresque de l'église Saint-Zaccharie de Venise. XVe.

Mais les travaux apostoliques de saint Jean ne le détournèrent pas des soins que sa tendresse filiale et la confiance du Sauveur lui imposaient à l'égard de la très pure Marie. Aussi longtemps que le Christ la jugea nécessaire à l'affermissement de son Eglise, Jean eut l'insigne faveur de jouir de sa société, de pouvoir l'environner des marques de sa tendresse, jusqu'à ce que, après avoir habité Ephèse avec lui, elle retourna dans sa compagnie à Jérusalem, d'où elle s'éleva du désert de ce monde jusqu'au ciel, comme chante l'Eglise, semblable à un léger nuage de myrrhe et d'encens. Jean eut encore à survivre à cette seconde séparation, et attendit, dans les labeurs de l'apostolat, le jour où il lui serait donné à lui-même de monter vers cette région fortunée où son divin Ami et son incomparable Mère l'attendaient.

Les Apôtres, ces vives lumières établies sur le chandelier parla main du Christ lui-même, s'éteignaient successivement par la mort du martyre ; et lui, restait seul debout dans l'Eglise de Dieu. Ses cheveux blancs, comme nous l'apprennent les anciens, étaient ceints d'une lame d'or pour marquer sa qualité de Pontife ; les Eglises recueillaient les paroles de sa bouche inspirée comme la règle de leur foi ; et sa prophétie de Pathmos montrait que les secrets de l'avenir de l'Eglise étaient dévoilés à ses yeux. Au milieu de tant de gloire, Jean était humble et simple comme l'Enfant de Bethléhem, et l'on se sent attendri par ces antiques récits qui nous le montrent pressant dans ses mains sacrées un oiseau qu'il caressait avec tendresse.


Saint Jean. Ivoire. Jürgen Kriebel. XVIe.

Ce vieillard qui, dans ses jeunes années, avait reposé sur la poitrine de Celui dont les délices sont d'être avec les enfants des hommes ; lui, le seul des Apôtres qui l'avait suivi jusqu'à la Croix, et qui avait vu ouvrir parla lance ce Cœur qui a tant aimé le monde, se plaisait surtout à parler de la charité fraternelle. Sa miséricorde pour les pécheurs était digne de l'ami du Rédempteur, et l'on connaît cette poursuite évangélique qu'il entreprit contre un jeune homme dont il avait aimé l'âme d'un amour de père, et qui s'était livré, pendant l'absence du saint Apôtre, à tous les désordres. Malgré son grand âge, Jean l'atteignit dans les montagnes, et le ramena pénitent au bercail.

Mais cet homme si merveilleux dans la charité, était inflexible contre l'hérésie qui anéantit la charité dans sa source, en ruinant la foi. C'est de lui que l'Eglise a reçu sa maxime de fuir l'hérétique comme la peste :
" Ne lui donnez pas même le salut, dit cet ami du Christ dans sa seconde Epître, car celui qui le salue communique à ses œuvres de malice."
Un jour, étant entré dans un bain public, il sut que l'hérésiarque Cérinthe s'y trouvait avec lui, et il en sortit à l'instant comme d'un lieu maudit. Aussi les disciples de Cérinthe tentèrent-ils de l'empoisonner dans une coupe dont il se servait ; mais le saint Apôtre ayant fait le signe de la croix sur le breuvage, il en sortit un serpent qui témoigna de la malice des sectaires et de la sainteté du disciple du Christ. Cette fermeté apostolique dans la garde du dépôt de la foi le rendit la terreur des hérétiques de l'Asie, et, par là, il justifia ce nom prophétique de Fils du Tonnerre que le Sauveur lui avait donné, ainsi qu'à son frère Jacques le Majeur, l'Apôtre du royaume Catholique.


La Lamentation sur le corps du Christ. Jaume Huguet. Espagne. XVe.

En mémoire du miracle que nous venons de rapporter, la tradition des arts catholiques a donné pour emblème à saint Jean un calice duquel sort un serpent ; et, dans plusieurs provinces de la chrétienté, en Allemagne principalement, le jour de la fête de cet Apôtre, on bénit solennellement du vin avec une prière qui rappelle cet événement. On a aussi, dans ces contrées, l'usage de boire, à la fin du repas, un dernier coup qu'on appelle le coup de saint Jean, comme pour mettre sous sa protection la réfection qu'on vient de prendre.

