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mercredi, 21 juin 2017

21 juin. Saint Louis de Gonzague, prêtre de la Compagnie de Jésus. 1591.

- Saint Louis de Gonzague, prêtre de la Compagnie de Jésus. 1591.
 
Papes : Saint Pie V ; Innocent IX. Roi de France : Henri IV.
 
" Celui qui néglige d'aider l'âme de son prochain ne sait pas aimer Dieu puisqu'il ne cherche pas à augmenter sa gloire."
Saint Louis de Gonzague.
 

Saint Louis de Gonzague et saint François de Paule. Venise. XVIIIe.

Saint Louis de Gonzague eut pour père Ferdinand de Gonzague, marquis de Castiglione degli Stivere. Il naquit en l'an 1568. Avant sa naissance, sa mère, en danger de mort, avait fait voeu de consacrer son enfant à Notre-Dame de Lorette, si elle obtenait une heureuse délivrance. Encore au berceau, s'il se présentait un pauvre, Louis pleurait jusqu'à ce qu'on lui eût fait l'aumône ; son visage respirait un tel air de vertu, que ceux qui le portaient dans leurs bras croyaient tenir un Ange.

A l'âge de cinq ans, il avait retenu et répété quelques paroles grossières qu'il avait entendues sortir de la bouche des soldats de son père, sans les comprendre; il en fut repris et en montra tant d'horreur, qu'il pleura cette faute, la plus grande de sa vie, et qu'il en fit pénitence jusqu'à la mort. Le père de Louis, qui songeait à la fortune de son fils, l'envoya successivement chez plusieurs princes, en qualité de page ; mais Dieu, qui avait d'autres vues, voulait ainsi montrer ce jeune Saint aux cours d'Europe, pour leur faire voir que la piété est de toutes les conditions, et l'innocence de tous les âges. Dans ces milieux mondains où il vivait comme n'y vivant pas, ses progrès dans la sainteté furent surprenants.


Saint Louis de Gonzague pendant la peste à Rome.
Louis Dorigny. XVIIe.

A huit ou neuf ans, il fit le voeu de virginité perpétuelle ; sa délicatesse était si angélique, que jamais il ne regarda une femme en face, pas même sa mère ; jamais il ne permit à son valet de chambre de l'aider à s'habiller, et sa pudeur était si grande, qu'il n'osa même pas lui laisser voir le bout de ses pieds nus. Vers l'âge de onze ans, il fit sa Première Communion des mains de saint Charles Borromée.

A seize ans, il se décida à entrer dans la Compagnie de Jésus. Peu de vocations ont été aussi éprouvées que la sienne : son père fut pour lui, pendant quelques temps, d'une dureté sans pareille ; mais il dut enfin céder devant la Volonté de Dieu, et Louis entra au noviciat des Jésuites, à Rome. Il y parut dès les premiers jours comme un modèle digne d'être proposé aux plus parfaits ; on vit en lui un prodige de mortification, un ange de pureté, une merveille d'amour de Dieu. La seule vue de Louis dissipait chez les autres les plus violentes tentations de la chair. Jamais il n'avait ressenti la concupiscence charnelle, et malgré cela il était cruel pour son propre corps à l'égal des Saints les plus austères.

Obligé par ses supérieurs, pour cause de santé, à ne pas se laisser absorber dans la pensée de Dieu, il devait s'écrier souvent, emporté par l'amour au-delà de l'obéissance :
" Éloignez-Vous de moi, Seigneur !"
 
Saint Louis de Gonzague reçut du Ciel l'annonce de sa mort et fut bientôt victime de sa charité pendant la peste de Rome, l'an 1591.

Son premier miracle après sa mort fut la guérison de sa mère, à laquelle il apparut souriant et resplendissant de gloire. Ce fut le signal d'une dévotion qui fut récompensée par de nombreux prodiges.
 
PRIERE
 
" La prudence de l'homme lui tient lieu de cheveux blancs, dit le Sage ; la vieillesse vraiment vénérable ne s'estime point au nombre des années." (Sap. IV, 8.). Et c'est pourquoi, ô Louis, vous occupez une place d'honneur parmi les anciens de votre peuple. Gloire de la Compagnie sainte au milieu de laquelle, en si peu de temps, vous remplîtes la course d'une longue  existence,  obtenez  qu'elle continue de garder précieusement, pour elle et les autres, l'enseignement qui se dégage de votre vie d'innocence  et  d'amour.  Le  seul vrai gain  de l'homme à la fin de sa carrière est la sainteté, et c'est au dedans que la sainteté s'acquiert ; les œuvres du dehors n'entrent en compte,pour Dieu, que selon la pureté du souffle intérieur qui les inspire ; si l'occasion fait défaut pour ces œuvres, l'homme peut y suppléer en se rapprochant du Seigneur, dans le secret de son âme, autant et plus qu'il n'eût fait par elles. Ainsi l'aviez-vous compris ; et l'oraison, qui vous tenait absorbé dans ses inénarrables délices, en vint à égaler votre mérite à celui des martyrs.

Aussi, de quel prix n'était pas à vos yeux ce céleste trésor de l'oraison, toujours à notre portée comme il le fut à la vôtre ! Mais pour y trouver comme vous la voie abrégée de toute perfection, selon vos propres paroles, il y faut la persévérance et le soin d'éloigner de l'âme, par  une répression généreuse de la nature, toute émotion qui ne serait pas de Dieu. Comment une eau bourbeuse ou  agitée par les  vents,  reproduirait-elle l'image de celui qui se tient sur ses bords ? Ainsi l'âme souillée, et celle-là même qui, sans être l'esclave des passions, n'est point maîtresse encore de toute agitation provenant  de la terre, n'arrivera point au but de l'oraison qui est de reproduire en elle l'image tranquille de son Dieu.

La reproduction du grand modèle fut parfaite en vous ; et l'on put constater combien la nature en ce qu'elle a de bon, loin de pâtir et de perdre, gagne au contraire à cette refonte au divin creuset. Même en ce qui touche les plus légitimes affections, vous n'aviez plus de regards du côté de la terre ; mais voyant tout en Dieu, combien les sens n'étaient-ils pas dépasses dans leur infirmité menteuse, et combien aussi par là même croissait votre amour ! Témoin vos suaves prévenances, ici-bas et du haut du ciel, pour l'admirable mère que vous avait donnée le Seigneur : où trouver plus de tendresse que dans les épanchements de la lettre si belle écrite par vous à cette digne mère d'un saint, dans les derniers jours de votre pèlerinage ? et quelle délicatesse exquise ne vous conduisait pas à lui réserver votre premier miracle, une fois dans la gloire ! Par ailleurs, l'Esprit-Saint, en vous embrasant de tous les feux de la divine charité, développait en vous pour le prochain un amour immense; caria charité est une; et on le vit bien, quand vous sacrifiâtes votre vie pour les malheureux pestiférés.

Ne cessez pas, illustre Saint, d'assister nos misères ; soyez propice à tous. Conduite par le successeur de Pierre au pied de votre trône, la jeunesse surtout se réclame de votre puissant patronage. Dirigez ses pas sollicités en tant de sens contraires ; que la prière et le travail pour Dieu soient sa sauvegarde ; éclairez-la, lorsque s'impose à elle le choix d'un état de vie. Puissiez-vous, durant ces critiques années de l'adolescence, user pour elle largement de votre beau privilège et protéger dans vos dévots clients l'angélique vertu ! Enfin, ô Louis, que ceux-là même qui ne vous auront pas imité innocent, vous suivent du moins dans la pénitence, ainsi que l'Eglise le demande au Seigneur en ce jour de votre fête."

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mardi, 20 juin 2017

20 juin. Saint Silvère, pape et martyr. 538.

- Saint Silvère, pape et martyr. 537.

Papes : Saint Agapet (prédécesseur) ; Vigile (successeur). Empereur romain d'Orient : Justinien Ier.

" De même que les étoiles semblent disparaître pendant le jour pour ne briller que pendandt la nuit ; ainsi la véritable vertu, que l'on ne distingue pas toujours dans la prospérité, se montre à découvert dans l'adversité."
Saint Bernard.

 


Martyre de saint Sylvère. Bréviaire romain. XVe.

Saint Silvère fut pape de juin 536 au 11 novembre 537. En 536, Agapet Ier avait reçu du roi des Ostrogoths, qui occupaient alors une bonne partie de l'Italie, la mission de se rendre à Constantinople pour essayer de sonder Justinien. Le Basileus, qui tenait l'Afrique, semblait préparer un débarquement dans la péninsule.

Agapet mourut à Constantinople le 22 avril, après une victoire remportée sur le patriarche Anthime, un protégé de l'impérieuse et hérétique impératrice Théodora. Le pape avait su persuader à Justinien que la présence d'Anthime au principal siège ecclésiastique de l'Orient était un scandale dangereux pour l'Église, et Justinien avait chassé le prélat au début de mars.

A Rome, le roi Goth s'occupa de faire élire un successeur au pape défunt. Son candidat fut un fils du pape Hormisdas, mort en 523, nommé Silvère ; c'était un sous-diacre de la Curie. D'ordinaire, on élisait un diacre ou un prêtre. D'après le " Liber pontificalis ", le clergé romain fit opposition à Silvère. Puis finalement le favori des Goths passa.

A ce moment, Bélisaire, à la tête du corps expéditionnaire envoyé par Justinien, débarquait dans le sud de l'Italie. Les Goths reculèrent vers le Nord, laissant à Rome une petite garnison. Silvère négocia avec le général byzantin et, dans la nuit du 9 au 10 décembre, il lui fit ouvrir une porte de Rome. Les Goths filèrent par une autre porte. Mais ils revinrent en force à la fin de février 537 et bloquèrent Rome.

Silvère, candidat des Goths, était quelque peu suspect à Bélisaire. Le diacre Vigile, jadis volontaire pour occuper le siège de Rome, puis nonce à Constantinople, se chargea de noircir Silvère, son rival. Il était recommandé à la femme de Bélisaire, Antonine, une intrigante, par Théodora qui voulait que Rome soutînt le monophysisme.

Bélisaire pressentit Silvère : ne pourrait-il pas faire ce qu'on escomptait de Vigile ? Silvère refusa. On fit courir alors une fausse lettre du pape de Rome où le pontife promettait aux Goths l'entrée libre par la porte Asinaria, proche du Latran, la résidence apostolique. Silvère, pour écarter les suspicions, se retira sur l'Aventin, à Sainte-Sabine. Mais il fut convoqué au Pincio, où Bélisaire avait son quartier général. Le général et Antonine l'accusèrent de haute trahison ; deux clercs entrèrent, enlevèrent au pontife son pallium et lui firent endosser un habit de moine. On l'expédia en Asie, à Patare de Lycie. Les Romains apprirent que Silvère était devenu moine, ils ne devaient plus le revoir. Bélisaire fit proclamer Vigile pape.

Mais l'évêque de Patare, ayant su de Silvère comment les choses s'étaient passées, prit sa défense courageusement. Il alla jusqu'au Basileus. " Il y a ici-bas beaucoup de rois, mais pas un comme ce pape préposé à l'Eglise de Rome. Et ils l'ont expulsé !"

Ainsi protestait l'énergique prélat. Justinien se décida à renvoyer Silvère à Rome. Si après enquête sa lettre aux Goths était trouvée fausse, on lui rendrait son Église ; sinon, on le laisserait vivre, en lui conservant le titre d'évêque, mais hors de Rome. Malgré Théodora, Silvère fut rapatrié.

Cependant Vigile veillait. L'enquête par ses soins tourna contre Silvère. On interna son rival à Palmaria, petite île au large du golfe de Gaëte. Nourri au pain de tribulation et à l'eau d'angoisse ", comme dit le Liber ponlificalis dans une formule empruntée au troisième livre des Rois (XXII, 27.), Silvère trépassa probablement le 2 décembre 538, victime, estime la sainte Église, de sa fidélité à l'orthodoxie chalcédonienne.

C'est Adon qui a choisi la date du 20 juin pour inscrire Silvère dans son martyrologe.

PRIERE

" Les eaux de la tribulation ont traversé votre âme (Psalm. LXV, III, 2.), saint Pontife. Ce ne sont point les césars idolâtres qui furent vos persécuteurs. Ce ne fut pas même, comme pour Jean Ier votre prédécesseur presque immédiat sur le siège pontifical et dans l'arène du martyre, un prince hérétique qui déchargea sur vous sa haine de sectaire. Mais la rancune d'une femme indigne, servie par des trahisons parties du sanctuaire, s'acharna contre vous. Avant même que la mort eût fait en vous son œuvre, il se serait trouvé quelqu'un parmi vos fils pour convoiter le lourd fardeau de votre héritage.

Mais quel homme donc eût pu dénouer l'indissoluble lien qui vous attachait à l'Eglise ? L'usurpateur n'eût été qu'un intrus ; jusqu'à ce que les mérites tout-puissants de votre mort glorieuse eussent obtenu le changement du mercenaire en légitime pasteur, et fait de Vigile lui-même l'héritier de votre courage*. Ainsi l'invisible chef de l'Eglise aurait-il permis, pour la honte de l'enfer, que l'ambition portât ses scandales dans le Saint des Saints même. L'inébranlable foi des peuples, en ce siècle qui fut le vôtre, n'en devait point souffrir ; et la lumière résultant de ces faits lamentables apprendrait mieux aux âges suivants que le caractère personnel d'un pape, et ses fautes mêmes, n'affectent point les célestes prérogatives assurées par Dieu au vicaire de son Christ. Gardez en nous, Ô Silvère, le fruit de ces tristes enseignements. Bien pénétré des vrais principes, le peuple chrétien ne verra jamais s'affaiblir en lui le respect dû à Dieu dans ses représentants, quels qu'ils soient ; et le scandale, d'où qu'il vienne, sera impuissant à entamer sa foi."


* Notre rôle ici n'est point de devancer l'Eglise dans la défense de quelques-uns de ses Pontifes. Toutefois, l'apologétique a d'autres devoirs ; le nôtre est de rappeler que la mémoire du successeur de saint Silvère a trouvé de savants défenseurs. Vigile n'est point, il est vrai, l'objet d'un culte public, et dès lors l'Eglise n'a pas à répondre de sa sainteté ; il en est autrement pour Silvère ; mais toute apologie du premier qui ne va pas à diminuer la grandeur morale de ce dernier, garantie par l'Eglise, est licite et louable. [Dom Prosper Guéranger in L'anné liturgique].

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lundi, 19 juin 2017

19 juin. Sainte Julienne de Falconieri, vierge. 1340.

- Sainte Julienne de Falconieri, vierge. 1340.

Pape : Benoît XII. Empereur germanique : Louis V de Bavière.

" Levez-vous et suivez moi afin que vous ne fouliez pas davantage la terre, mais que vous montiez au ciel."
Saint Antoine de Padoue. De passion. salvat.


Anonyme italien. XVe.
 
Miraculeusement munie du viatique sacré, Julienne achève aujourd'hui son pèlerinage; elle se présente aux portes du ciel, montrant sur son cœur l'empreinte laissée par l'Hostie. Florence, où elle naquit, voit briller d'un éclat nouveau le lis qui resplendit sur ses armes ; d'autres sont déjà venus, d'autres viendront encore manifester, par les sublimes vertus pratiquées en ses murs, que l'Esprit d'amour se complaît dans la ville des fleurs. Qui dira la gloire des montagnes formant à la noble cité cette couronne que les hommes admirent, et que les anges trouvent plus splendide encore ? Vallombreuse, et, par delà, Camaldoli, l'Alverne : forteresses saintes, au pied desquelles tremble l'enfer ; réservoirs sacrés des grâces de choix, gardés par les séraphins ! De là, plus abondantes et plus pures que les flots de l'Arno, s'épanchent sur cette heureuse contrée les eaux vives du salut.

Trente-sept années avant la naissance de Julienne, il sembla que Florence allait devenir, sous l'influence d'un tel voisinage, un paradis nouveau : tant la sainteté y parut commune, tant les prodiges s'y vulgarisèrent. Sous les yeux de l'enfer en furie, la Mère de la divine grâce, aimée, chantée par ses dévots clients, multipliait ses dons. Au jour de son Assomption, sept personnages des plus en vue par la noblesse, la fortune et les charges publiques , avaient été soudain remplis d'une flamme céleste qui les portait à se consacrer sans partage au culte de Notre-Dame ; bientôt, sur le passage de ces hommes disant adieu au monde, les enfants à la mamelle s'écriaient tout d'une voix dans la ville entière :
" Voici les serviteurs de la Vierge Marie !"