La place nous manque pour raconter en détail diverses traditions sur notre Apôtre, auxquelles il est fait allusion dans plusieurs des pièces liturgiques du moyen âge que nous avons citées: on peut les voir dans les légendaires ; nous nous bornerons à dire ici quelque chose au sujet de sa mort.

Le passage de l'Evangile qu'on lit à la Messe de saint Jean a été souvent interprété dans ce sens que le Disciple bien-aimé ne devait pas mourir ; cependant il faut bien reconnaître que le texte s'explique sans recourir à cette interprétation. L'Eglise Grecque, comme nous l'avons vu dans ses Offices, professe la croyance au privilège de l'exemption de la mort accordé à saint Jean ; et ce sentiment de plusieurs anciens Pères est reproduit dans quelques-unes des Séquences ou Hymnes des Eglises d'Occident que nous avons données, ou que nous avons cru devoir promettre. L'Eglise Romaine semblerait y incliner dans le choix des paroles de l'une des Antiennes des Laudes de la Fête ; cependant on doit reconnaître qu'elle n'a jamais favorisé ce sentiment, bien qu'elle n'ait pas cru devoir l'improuver. D'un autre côté, le tombeau du saint Apôtre a existé à Ephèse; les monuments de la tradition en font mention, et aussi des prodiges d'une manne miraculeuse qu'on en a retirée pendant plusieurs siècles.


Saint Jean au calice de poison.
Plaque de piété ; élément des objets du sacre de Charles VII.
Argent doré, émail translucide sur argent de basse-taille. XIVe.

Il est surprenant toutefois que le corps de saint Jean n'ait été l'objet d'aucune translation ; aucune Eglise ne s'est jamais vantée de le posséder ; et quant aux reliques particulières de cet Apôtre, elles sont en très petit nombre dans l'Eglise, et leur nature est demeurée toujours assez vague. A Rome, lorsqu'on demande des reliques de saint Jean, on n'en obtient jamais que de son sépulcre. Il est impossible, après tous ces faits, de ne pas reconnaître quelque chose de mystérieux dans la disparition totale du corps d'un personnage si cher à toute l'Eglise, tandis que les corps de tous ses autres collègues dans l'Apostolat ont une histoire plus ou moins suivie, et que tant d'Eglises se les disputent, par parties ou en entier.

Le Sauveur a-t-il voulu glorifier, avant le jour du jugement, le corps de son ami ? L'a-t-il soustrait à tous les regards, comme celui de Moïse, dans les desseins impénétrables de sa sagesse ? Ces questions ne seront probablement jamais résolues sur la terre ; mais on ne saurait s'empêcher de reconnaître, avec tant de saints docteurs, dans le mystère dont le Seigneur s'est plu à environner le corps virginal de saint Jean, comme un nouveau signe de l'admirable chasteté de ce grand Apôtre.

SEQUENCE

Le moyen âge des Eglises Latines a été fécond sur la louange de saint Jean, et nous a laissé de nombreuses Séquences en son honneur. Nous en donnons deux, en commençant par celle d'Adam de Saint-Victor, que nous choisissons comme la plus belle des quatre que le grand lyrique du moyen âge nous a laissées :


La Vierge, saint Jean, deux saintes femmes et
saint Dominique de Guzman. Juan de Borgona. XVIe.

" En la fête de Jean, livrons-nous à la joie ; entonnons avec allégresse un chant à sa gloire.

Que notre bouche proclame ses louanges ; que notre cœur goûte la douceur des joies que Jean amène avec lui.

Il est le disciple chéri du Christ ; reposant sur sa poitrine, il a puisé la sagesse.

A lui le Christ sur la croix a recommandé sa Mère ; vierge, il a été le gardien de la plus pure des vierges.

Au dedans, la charité brûle son cœur ; au dehors, il brille par la dignité de sa vie, par ses prodiges et son éloquence.

Affranchi du joug de la concupiscence, il sort aussi victorieux de la chaudière de l'huile brûlante.

Il a triomphé du poison, commandé en maître à la mort et aux maladies, et terrassé les démons.

Doué d'un tel empire sur la nature, sa compassion pour les affligés ne fut pas moindre que son pouvoir.