Parmi les innocents dont la langue se déliait ainsi pour annoncer les mystères divins, était un nouveau-né de l'illustre famille des Benizi; on le nommait Philippe, et il avait vu le jour en cette fête même de l'Assomption où Marie venait de fonder, pour sa louange et celle de son Fils, le très pieux Ordre des Servîtes.

Nous aurons à revenir sur cet enfant, qui fut le propagateur principal du nouvel Ordre ; car l'Eglise célèbre sa naissance dans le ciel au lendemain de l'Octave de la grande fête qui le vit naître ici-bas. Il devait être devant Dieu le père de Julienne. En attendant, les sept conviés de Marie au festin de la pénitence, tous fidèles jusqu'à la mort, tous inscrits eux-mêmes au catalogue des Saints, s'étaient retirés à trois lieues de Florence au désert du mont Senario. Là, Notre-Dame mit sept années à les former au grand dessein dont ils étaient, à leur insu, les instruments prédestinés. Durant un si long temps, selon le procédé divin tant de fois relevé par nous en ces jours, l’Esprit-Saint commença par éloigner d'eux toute autre pensée que celle de leur propre sanctification, les employant à la mortification des sens et de l'esprit dans l'exclusive contemplation des souffrances du Seigneur et de sa divine Mère. Deux d'entre eux descendaient chaque jour à la ville, pour y mendier leur pain et celui de leurs compagnons. L'un de ces mendiants illustres était Alexis Falconiéri, le plus avide d'humiliations parmi les sept. Son frère, qui continuait d'occuper un des principaux rangs parmi les citoyens, était digne du bienheureux et s'honorait de ces héroïques abaissements. Aussi le vit-on, avec le concours de la religieuse cité sans distinction de classes, doter d'une magnifique église la pauvre retraite que les solitaires du mont Senario avaient fini par accepter, comme pied-à-terre, aux portes de Florence.


Sainte Julienne de Falconieri - Pier Leone Ghezzi. XVIIIe siècle.

Pour honorer le mystère où leur auguste Souveraine s'était elle-même déclarée la servante du Seigneur, les Servites de Marie voulurent qu'on y représentât sur la muraille la scène où Gabriel salua pleine de grâce dans son humilité l'impératrice de la terre et des cieux. L’Annonciade fut le nom du nouveau monastère, qui devint le plus considérable de l'Ordre. Entre les merveilles que la richesse et l'art des siècles suivants ont réunies dans son enceinte, le principal trésor reste toujours cette fresque primitive dont le peintre, moins habile que dévot à Marie, mérita d'être aidé par les anges. D'insignes faveurs, descendant sans interruption de l'image bénie, amènent jusqu'en nos temps la foule à ses pieds; si la ville des Médicis et des grands-ducs, englobée dans le brigandage universel de la maison de Savoie, a gardé mieux que plusieurs autres l'ardente piété des beaux temps de son histoire, elle le doit à son antique madone, et à ses saints qui semblent composer à Notre-Dame un cortège d'honneur.

Ces détails étaient nécessaires pour faire mieux comprendre le récit abrégé où l'Eglise renferme la vie de notre Sainte. Née d'une mère stérile et d'un père avancé en âge, Julienne fut la récompense du zèle que ce père, Carissimo Falconiéri, avait déployé pour l'Annonciade. C'est près de la sainte image qu'elle devait vivre et mourir ; c'est près d'elle encore que reposent aujourd'hui ses reliques sacrées. Elevée par saint Alexis, son oncle, dans l'amour de Marie et de l'humilité, elle se dévoua dès son plus jeune âge à l'Ordre qu'avait fondé Notre-Dame, n'ambitionnant qu'un titre d'oblate, qui lui permît de servir au dernier rang les serviteurs et servantes de la Mère de Dieu ; c'est ainsi que , plus tard , elle fut reconnue comme institutrice du tiers-ordre des Servites, et se vit à la tête de la première communauté des Mantelées ou tertiaires de son sexe. Mais son influence auprès de Dieu s'étendit bien plus, et l'Ordre entier la salue comme sa mère ; car ce fut elle qui véritablement acheva l'œuvre de sa fondation, et lui donna stabilité pour les siècles à venir.

L'Ordre, en effet, que quarante années de miraculeuse existence et le gouvernement de saint Philippe Benizi avaient merveilleusement étendu, traversait alors une crise suprême, d'autant plus redoutable que de Rome même partait la tempête. Il s'agissait d'appliquer partout les canons des conciles de Latran et de Lyon, qui prohibaient l'introduction d'Ordres nouveaux dans l'Eglise; l'établissement des Servites étant postérieur au premier de ces conciles, Innocent V résolut leur suppression. Déjà défense avait été faite aux supérieurs de recevoir aucun novice à la profession ou à la vêture ; et, en attendant la sentence définitive, les biens de l'Ordre étaient considérés d'avance comme dévolus au Saint-Siège. Philippe Benizi allait mourir, et Julienne n'avait pas quinze ans. Toutefois, éclairé d'en haut, le saint n'hésita pas : il confia l'Ordre à Julienne, et s'endormit dans la paix du Seigneur. L'événement justifia sa confiance : à la suite de péripéties qu'il serait long de rapporter, Benoît XI, en 1304, donnait aux Servîtes la sanction définitive de l'Eglise. Tant il est vrai que dans les conseils de la Providence ne comptent ni le rang, ni le sexe, ni l'âge! La simplicité d'une âme qui a blessé le cœur de l'Epoux, est plus forte en son humble soumission que l'autorité la plus haute, et sa prière ignorée prévaut sur les puissances même établies de Dieu.


Imagerie populaire du XIXe.

Julienne, de la noble famille des Falconiéri, eut pour père l'illustre fondateur de l'église dédiée à la Mère de Dieu saluée par l'Ange, monument splendide qui se voit encore à Florence. Il était déjà avancé en âge, ainsi que Reguardata son épouse jusque-là stérile, lorsqu'en l'an mil deux cent soixante-dix naquit notre sainte. Elle fournit dès le berceau un présage non minime de sa sainteté future, en prononçant d'elle-même de ses lèvres vagissantes les très doux noms de Jésus et de Marie.

Elle fut initiée dès son berceau à la piété et à la vertu, si bien que saint Alexis Falconiéri, de
l'Ordre des Servites, disait à la mère ravie :
" Ce n'est pas une fille, c'est un Ange que Dieu vous a donné ; Il la destine à de grandes choses."

Les journées de la sainte enfant se passaient presque entières en pieux exercices. Sa mère, y trouvant de l'excès, la grondait :
" Julienne, disait-elle, si tu n'apprends pas ce que doit savoir une maîtresse de maison, je ne pourrais pas te trouver un mari.
- Ne craignez rien, ma mère, répondait finalement Julienne ; quand le temps sera venu, la Sainte Vierge y pourvoira."

Le temps venu, Julienne refusa de se marier, et offrit à Dieu sa virginité.

Enfant, elle s'adonna tout entière aux vertus chrétiennes et y excella de telle sorte que saint Alexis, son oncle paternel, dont elle suivait les instructions et les exemples, n'hésitait pas à dire à sa mère qu'elle avait enfanté non une femme, mais un ange. Son visage, en effet, était si modeste, son cœur si pur de la plus légère tache et de la moindre inclination mauvaise, que jamais, dans tout le cours de sa vie, elle ne leva les yeux pour considérer le visage d'un homme; le seul mot de péché la faisait trembler, et il arriva qu'un jour, au récit d'un crime, elle tomba soudain comme inanimée. Elle n'avait pas encore achevé sa quinzième année, que, laissant de côté les biens considérables qui lui venaient par sa famille et dédaignant les noces d'ici-bas, elle voua solennellement à Dieu sa virginité entre les mains de saint Philippe Benizi, et, la première, reçut de lui l'habit dit des Mantelées.