Il rétablit un jour des pierreries qu'on avait brisées, et les distribua aux pauvres.

Il portait en lui-même un trésor inépuisable, lui qui transforma des branches d'arbres en or, des cailloux en diamants.

Le Christ son ami, entouré de ses disciples, vient l'inviter au festin éternel.

Il remonte vivant du sépulcre où il était descendu, pour s'asseoir à la table des cieux.

Le peuple en rend témoignage ; tes yeux peuvent le constater ; une manne céleste remplit son tombeau : mets divin qui rappelle le festin du Christ.

Comme Evangéliste, l'aigle est son symbole ; car il fixe le soleil, lorsqu'il contemple le Verbe Principe dans son Père Principe.

Par ses prodiges, il a converti le peuple des Gentils, peuple pervers, la province entière de l'Asie.

Par ses écrits, est éclairée et fortifiée l'Eglise qui est une.

Salut, Ô vase de chasteté, vase plein de la rosée céleste, pur au dedans, resplendissant au dehors, auguste en toutes choses !

Fais-nous suivre la voie de la sainteté ; fais que, par la pureté de nos âmes, nous méritions de contempler un jour l'Unité dans la Trinité.

Amen."

SEQUENCE

Le beau Cantique qui suit est tiré des anciens Missels des Eglises d'Allemagne :

Saint Jean. Détail du tryptique de la Vierge à l'Enfant du
couvent de Saint-François de Borgo Sansepolcro.
Stefano di Giovanni, dit Sasseta. Toscane. XVe.

" Le Verbe de Dieu, né de Dieu, ni fait, ni créé, est venu du ciel : Jean l'a vu, il l'a touché, il l'a dévoilé jusque dans le ciel.

Entre ces sources primitives, vrais ruisseaux de la fontaine de vérité, il a jailli ; il a versé au monde entier ce nectar salutaire qui coule du trône de Dieu.

Il franchit le ciel, il contemple le disque du vrai soleil ; il y fixe toute l'ardeur du regard de son âme ; contemplateur spirituel, comme le Séraphin sous ses ailes, il voit la face de Dieu.

Il a entendu autour du trône ce que les vingt-quatre vieillards chantent sur leurs harpes ; il a empreint du sceau de la Trinité l'or de notre cité terrestre.

Gardien de la Vierge, en écrivant son Evangile, il a fait connaître au monde le mystère secret de la divine naissance. Après l'avoir fait reposer sur le sanctuaire de son cœur, le Christ lui recommande, à lui fils du tonnerre, Marie, son lis sans tache, avec la confiance du mutuel amour qui les unissait.

On lui fait boire un poison mortel ; mais la vertu de la foi préserve son corps virginal ; le supplice même s'étonne que Jean sorte sans atteinte de l'épreuve de l'huile brûlante.

Il commande à la nature : il change les pierres en joyaux précieux; par ses ordres le rameau de la forêt se durcit et devient or.

Il ouvre les enfers, il commande à la mort de rendre ceux que le poison avait fait périr : il confond d'Ebion, de Cérinthe, de Marcion, les perfides aboiements.

Aigle, il vole sans limite, plus haut que jamais ne volèrent ni poète, ni prophète; jamais homme ne vit avec tant de clarté le mystère des choses accomplies, le secret des choses à venir.

L'Epoux, couvert de la robe de pourpre, vu par les hommes, mais non compris, remonte au ciel, son palais ; il envoie à l'Epouse l'aigle d'Ezéchiel, pour lui apprendre le mystère des cieux.

Ô bien-aimé ! Parle de ton bien-aimé ! Dis à l'Epouse quel est l’Epoux : dis quelle est la nourriture des Anges, quelles sont les tètes des habitants des cieux, en la présence de l'Epoux.

Révèle le pain qui nous initie à la vérité, cette Cène du Christ que tu goûtas sur la poitrine du Christ : afin que devant l'Agneau, devant son trône, nous chantions par delà les cieux tes louanges, en retour de ta protection.

Amen."


Saint Jean. Francesco Furini. XVIIe.
 
PRIERE
 
" Nous vous saluons aujourd'hui, le cœur plein de reconnaissance, Ô bienheureux Jean ! Qui nous avez assistés avec une si tendre charité dans la célébration des mystères de la Nativité de votre divin Roi. En relevant vos ineffables prérogatives, nous rendons gloire à Celui qui vous en a décoré. Soyez donc béni, Ô vous l'ami de Jésus, le Fils de la Vierge ! Mais avant de nous quitter, recevez encore nos prières.

Apôtre de la charité fraternelle, obtenez que nos cœurs se fondent tous dans une sainte union ; que les divisions cessent ; que la simplicité de la colombe, dont vous avez été un exemple si touchant, renaisse au cœur du chrétien de nos jours. Que la foi, sans laquelle la charité ne saurait exister, se maintienne pure dans nos Eglises ; que le serpent de l'hérésie soit écrasé, et que ses affreux breuvages ne soient plus présentés aux lèvres d'un peuple complice ou indifférent ; que l'attachement à la doctrine de l'Eglise soit ferme et énergique dans les cœurs catholiques ; que les mélanges profanes, la lâche tolérance des erreurs ne viennent plus affadir les mœurs religieuses de nos pères ; que les enfants de lumière se tranchent d'avec les enfants de ténèbres.

Souvenez-vous, Ô saint Prophète, de la sublime vision dans laquelle vous fut révélé l'état des Eglises de l'Asie-Mineure : obtenez pour les Anges qui gouvernent les nôtres cette fidélité inviolable qui mérite seule la couronne et la victoire. Priez aussi pour les contrées que vous avez évangélisées, et qui méritèrent de perdre la foi. Assez longtemps elles ont souffert l'esclavage et la dégradation ; il est temps qu'elles se régénèrent par Jésus-Christ et son Église Du haut du ciel, envoyez la paix à votre Eglise d'Ephèse, et à ses sœurs de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée ; qu'elles se réveillent de leur sommeil ; qu'elles sortent de leurs tombeaux ; que l'Islamisme achève promptement ses tristes destinées ; que le schisme et l'hérésie qui dégradent l'Orient s'éteignent, et que tout le troupeau se réunisse dans l'unique bercail.

Protégez la sainte Eglise Romaine qui fut témoin de votre glorieuse Confession, et l'a enregistrée parmi ses plus beaux titres de gloire, à la suite de celles de Pierre et de Paul. Qu'elle reçoive, de nos jours où la moisson blanchit de toutes parts, une nouvelle effusion de lumière et de charité. Enfin, Ô Disciple bien-aimé du Sauveur des hommes, obtenez que nous soyons admis, au dernier jour, à contempler la gloire de votre corps virginal ; et après nous avoir présentés sur cette terre à Jésus et à Marie, en Bethléhem, présentez-nous alors à Jésus et à Marie, dans les splendeurs de l'éternité."

lundi, 02 janvier 2017

2 janvier. L'Octave de saint Etienne, premier diacre, premier martyr.

- Octave de saint Etienne, Ier diacre, Ier martyr.


Vision de saint Etienne. Anonyme.
Cathédrale Saint-Etienne de Cahors. XVIIe.

Nous avons achevé hier l'Octave de la Naissance du Sauveur ; nous finirons aujourd'hui l'Octave de saint Etienne ; mais nous ne perdrons pas de vue, un seul instant, le divin Enfant dont Etienne, Jean le Bien-Aimé et les Innocents forment la cour. Dans cinq jours, nous verrons arriver les Mages au berceau du Roi nouveau-né ; ils sont en marche, et l'étoile commence à approcher de Bethléhem. Durant ces heures d'attente, glorifions l'Emmanuel, en proclamant les grandeurs de ceux qu'il a choisis pour ses favoris les plus chers, et admirons encore une fois Etienne dans ce dernier jour de l'Octave que l'Eglise lui a dédiée. Sur une autre partie du Cycle, nous le retrouverons avec allégresse ; sous les feux d'Août, il apparaîtra réjouissant l'Eglise par la miraculeuse Invention de ses Reliques, et répandra sur nous de nouvelles faveurs.


Saint Etienne. Charles Van Loo. XVIIIe.

Un antique Sermon attribué longtemps à saint Augustin nous apprend que saint Etienne était dans la fleur d'une brillante jeunesse, lorsqu'il fut appelé par les Apôtres à recevoir, dans l'imposition des mains, le caractère sacré du Diaconat. Six compagnons lui furent donnés ; et cet auguste septénaire, chargé de veiller autour de l'autel de la terre, représentait les sept Anges que saint Jean a vus assistant près de l'Autel sublime du ciel. Mais Etienne était le chef de cette compagnie sacrée ; et le titre d'Archidiacre lui est donné par saint Irénée, dès le second siècle.