L'exemple de Julienne fut suivi par beaucoup de nobles femmes, et on vit la mère elle-même se ranger sous la direction de sa fille, de sorte que, leur nombre augmentant peu à peu, elle institua ces Mantelées en Ordre religieux, leur donnant des règles de pieuse vie qui révèlent sa sainteté et sa haute prudence. Saint Philippe Benizi connaissait si bien ses vertus que, près de mourir, il ne crut pouvoir recommander à personne mieux qu'à Julienne, non seulement les femmes, mais l'Ordre entier des Servîtes dont il avait été le propagateur et le chef. Cependant elle n'avait d'elle-même sans cesse que de bas sentiments; maîtresse des autres, elle servait ses sœurs dans toutes les plus viles occupations domestiques. Elle passait des jours entiers à prier, très souvent ravie en extase; et pour le temps de reste, elle l'employait à apaiser les discordes des citoyens, à retirer les pécheurs de leurs voies mauvaises et à soigner les malades; plus d'une fois, appliquant sa bouche à la pourriture qui découlait de leurs ulcères, elle les rendit à la santé. Elle avait l'habitude de broyer son corps par les fouets, les cordes à nœuds, les ceintures de fer, prolongeant ses veilles ou couchant sur la terre nue. Deux jours dans la semaine, le Pain des anges était sa seule nourriture. Le samedi, elle ne prenait que du pain et de l'eau, et les quatre autres jours elle se contentait d'aliments grossiers en petite quantité.

Cette dureté de vie la fit tomber dans un mal d'estomac, qui, s'aggravant, la réduisit à l'extrémité lorsqu'elle était dans sa soixante-dixième année. Elle supporta d'un visage gai et d'une âme ferme les souffrances de cette longue maladie ; sa seule plainte était que, ne pouvant prendre et retenir aucune nourriture, le respect dû au divin Sacrement la tenait éloignée de la table eucharistique.

Le plus beau triomphe de Julienne, ce fut sa mort. Comme nous l'avons vu, gémissant de ne pouvoir communier, elle supplia qu'au moins on lui montre la Sainte Hostie, et, quand on lui procura ce bonheur, elle pria qu'on lui place le corporal avec l'Hostie sur sa poitrine ; mais à peine son voeu était-il exaucé, que l'Hostie disparaissait et que Julienne, transportée d'amour, rendait le dernier soupir en disant :
" Mon doux Jésus !"

Le visage serein et souriant. On comprit le miracle, lorsque le corps de la vierge dut être disposé selon l'usage pour la sépulture : on trouva en effet, au côté gauche de la poitrine, imprimée sur la chair comme par un sceau la forme d'une hostie représentant l'image de Jésus crucifié.

La renommée de ce prodige et de ses autres miracles lui attira la vénération , non seulement de Florence , mais de tout l'univçrs chrétien ; pendant près de quatre siècles entiers elle s accrut de telle sorte, qu'enfin Benoit XIII ordonna qu'on en fit l'Office propre au jour de sa fête dans tout l'Ordre des Servites de la Bienheureuse Vierge Marie. Sa gloire éclatant de jour en jour par des miracles nouveaux, Clément XII, le munifique protecteur du même Ordre, inscrivit Julienne au catalogue des saintes Vierges.

PRIERE

" Servir Marie était, Ô Julienne, la seule noblesse qui arrêtât vos pensées ; partager ses douleurs, la récompense unique qu'ambitionnât en ses abaissements votre âme généreuse. Vos vœux furent satisfaits. Mais, du haut de ce trône où elle règne maintenant sur les hommes et les anges, celle qui se confessa la servante du Seigneur et vit Dieu regarder sa bassesse (Luc. I, 48, 52.), voulut aussi vous exalter comme elle-même au-dessus des puissants. Trompant l'obscurité silencieuse où vous aviez résolu de faire oublier l'éclat humain de votre naissance, votre gloire sainte éclipsa bientôt l'honneur, pourtant si pur, qui s'attachait dans Florence au nom de vos pères ; c'est à vous, humble tertiaire, servante des serviteurs de Notre-Dame, que le nom des Falconiéri doit d'être aujourd'hui connu dans le monde entier.

Bien mieux : au pays des vraies grandeurs, dans la cité céleste où l'Agneau, par ses rayons inégalement distribués sur le front des élus, constitue les rangs de la noblesse éternelle, vous brillez d'une auréole qui n'est rien moins qu'une participation de la gloire de Marie. Comme elle fit en effet pour l'Eglise après l'Ascension du Seigneur, vous-même, en ce qui touche l'Ordre glorieux des Servîtes, laissant à d'autres l'action qui paraît au dehors et l'autorité qui régit les âmes, n'en fûtes pas moins dans votre humilité la maîtresse et la mère de la famille nouvelle que Dieu s'était choisie. Plus d'une fois dans le cours des âges la divine Mère voulut ainsi glorifier ses imitatrices, en faisant d'elles jusque-là, contre leur attente, ses copies très fidèles. Dans la famille confiée à Pierre par son divin Fils, Notre-Dame était la plus soumise au gouvernement du vicaire de l'Homme-Dieu et des autres Apôtres ; tous cependant savaient qu'elle était leur reine, et la source des grâces d'affermissement et d'accroissement répandues sur l'Eglise. De même, Ô Julienne, la faiblesse du sexe et de l'âge n'empêcha point un Ordre puissant de vous proclamer sa lumière et sa gloire, parce que le Très-Haut, libre en ses dons, voulut accorder à votre jeunesse les résultats refusés à la maturité, au génie, à la sainteté de Philippe Benizi votre père.

Continuez votre aide à la famille pieuse des Servîtes de Marie. Etendez votre assistance bénie à tout l'Ordre religieux si éprouvé de nos jours. Que Florence garde par vos soins, comme son souvenir le plus précieux, celui des faveurs de Notre-Dame et des saints qu'a produits en elle la foi des vieux âges. Que toujours l'Eglise ait à chanter, pour des bienfaits nouveaux, la puissance que l'Epoux divin daigna vous octroyer sur son Cœur. En retour de la faveur insigne par laquelle il voulut couronner votre vie et consommer en vous son amour, soyez propice à nos derniers combats ; obtenez-nous de ne point mourir sans être munis du viatique sacré. L'Hostie sainte, proposée par une autre Julienne à nos adorations plus spéciales en ces jours, illumine de ses feux toute cette partie du Cycle. Qu'elle soit l'amour de notre vie entière ; qu'elle nous fortifie dans la lutte suprême. Puisse notre mort être aussi le passage heureux du banquet divin d'ici-bas aux délices de l'union éternelle."

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dimanche, 18 juin 2017

18 mai 2017. Le dimanche dans l'Octave du Saint-Sacrement, ou de la Fête-Dieu.

- Le dimanche dans l'Octave du Saint-Sacrement, ou de la Fête-Dieu.

" Christum regem adoremus dominantem gentibus, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem."
" Adorons le Christ roi Seigneur des nations, engraissant l'âme de qui le prend en nourriture."



Institution du Saint-Sacrement par Notre Seigneur Jésus-Christ.
Fra Angelico. Couvent San Marco. Florence. XVe.

A LA MESSE

Par suite des mesures consenties entre le Saint-Siège et le Gouvernement français pour la réduction des fêtes, au commencement de ce siècle, la plupart des Eglises de France célèbrent aujourd'hui seulement la solennité du Corps du Seigneur. La Messe que l'on chante dans ces Eglises est celle du jour même de la fête (page 299), avec mémoire du Dimanche en la manière ordinaire. Dans les lieux au contraire où la solennité s'est célébrée à son jour, on fait seulement mémoire de la fête à la Messe de ce Dimanche qui est le deuxième après la Pentecôte.

ÉPÎTRE

Lecture de l'Epître du bienheureux Jean, Apôtre. I, Chap. III.


La messe miraculeuse. Détail.
Simone Martini. Eglise Saint-François. Assise. XVe.

" Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas, si le monde vous hait. Pour nous, nous reconnaissons , à l'amour que nous avons pour nos frères, que nous sommes passés de la mort à la vie. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort : tout homme qui hait son frère est un homicide. Or, vous savez que nul homicide n'a la vie éternelle résidant en soi. Nous avons reconnu l'amour de Dieu envers nous, en ce qu'il a donné sa vie pour nous, et nous aussi nous devons donner nos vies pour nos frères. Celui qui possède le bien de ce monde, si voyant son frère dans la nécessité, il lui ferme son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? Mes petits enfants, aimons, non de parole ni de langue, mais d'oeuvre et en vérité."