Or, la vertu du Diacre est la fidélité ; et c'est pour cette raison que les trésors de l'Eglise lui sont confiés ; trésors qui ne consistent pas seulement dans les deniers destinés au soulagement des pauvres, mais dans ce qu'il y a de plus précieux au ciel et sur la terre : le Corps même du Rédempteur, dont le Diacre, par l'Ordre qu'il a reçu, est le dispensateur. Aussi l'Apôtre, dans sa première Epître à Timothée, recommande-t-il aux Diacres de garder le Mystère de la Foi dans une conscience pure.


Prédication de saint Etienne. Charles-Joseph Natoire. XVIIIe.

Le Diaconat étant donc un ministère de fidélité, il convenait que le premier Martyr appartînt à l'ordre des Diacres, puisque le martyre est une épreuve de fidélité ; et cette merveille est déclarée dans toute l'Eglise par la glorieuse Passion de ces trois magnifiques athlètes du Christ qui, couverts de la dalmatique triomphale, éclatent à la tête de l'armée des Martyrs : Etienne, la gloire de Jérusalem ; Laurent, les délices de Rome ; Vincent, l'honneur du royaume Catholique. Dans cet heureux Temps de Noël, le 22 Janvier, nous célébrerons Vincent, associé à Etienne pour la garde du berceau du Sauveur. Août nous donnera à la fois Etienne dans l'Invention de ses reliques, et Laurent avec sa palme victorieuse.

Afin d'honorer le Diaconat dans son premier représentant, l'usage d'un grand nombre d'Eglises est de faire remplir aux Diacres, dans la fête de saint Etienne, tous les offices qui ne sont point incompatibles avec leur caractère. Ainsi, dans plus d'une Cathédrale, le Chantre cède à un Diacre son bâton cantoral, d'autres Diacres assistent comme choristes sous leurs dalmatiques ; l'Epître même de la Messe est chantée par un Diacre, parce qu'elle contient le récit du martyre de saint Etienne.

L'établissement de la fête du premier des Martyrs, et son assignation au lendemain de la Naissance du Sauveur, se perd dans la plus sacrée et la plus haute antiquité. Les Constitutions Apostoliques, recueil compilé au plus tard à la fin du IIIe siècle, nous la montrent déjà établie, et fixée au lendemain de Noël. Saint Grégoire de Nysse et saint Astère d'Amasée, antérieurs l'un et l'autre à l'époque où les reliques du grand Diacre furent révélées au milieu de tant de prodiges, célèbrent sa solennité dans des Homélies spéciales, et la relèvent entre autres par cette circonstance qu'elle a l'honneur d'être fêtée le jour même qui suit la Naissance du Christ. Quant à son Octave, elle est moins ancienne ; toutefois, on ne saurait donner la date de son institution. Amalaire, au IXe siècle, en parle comme déjà établie, et le Martyrologe de Notker, au Xe siècle, la porte expressément.


Saint Etienne au Sanhédrin. Dessin de Laurent de La Hyre. XVIIe.

On ne doit pas s'étonner que cette fête d'un simple Diacre ait reçu tant d'honneurs, tandis que la plupart de celles des Apôtres demeurent privées d'une Octave. La règle de l'Eglise, dans la Liturgie, est d'affecter les distinctions de son culte dans la proportion des services qu'elle a reçus des Saints. Ainsi honore-t-elle saint Jérôme, simple prêtre, d'un culte supérieur à celui qu'elle défère à un grand nombre de saints Pontifes. La place et le degré d'élévation qu'elle accorde sur le Cycle, sont en rapport avec sa gratitude envers les amis de Dieu qu'elle y admet ; c'est ainsi qu'elle dirige les affections du peuple fidèle envers les célestes bienfaiteurs qu'il devra vénérer dans les rangs de l'Eglise triomphante. Etienne, en frayant la voie aux Martyrs, a donné le signal de ce sublime témoignage du sang qui fait la force de l'Eglise, et ratifie les vérités dont elle est dépositaire et les espérances éternelles qui reposent sur ces vérités. A Etienne donc gloire et honneur jusqu'à la consommation des siècles, sur cette terre fécondée de son sang qu'il a mêlé à celui du Christ !