En 1135, à l'issue de la messe, saint Bernard brandit
le Saint-Sacrement et obtint la soumission du duc d'Aquitaine,
Guillaume X qui soutenait l'antipape Anaclet II.
Eglise Saint-Laurent. Parthenay. Poitou. XIXe.

Ces touchantes paroles du disciple bien-aimé ne pouvaient mieux être rappelées au peuple fidèle qu'en la radieuse Octave qui poursuit son cours. L'amour de Dieu pour nous est le modèle comme la raison de celui que nous devons à nos semblables ; la charité divine est le type de la nôtre.
" Je vous ai donné l'exemple, dit le Sauveur, afin que, comme j'ai fait à votre égard, vous fassiez vous-mêmes." (Johan. XIII, 15.).
Si donc il a été jusqu'à donner sa vie, il faut savoir aussi donner la nôtre à l'occasion pour sauver nos frères. A plus forte raison devons-nous les secourir selon nos moyens dans leurs nécessités, les aimer non de parole ou de langue, mais effectivement et en vérité.

Or le divin mémorial, qui rayonne sur nous dans sa splendeur, est-il autre chose que l'éloquente démonstration de l'amour infini, le monument réel et la représentation permanente de cette mort d'un Dieu à laquelle s'en réfère l'Apôtre ?

Aussi le Seigneur attendit-il, pour promulguer la loi de l'amour fraternel qu'il venait apporter au monde, l'institution du Sacrement divin qui devait fournir à cette loi son puissant point d'appui. Mais à peine a-t-il créé l'auguste Mystère, à peine s'est-il donné sous les espèces sacrées :
" Je vous a donne un commandement nouveau, dit-il aussitôt ; et mon commandement, c'est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés." (Ibid. XIII, 34. ; XV, 12.).
Précepte nouveau, en effet, pour un monde dont l'égoïsme était l'unique loi ; marque distinctive qui allait foire reconnaître entre tous les disciples du Christ (Ibid XIII, 35.), et les vouer du même coup à la haine du genre humain (Tacit. Ann. XV.) ; rebelle à cette loi d'amour. C'est à l'accueil hostile fait par le monde d'alors au nouveau peuple, que répondent les paroles de saint Jean dans notre Epître :
" Mes bien-aimés, ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse. Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n'aime pas demeure dans la mort."

L'union des membres entre eux par le Chef divin est la condition d'existence du christianisme ; l'Eucharistie est l'aliment substantiel de cette union, le lien puissant du corps mystique du Sauveur qui, par elle, croît tous les jours dans la charité (Eph. VI, 16.). La charité, la paix, la concorde, est donc, avec l'amour de Dieu lui-même, la plus indispensable et la meilleure préparation aux sacrés Mystères. C'est ce qui nous explique la recommandation du Seigneur dans l'Evangile :
" Si, lorsque vous présentez votre offrande à l'autel, vous vous souvenez là même que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre offrande devant l'autel, et allez d'abord vous réconcilier avec votre frère, et venez ensuite présenter votre offrande." (Matth. V, 23-24.).

EVANGILE

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. XIV.



Dispute du Saint-Sacrement. Raphaël. XVIe.

" En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens cette parabole : Un homme fit un grand souper, et il y convia beaucoup de gens. Et à l'heure du souper, il envoya son serviteur dire aux conviés de venir, parce que tout était prêt. Et tous commencèrent à s'excuser.
Le premier lui dit :
" J'ai acheté une maison de campagne, et il faut que je l'aille voir : je vous prie de m'excuser."
Et le second dit :
" J'ai acheté cinq paires de boeufs, et je vais les essayer : je vous prie de m'excuser."
Et un autre dit :
" J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis venir."
Et le serviteur étant de retour, rapporta tout ceci à son maître. Alors le père de famille irrité dit à son serviteur :
" Va vite par les places et les rues de la ville, et amène ici les pauvres et les infirmes, les aveugles et les boiteux."
Et le serviteur dit :"
" Seigneur, il a été fait comme vous avez commandé, et il y a encore de la place."
Et le maître dit au serviteur :
" Va par les chemins et le long des haies, et contrains d'entrer, afin que ma maison se remplisse. Car je vous le dis, aucun de ces gens qui avaient été invités ne goûtera de mon souper."


Retable du Saint-Sacrement. Eglise Saint-Thégonnec.
Saint-Thégonnec. Bretagne. XVIIe.

La fête du Corps du Seigneur n'était point encore établie, que déjà cet Evangile était attribué au présent Dimanche. C'est ce que témoignent, pour le XIIe siècle, Honorius d'Autun (Gemma anim. IV, 45-46.) et Rupert (De div. Off. XII, 2.). Le divin Esprit, qui assiste l'Eglise dans l'ordonnance de sa Liturgie, préparait ainsi à l'avance le complément des enseignements de cette grande solennité.

La parabole que propose ici le Sauveur à la table d'un chef des Pharisiens (Luc. XIV, 1.) reviendra sur ses lèvres divines au milieu du temple, dans les jours qui précéderont immédiatement sa Passion et sa mort (Matth. XXII, 1-14.). Insistance significative, qui nous révèle assez l'importance de l'allégorie. Quel est, en effet, ce repas aux nombreux invités, ce festin des noces, sinon celui-là même dont la Sagesse éternelle a fait les apprêts dès l'origine du monde ? Rien n'a manqué aux magnificences de ces divins apprêts : ni les splendeurs de la salle du festin élevée au sommet des monts (Isai. 11, 2.) et soutenue parles sept colonnes mystérieuses (Prov. IX, 1.) ; ni le choix des mets, ni l'excellence du pain, ni les délices du vin servis sur la table royale.

Elle-même, de ses mains, la Sagesse du Père a pressuré dans la coupe la grappe de cypre (Cant. I, 13.) au suc généreux, broyé le froment levé sans semence d'une terre sacrée, immolé la victime (Prov. IX, 2.). Israël, l'élu du Père (Eccli. XXIV, 13.), était l'heureux convive qu'attendait son amour ; elle multipliait ses messages aux fils de Jacob. La Sagesse de Dieu s'était dit : " Je leur enverrai les prophètes et les apôtres " (Luc. XI, 49.). Mais le peuple aimé, engraissé de bienfaits, a regimbé contre l'amour ; il a prisa tâche de provoquer par ses abandons méprisants la colère du Dieu son Sauveur (Deut. XXXII, 15-16.). La fille de Sion, dans son orgueil adultère, a préféré le libelle de répudiation au festin des noces (Isai. I, 1.) ; Jérusalem a méconnu les célestes messages, tué les prophètes (Matth. XXIII, 34-37.), et crucifié l'Epoux.

Mais, alors même, la Sagesse éternelle offre encore aux fils ingrats d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, en souvenir de leurs pères, la première place à son divin banquet ; c'est aux brebis perdues delà maison d'Israël que sont d'abord envoyés les Apôtres (Ibid. X, 6 ; Act., XIII, 46.).
" Ineffables égards, s'écrie saint Jean Chrysostome ! Le Christ appelle les Juifs avant la croix ; il persévère après son immolation et continue de les appeler. Lorsqu'il devait, semble-t-il, les accabler du plus dur châtiment, il les invite à son alliance et les comble d'honneurs. Mais eux, qui ont massacré ses prophètes et qui l'ont tué lui-même, sollicités par un tel Epoux, conviés à dételles noces par leur propre victime, ils n'en tiennent nul compte, et prétextent leurs paires de bœufs, leurs femmes ou leurs champs." (Hom. 69 in Matth.).

Bientôt ces pontifes, ces scribes, ces pharisiens hypocrites, poursuivront et tueront les Apôtres a leur tour ; et le serviteur de la parabole ne ramènera de Jérusalem au banquet du père de famille que les pauvres, les petits, les infirmes des rues et places de la ville, chez qui du moins l'ambition, l'avarice ou les plaisirs n'auront point fait obstacle à l'avènement du royaume de Dieu.

C'est alors que se consommera la vocation des gentils, et le grand mystère de la substitution du nouveau peuple à l'ancien dans l'alliance divine. " Les noces de mon Fils étaient prêtes, dira Dieu le Père à ses serviteurs ; mais ceux que j'y avais invités n'en ont point été dignes. Allez donc ; quittez la ville maudite qui a méconnu le temps de sa visite " (Luc. XIX, 44.) ; " sortez dans les carrefours, parti courez toutes les routes, cherchez dans les champs de la gentilité, et appelez aux noces tous ceux que vous rencontrerez " (Matth. XXII, 8-14.).

Gentils, glorifiez Dieu pour sa miséricorde (Rom. XV, 9.). Conviés sans mérites de votre part au festin préparé pour d'autres, craignez d'encourir les reproches qui les ont exclus des faveurs promises à leurs pères. Boiteux et aveugle appelé du carrefour, sois empressé à la table sacrée. Mais songe aussi, par honneur pour Celui qui t'appelle, à déposer les vêtements souillés du mendiant du chemin. Revêts en hâte la robe nuptiale. Ton âme est reine désormais par l'appel à ces noces sublimes :
" Orne-la donc de pourpre, dit saint Jean Chrysostome ; mets-lui le diadème, et place-la sur un trône. Songe aux noces qui t'attendent, aux noces de Dieu ! De quels tissus d'or, de quelle variété d'ornements ne doit pas resplendir l'âme appelée à franchir le seuil de cette salle du festin, de cette chambre nuptiale !" (Hom. 69 in Matth.).

18 juin. Saint Ephrem, diacre d'Edesse et Docteur de l'Eglise. 378.

- Saint Ephrem, diacre d'Edesse et Docteur de l'Eglise. 378.
 
Pape : Saint Damase Ier. Empereurs romains d'Orient : Valens ; Théodose Ier. Empereurs romains d'Occident : Valentinien Ier ; Valentinien II.
 
" Ô mon Dieu, je vous bénis... parce que vous m'avez châtié."
Tob. XI, 17.
 

Ce grand Docteur qui illustra l'Église de Syrie, naquit à Nisibe, en Mésopotamie, vers l'an 306. Ephrem fut consacré à Dieu dès son enfance. Quoique pauvre et vivant uniquement des produits de la terre, sa famille possédait l'insigne privilège de compter plusieurs martyrs dans ses rangs et ses parents avaient eu l'insigne honneur de confesser Notre Seigneur Jésus-Christ publiquement - et en en réchappant - pendant la persécution de Dioclétien.

Bien qu'encore jeune, Ephrem alla trouver saint Jacques de Nisibe qui l'éleva comme un fils. Prévenu des lumières de l'Esprit-Saint, il s'ensevelit dans la solitude vers sa dix-huitième année, et établit sa demeure dans une grotte au pied d'un rocher.

Ce précoce anachorète passait ses jours et ses nuits à méditer les Saintes Écritures tout en se livrant aux plus rudes exercices de la pénitence. Il couchait sur la dure et passait des journées entières sans manger. En guise de travail, il tissait des voiles de navire au profit des pauvres. Porté à la colère, par tempérament, il dompta si bien les penchants viciés de sa nature, qu'on le surnomma : la douceur de Dieu.

Ordonné diacre par l'évêque de Nisibe, saint Ephrem fut chargé d'annoncer la parole de Dieu. Prédicateur inspiré, il parlait avec une éloquence qui subjuguait ses auditeurs. Ses discours portaient la lumière et la conviction dans les âmes des fidèles qui accouraient l'entendre prêcher.


Ménées des Grecs. Chypre. XIIIe.

La pensée à laquelle saint Ephrem revient sans cesse dans ses exhortations comme dans ses conversations et ses prières publiques, est celle du jugement dernier. Dans l'une de ses prédications, il engagea un dialogue avec son auditoire sur le grand Jour du Jugement. Il en fit une représentation si terrifiante par l'inquiétude des demandes et l'effrayante précision des réponses, que cette harangue est demeurée célèbre dans toute la chrétienté d'Orient.

Apôtre de la pénitence, saint Ephrem en représentait lui-même un parfait modèle pour tous. Par son exemple et ses paroles, il convertit un grand nombre d'idolâtres et d'hérétiques. Il combattit victorieusement ces derniers par des écrits d'une science magistrale.

Obligé de quitter la ville de Nisibe tombée aux mains des Perses, le saint diacre se retira à Edesse où il passa les dix dernières années de sa vie. Il résolut de s'adonner plus que jamais à la prière.


Saint Ephrem et saint Basile le Grand.
Legenda aurea. Bx J. de Voragine. XIVe.

Comme son détachement du monde le portait vers la solitude, il ne voulut quitter sa retraite que pour prêcher la parole de Dieu et exercer la charité envers les pauvres et les malades. Il rédigea de volumineux commentaires sur l'Écriture Sainte, des homélies, des instructions pour les monastères, des hymnes et des poèmes. Ces nombreuses compositions dans lesquelles il chante les mystères de la religion, les gloires du Christ et de Sa Sainte Mère qu'il affectionnait particulièrement, lui ont mérité le surnom de: harpe du Saint-Esprit.

Arrivé dans une extrême vieillesse, il interrompit ses travaux pour visiter saint Basile, archevêque de Césarée. Le grand évêque conçut une profonde vénération pour saint Ephrem et voulut l'ordonner prêtre ; mais le saint diacre avait le sacerdoce en une si haute estime, qu'il ne voulut jamais consentir à être revêtu de cette dignité suréminente.

De retour à Edesse, saint Ephrem s'enferma dans une cellule afin de se préparer au passage du temps à l'éternité. Sur ces entrefaites, la famine et la peste éclatèrent dans la ville. Aussitôt, l'homme de Dieu accourut pour combattre le double fléau. Il secourait nuit et jour les pauvres pestiférés et leur administrait les sacrements. La peste fut finalement vaincue après trois mois d'héroïques efforts.

En retournant dans sa cellule, saint Ephrem y emportait le germe d'une maladie mortelle. La fièvre l'accula bientôt à l'agonie et à une mort imminente. Toute la ville d'Edesse accourut pour saluer une dernière fois cet inestimable bienfaiteur de leurs âmes. Rendu au terme de son pèlerinage terrestre, saint Ephrem s'endormit du sommeil des bienheureux, le 18 juin 378, soit quelques semaines après le décès de saint Basile le Grand.

Interprète des Livres Saints, théologien, orateur et poète sacré, saint Ephrem est assurément le plus illustre écrivain de tout l'Orient chrétien. Saint Ephrem est le patron de l'Eglise Syriaque catholique.
Le titre le plus populaire pour saint Éphrem est " Harpe de l'Esprit ".

Le pape Benoît XV l'a proclamé Docteur de l'Église universelle et a déplacé sa fête en ce jour.


PRIERE POUR LES JOURS DE JEÛNE

" Seigneur et maître de ma vie,
Ne m'abandonnez pas à l'esprit d'oisiveté, d'abattement,
De domination et de vaines paroles.
Mais accordez-moi l'esprit d'intégrité, d'humilité,
De patience et d'amour,
A moi votre serviteur.
Oui, Seigneur Roi,
Donnez-moi de voir mes fautes
Et de ne pas juger mon frère,
car Vous êtes béni dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
Ô Dieu, purifie-moi, pêcheur." (12 fois).


PRIERE A MARIE

" Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, salut de la famille unie des chrétiens, vous ne cessez de jeter sur nous le regard d'une tendre mère. Vous nous aimez comme si nous étions vos enfants, toujours disposée à nous chérir, vous répandez sur nous d'ineffables bienfaits : vous nous protègez et vous nous sauvez ; veillant sur nous avec sollicitude, vous nous délivrez du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent ; pleins de reconnaissance, nous vous remercions, nous célébrons votre munificence, nous publions vos bienfaits, nous chantons à haute voix vos merveilles, nous louons votre sollicitude, votre prévoyance, nous élevons dans nos hymnes votre puissance tutélaire, nous immortalisons votre inépuisable miséricorde.

Les bienfaits que vous avez répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents vous nous avez arrachés ; nous vous adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de voss bienfaits. Eh ! Quelle voix pourrait les célébrer dignement ? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement votre miséricorde, pour que vous entendiez les cris de détresse de vos serviteurs.

Déposez notre demande aux Pieds de ce Dieu que vous avez engendré, pour qu'Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du saint Esprit ; et aujourd'hui et dans l'éternité des siècles.