Nous avons relevé le caractère de ce premier des Martyrs, pardonnant à ses bourreaux, à l'exemple du Christ ; et nous avons vu la sainte Eglise puiser dans ce grand fait la matière de son principal éloge envers saint Etienne. Nous appuierons aujourd'hui sur une circonstance du drame si émouvant qui s'accomplit sous les murs de Jérusalem. Parmi les complices de la mort sanglante d'Etienne, était un jeune homme nommé Saul. Fougueux et plein de menaces, il gardait les vêtements de ceux qui lapidaient le saint Diacre ; et comme disent les Pères, il le lapidait par les mains de tous. Un peu après, ce même Saul était renversé par une force divine sur le chemin de Damas, et il se relevait disciple de ce Jésus que la voix éclatante d'Etienne avait proclamé Fils du Père céleste, jusque sous les coups de ses bourreaux. La prière d'Etienne n'avait pas été stérile ; et une telle conquête n'annonçait rien moins que celle de la gentilité, dont le sang d'Etienne enfanta l'Apôtre.


Lapidation de saint Etienne. Dessin de Laurent de La Hyre. XVIIe.

" Sublime tableau ! S'écrie saint Augustin. Vous y voyez Etienne qu'on lapide ; vous y voyez Saul gardant les vêtements de ceux qui le lapident. Or, voici que Saul devient Apôtre de Jésus-Christ, tandis qu'Etienne est serviteur de Jésus-Christ. Tu as été renversé, Ô Saul ! tu t'es relevé prédicateur de Celui que tu poursuivais. En tous lieux, on lit tes Epîtres ; en tous lieux, tu convertis au Christ les cœurs rebelles ; en tous lieux, devenu bon Pasteur, tu formes de grands troupeaux. Avec le Christ tu règnes, en la compagnie de celui que tu as lapidé. Tous deux vous nous voyez ; tous deux vous entendez ce que nous disons ; tous deux vous priez pour nous. Celui-là vous exaucera, qui tous deux vous a couronnés. D'abord, l'un était un agneau et l'autre un loup ; maintenant tous deux sont agneaux. Qu'ils nous protègent donc de leurs regards ; qu'ils nous recommandent dans leurs prières ! Qu'ils obtiennent une vie paisible et tranquille à l'Eglise de leur Maître."

Le temps de Noël ne se terminera pas non plus sans que nous ayons réuni dans notre culte Etienne et Paul ; le 25 janvier, nous célébrerons la Conversion de l'Apôtre des Gentils ; il appartenait à sa glorieuse victime de le présenter au berceau de leur commun Sauveur.

Enfin, la piété catholique, émue par cette mort du premier des Martyrs, cette mort que l'écrivain sacré appelle un sommeil, et qui fait un si frappant contraste avec la rigueur du supplice qui l'occasionne, la piété catholique, disons-nous, a désigné saint Etienne comme un de nos intercesseurs pour la grâce d'une heureuse mort. Implorons donc le secours du saint Diacre, pour l'heure où nous aurons à rendre à notre Créateur cette âme qu'il nous a confiée ; et disposons dès maintenant notre cœur à offrir, lorsque le Seigneur le demandera, le sacrifice entier de cette vie fragile qui nous est donnée comme un dépôt, que nous devons être prêts à représenter au moment où il nous sera réclamé.

HYMNE

L'Hymne suivante, remarquable par l'onction et la simplicité, se trouve dans la plupart des Bréviaires Romains-Français :


Lapidation de saint Etienne. Bréviaire à l'usage de Besançon. XVe.

" Saint ami de Dieu, Protomartyr Etienne, qui, richement paré de la vertu de charité, avez prié le Seigneur pour un peuple ennemi.

Vous êtes le premier porte-étendard de la milice céleste, le héraut de la vérité, le premier témoin de la grâce, la pierre fondamentale et vivante, le modèle de patience.

Immolé par les pierres, non par le glaive, vous voyez les membres de votre corps déchirés cruellement par le tranchant des cailloux ; ces pierres, teintes de votre sang, sont l’ornement de votre couronne.

Le premier, vous avez frayé le chemin laborieux du ciel ; le premier, vous avez affronté le glaive déjà émoussé par la mort du Christ ; vous êtes le premier froment foulé dans l'aire du Christ.