Vous voyez, Ô très sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, vous voyez tous les pièges dont nous enveloppe l'esprit malin, l'esprit impur. Voyez toutes les passions criminelles qu'il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d'un réseau. Apparaissez et ne repoussez point notre prière. Pourquoi détourner votre visage et oublier notre faiblesse ? Écartez les embûches du démon qui nous tente, soyez notre asile dans cette guerre, apaisez par votre intercession bienfaisante la Colère divine que nos égarements ont excitée ; ajoutez ce nouveau bienfait à tant d'autres, et nous célébrerons dans nos cantiques votre nom, celui de votre Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement."


Rq : On lira, téléchargera et méditera une grande partie des oeuvres de saint Ephrem sur le site de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1106534.pagination

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samedi, 17 juin 2017

17 juin. Saint Hervé, confesseur, ermite et abbé. 568.

- Saint Hervé, confesseur, ermite et abbé. 568.*
 
Pape : Jean III. Roi de Bretagne : Alain Ier.
 
" Les vraies richesses, ce ne sont pas les biens terrestres, mais les vertus que la conscience porte en elle-même pour être riche dans l'éternité."
Saint Bernard. Serm. IV de Adventu.
 

Saint Hervé et son loup. Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau.
Léon. Bretagne. XVIIIe.

Le culte de saint Hervé est si public et si ancien en Bretagne, qu'on ne peut douter raisonnablement s'il y a eu un saint de ce nom ; mais l'on en pourrait douter si l'on ne consultait que ses actes, qui sont remplis de tant de fables, qu'ils ont plus l'air d'un roman fait à plaisir que de l'histoire d'une personne qui ait vraiment existé.

Ces actes se trouvent dans le Légendaire manuscrit de l'église de Treguer, qui peut avoir trois à quatre cents ans d'antiquité, dans un autre manuscrit de l'abbaye Saint-Vincent du Mans du XVe siècle, et dans un autre de l'abbaye Saint-Gildas-des-Bois ; mais ces deux derniers, non plus que l'ancien bréviaire de Léon, ne rapportent pas la vie de saint Hervé toute entière, comme elle l'est dans le Légendaire de Treguer.

D'un autre côté, le Légendaire de Treguer retranche beaucoup de choses des préliminaires de la vie du Saint, qui se trouvent dans les autres manuscrits. On est à plaindre, quand on cherche à s'instruire, de ne trouver dans ce sortes de Légendaires fabuleux, que des ténèbres, au lieu de lumières ; cependant, pour ne pas laisser tout à fait inconnu un saint aussi fameux que Hervé, nous tâcherons de tirer ce qu'il peut y avoir de bon dans ces Légendaires, c'est-à-dire de trouver des raisins dans les ronces et des figues dans les plantes épineuses.


Saint Hervé guidé par le petit Guiharan. Chapelle Saint-Hervé.
Bubry. Diocèse de Vannes. Bretagne. XVIIIe.

Harvian, qu'on donne pour père à saint Hervé, était de l'île de Bretagne, et avait passé à la cour du roi Childebert, où la double profession de poëte et de musicien lui avait donné quelque distinction. Mais, si les vers et les chants l'avait rendu agréable au roi, il en mérita encore plus l'estime par la sainteté d'une vie chaste, chrétienne, exemplaire.

Après avoir passé quelques temps à la cour, il obtint son congé du roi qui lui donna des lettres pour Conomor, son lieutenant dans l'Armorique, par lesquelles il lui commandait de procurer à Harvian la commodité d'un vaisseau pour repasser dans l'île de Bretagne. Mais il arriva des choses qui déterminèrent Harvian à demeurer en Armorique.

Il y épousa une fille à peu près de même profession que lui, appelée Rivanone, dont il eut un fils qui naquit aveugle et qui fut appelé Hoüarvé, Harvian, Hoüarn ou encore Hervé, car on écrit son nom de toutes ces manières différentes. La mère de Hervé était des environs de Lan-nuzan, elle le mit au monde à Lan-rigur (Rigur était le nom de son frère) et l'éleva dans le canton de Keran ; tous nom qui ne nous instruisent pas beaucoup, mais qui pourront être reconnu par les gens du pays de Léon.


Statue de saint Hervé. Chapelle Saint-Hervé.
Bubry. Diocèse de Vannes. Bretagne. XVIIe.

Le petit aveugle avait, dit-on, l'esprit fort ouvert et la mémoire très fidèle ; mais la preuve qu'on en donne passe toute croyance, et c'est, qu'instruit par sa mère, il savait dès l'âge de sept ans, tout le psautier, avec les hymnes ecclésiastiques. Sa mère se retira dans une solitude avec quelques filles, et y passa saintement le reste de ses jours. Saint Hervé voulant recevoir sa bénédiction avant qu'elle mourût, alla dans le pays d'Ack trouver unsaint homme nommé Urfoed, qui était son parent, pour le prier de s'informer du lieu de retraite de sa mère, afin qu'il pût s'y faire conduire. Urfoed prit volontiers cette peine et découvrit enfin la solitude où Rivanone passait sa vie dans une austère pénitence. Elle fit prier son fils de ne point s'éloigner de la demeure d'Urfoed, jusqu'à ce qu'elle le fît avertir du temps de sa mort. Hervé, se rendant à ses ordres, demeura quelques temps dans ce lieu qui lui fut cédé par Urfoed. Le saint homme s'en alla d'un autre côté, bâtit un oratoire dans une forêt que les Actes apellent Duna, où il finit ses jours dans les exercices de la vie érémitique.
 

Saint Hervé et son loup, guidé par le petit Guiharan.
Eglise Saint-Millau. Guimillau. Léon. Bretagne. XVIIIe.
 
Hervé, établi à Lan-Urfoed, y continua la charité que faisait son parent à la jeunesse des environs, en se donnant le soin et la patience de les instruire. L'un d'eux, nommé Guiharan, prit l'habitude de guider notre Saint dans ses trajets. Enfin, averti que la vie de sa mère approchait, il alla recevoir sa bénédiction, lui fermer les yeux et l'ensevelir. Les Actes ajoutent qu'il se fit beaucoup de miracles au tombeau de cette sainte femme.

Hervé, trop respecté à son gré, à cause de ce qu'il faisait lui-même, résolut de changer de demeure. Il se fit conduire d'abord au lieu où saint Urfoed s'était retiré. [Saint Hervé s'était attaché un loup qui le guidait dès qu'il avait un trajet à faire]. Il trouva non seulement qu'il était mort, mais que son oratoire même, bâti peu solidement, avait été ruiné par les bêtes de la forêt. Il le rebâtit, avec le secours des gens du canton, qui y dressèrent un autel, et munirent le tombeau de saint Urfoed de grandes pierres, pour en conserver plus sûrement et les reliques et la mémoire.
 

Chapelle Saint-Hervé. Gourin. Evêché de Vannes. Bretagne.

Hervé alla ensuite trouver l'évêque de Léon qui l'ordonna exorciste. Le saint aveugle se borna à ce degré, et, voulant désormais se fixer quelque part pour toujours, il marcha du côté de l'Orient, et s'arrêta dans un champ du côté de Landivisiau, qui lui fut donné par le propriétaire appelé Innoc, et de quelques seigneurs, tant de Léon que de Cornouailles, l'un desquels était nommé Rivallon, ou Tyrmallon, qui parait avoir été du pays d'Ack, et l'autre avait nom Guegon ou Wicon, qui était de Cornouailles, et qui donna au Saint une terre considérable, appelée Lan-Quedré. Ses Actes parlent aussi d'un comte Helen qu'il alla trouver, et chez qui il fit un miracle. On ne peut pas deviner ce que c'est que ce comte Helen ou Alain.

On dit aussi qu'il se trouva à l'assemblée de quelques évêques qui se rendirent sur le Mené-bré, l'une des plus hautes montagnes de la province, pour y excommunier Conomor, lieutenant de Childebert ; ce fameux Conomor meurtrier du prince Jona, et noirci de beaucoup d'autres crimes détestables. Saint Hervé fut aussi en commerce avec saint Maïan [saint Méen ?], qui gouvernait qui gouvernait quelques moines dans un monastère dont la situation ne nous est point marquée, non plus que la demeure du saint abbé Grednon, Gredeon, ou Goüeznou, dont il est parlé dans la même occasion qui a donné lieu de faire mention de saint Maïan. Il parait cependant que saint Grednon ou Goüeznou n'était pas loin de la côte et de l'écueil appelé Rots-huzan.