Pour vous le premier, les portes du ciel s'ouvrent : vous y découvrez, dans sa puissance, Jésus pour qui vous combattez vaillamment; debout, dans la majesté de son Père, il vous assiste fidèlement.

Versez vos prières pour cette assemblée qui se voue à votre culte ; et que le Seigneur, touché par votre entremise, daigne nous purifier de nos péchés et nous réunir aux habitants du ciel.

Gloire et honneur à Dieu, qui vous a couronné de roses, et vous a placé sur un trône dans les cieux ; qu'il daigne sauver les pécheurs, en les délivrant de l'aiguillon de la mort.

Amen."

SEQUENCE

Nous empruntons cette Séquence au recueil de Saint-Gall ; elle est de la composition de Notker :


Lapidation de saint Etienne. Fresque.
Eglise Saint-Orens de Bourisp. Pyrénées. XVe.

" D'un zèle unanime, célébrons cette solennité.

Recueillons l'exemple de charité que nous donne celui que nous fêtons,

Lorsqu'il prie pour de perfides ennemis.

Ô Etienne ! Porte-étendard suprême du Roi de bonté, exaucez-nous ;

Vous qui fûtes pleinement exaucé pour vos ennemis.

Par vos prières, Ô Etienne !

Paul, d'abord votre persécuteur, a cru dans le Christ ;

Et avec vous il gaudit, au royaume céleste , duquel n'approche aucun persécuteur.

Nous donc, nous suppliants, nous qui crions vers vous, et vous sollicitons de nos instances,

Que votre très sainte prière nous réconcilie toujours à notre Dieu.

Pierre vous établit ministre du Christ ; vous découvrez à Pierre lui-même un nouveau fondement de la foi, en montrant à la droite du Père souverain Celui qu'un peuple a crucifié.

C'est vous que le Christ s'est choisi, Ô Etienne ! vous par qui il fortifie ses fidèles ; vous qu'il vient consoler par sa vue à travers le choc des pierres qui pleuvent sur vous.

Aujourd'hui, au milieu des bataillons empourprés des Martyrs, vous resplendissez couronné.

Amen."


Invention du corps de saint Etienne.
Dessin de Laurent de La Hyre. XVIIe.

" Grâces vous soient rendues, Ô glorieux Etienne ! Pour le secours que vous nous avez apporté dans la célébration de la Naissance de notre Sauveur. Il vous appartenait de nous initier à ce haut et touchant mystère d'un Homme-Dieu. Le céleste Enfant nous apparaissait dans votre compagnie, et l'Eglise vous chargeait de le révéler aux fidèles, comme autrefois vous le révélâtes aux Juifs.

Votre mission est remplie : nous l'adorons, cet Enfant, comme le Verbe de Dieu ; nous le saluons comme notre Roi ; nous nous offrons à lui pour le servir comme vous, et nous reconnaissons que cet engagement va jusqu'à lui donner notre sang, s'il le demande. Faites donc, Ô Diacre fidèle ! que nous lui abandonnions, dès aujourd'hui, notre coeur ; que nous cherchions tous les moyens de lui plaire, et de mettre toute notre vie et toutes nos affections en harmonie avec ses volontés. Par là, nous mériterons de combattre son combat, sinon dans l'arène sanglante, du moins dans la lutte avec nos passions.


Reliquaire de saint Etienne. Eglise Saint-Pardoux.
Gimel-les-Cascades. Limousin. XIIe.

Nous sommes les fils des Martyrs, et les Martyrs ont vaincu le monde, comme l'Enfant de Bethléhem ; que le monde ne remporte donc plus la victoire sur nous. Obtenez pour notre cœur cette charité fraternelle qui pardonne tout, qui prie pour les ennemis, qui obtient la conversion des âmes les plus rebelles. Veillez sur nous, Martyr de Dieu, à l'heure de notre trépas ; assistez-nous quand notre vie sera au moment de s'éteindre ; montrez-nous alors ce Jésus que vous nous avez fait voir Enfant ; montrez-le-nous glorieux, triomphant, et surtout miséricordieux, tenant en ses mains divines la couronne qui nous est destinée ; et que nos dernières paroles, à cette heure suprême, soient les vôtres : Seigneur Jésus, recevez mon esprit."