Eglise Saint-Hervé. On y conserve une petite partie des reliques
de saint Hervé. Le Faouët. Cornouailles. Bretagne.

Six jours avant sa mort, saint Hervé fut averti par un ange, que Dieu l'appellerait à lui dans ce terme. Il attendit avec joie le moment qui devait déterminer son exil. Sainte Christine, nièce de sa mère, et qui l'avait accompagné dans sa retraite jusqu'à la fin, pria saint Hervé de ne la point laisser sur la terre quand il passerait à une meilleure vie. Il lui promit qu'il demanderait pour elle à Dieu ce qu'elle souhaitait ; et en effet, quand il eut rendu tranquillement l'esprit, après avoir reçu de son évêque l'absolution et le Saint Viatique, la sainte fille expira dans le moment au pied du lit du saint abbé ; ce qui nous fait voir que la clôture n'était point une règle de son monastère, ou que la prenté si proche de ces deux saintes personnes donnait à Christine des privilèges que les autres n'auraient pas eus.

Outre l'évêque de Léon, il assita aux obsèques de saint Hervé plusieurs prêtres et trois abbés, saint Conogan, saint Maïan et saint Mornrod. Ils l'enterrèrent entre l'autel et la ballustrade orientale et munirent son cercueil de lames de fer et de plomb.

Il mourut le 22 du mois de juin selon ses Actes. Cependant, l'ancien Bréviaire de Léon met sa fête au 17 juin et l'église de Nantes la célèbre au 18 juillet.


Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau ; c'est en ce lieu
que fut enterré saint Hervé. Léon. Bretagne.

L'église où saint Hervé fut enterré a depuis porté son nom et s'appelle encore aujourd'hui Lan-Hoüarné, qui est une église paroissiale de l'évêché de Léon, entre Landivisiau et Lesneven. Le corps du Saint y demeura, dit saint Albert la Grand, jusqu'à l'an 878. Pour éviter la rage des Normands, il fut transféré à la Chapelle du château de Brest, où il fut jusqu'en 1002. Le duc Geoffroy Ier, l'ayant fait mettre dans une châsse d'argent, en fit présent à l'évêché de Nantes. Saint Albert le Grand le nomme Hérvé et le fait confesseur et aumonier du duc.

L'évêque mit la châsse au Trésor de son église et elle s'y est conservée jusqu'à ce que les bêtes féroces révolutionnaires les détruisent. Les serments ordonnés par la justice, ajoute [saint Albert le Grand], se faisaient autrefois sur cette châsse, comme il parait sur un Rituel de Nantes dressé vers l'an 1225, et les parjures étaient sévèrement punis.

L'église de Faouët, dans l'ancien diocèse de Tréguier, a saint Hervé pour patron et possède une petite portion de ses reliques. Il y en a aussi dans l'ancienne cathédrale de Léon.

Fils de barde et de poëte - Harvian son père et Rivanone sa mère exercaient ces professions -, saint Hervé est entre autre le patron des poëtes et des musiciens bretons.


Bras-reliquaire de saint Hervé.
Eglise Saint-Hervé de Lanhouarneau. Léon. Bretagne. XIVe.

* Notice de dom Guy-Alexis Lobineau, " Les vies des saints de Bretagne ", à Rennes, par la compagnie des Imprimeurs-Libraires, 1725, pp 111 & 112.

Rq : " Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans la même province " de dom Guy-Alexis Lobineau est disponible en consultation et téléchargement sur le site de la Bibliothèque nationale de France : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114592x
Au sujet de dom Lobineau, il convient de noter son extrême prudence quant à la reconnaissance des saints et des faits de leur vie. Il fut, qualité éminente mais excessivement développée chez lui selon nous, un censeur impitoyable de tout " merveilleux ", pour aboutir à un mépris de fait de bien des faits surnaturels que jamais ailleurs, sous la plume de censeurs tout aussi éminents et rigoureux, on aurait songé à remettre en cause. Cette faiblesse apparaît aujourd'hui dans la relation qu'il fait de la vie de saint Hervé ; il censure, par exemple, des faits reconnus par saint Albert le Grand qui était plus proches que lui (XIIe/XIIIe siècle) de nombre de sources fiables qui disparurent dans les ravages et destructions que commirent les bêtes féroces protestantes tant en France qu'en Allemagne, dans les Pays-Bas espagnols, l'Angleterre, le Pays-de-Galle, l'Ecosse, etc.
On ne dira jamais assez l'ampleur du drame religieux, historique, archéologique, patrimonial, etc. que provoquèrent les sectes protestantes dans l'Europe et dans le monde.
Pour revenir à dom Lobineau, disons qu'en matière d'histoire hagiographique aussi : in medio stat virtus. L'évacuation massive et quasi systématique du surnaturel du cours de l'histoire des hommes est une insulte à Notre Père des Cieux, à Sa création, à ses créatures, dont les anges et les hommes sont les sommets, et au bon sens. Rappelons que nombre de miracles se font devant un nombre de témoins qui les rendent irrécusables (la danse du soleil à Fatima devant plus de dix mille personnes !).

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vendredi, 16 juin 2017

16 juin. Notre Dame du Mont Carmel et le saint Scapulaire. 1251.

- Notre Dame du Mont Carmel et le saint Scapulaire. 1251.

" Celui qui mourra revêtu du saint Scapulaire, sera préservé des feux éternels ; c'est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls et le gage d'une paix et d'une protection spéciale jusqu'à la fin des siècles."
Paroles de Notre Dame à saint Simon de Stock.


Notre Dame du Mont Carmel remettant
le saint Scapulaire à saint Simon de Stock.

L'Ordre du Carmel a une origine aussi ancienne que glorieuse ; cet Ordre n'est que la continuation de l'école des prophètes établie au mont Carmel par le prophète Élie. Les disciples de cette école furent au premier rang parmi les convertis au christianisme naissant, et le Carmel devint le berceau de la vie monastique depuis Jésus-Christ.

Après la dispersion des Apôtres, l'an 38, ils bâtirent une chapelle en l'honneur de Marie et se vouèrent tout spécialement à célébrer Ses louanges. Plus tard, ils eurent beaucoup à souffrir des Sarrasins et des Musulmans.

C'est à l'occasion des épreuves subies par l'Ordre du Carmel au temps des Croisades que les Carmes vinrent en France avec le roi saint Louis. Ils y établirent plusieurs maisons et allèrent même s'implanter en Angleterre, où ils eurent le bonheur de voir saint Simon de Stock embrasser leur Institut. Ce grand Saint devint, en 1245, supérieur général des Carmes, et n'oublia rien pour rallumer la dévotion à Marie dans son Ordre.

La fête de Notre-Dame du Mont-Carmel a pour but de rappeler une grâce insigne accordée par Marie à l'Ordre du Carmel et par lui à toute l'Église. Dans la nuit du 16 juillet, Simon Stock demandait, avec une ferveur toute spéciale, la protection de la Sainte Vierge sur son Institut. Au lever de l'aurore, Marie lui apparut, accompagnée d'une multitude d'anges, environnée de lumière et vêtue de l'habit du Carmel. Son visage était souriant ; dans ses mains Elle tenait le scapulaire de l'Ordre. Devant le saint, Elle s'en revêtit Elle-même, en disant :
" Reçois, mon cher fils, ce Scapulaire de ton Ordre comme le signe distinctif de ma confrérie et la marque du privilège que j'ai obtenu pour toi et les enfants du Carmel. Celui qui mourra revêtu de cet habit sera sauvé, il ne souffrira jamais les feux éternels. C'est un signe de salut. Une sauvegarde dans les dangers, un gage de paix et d'éternelle alliance."

Le Saint fit des miracles pour confirmer la réalité de cette vision. Ce fut l'origine de la Confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel, pour les chrétiens qui, ne pouvant embrasser la Règle, veulent attirer sur eux les bénédictions promises au scapulaire. Le privilège le plus considérable accordé à la confrérie du Mont-Carmel après celui que Marie fit connaître à saint Simon Stock, est celui qui fut révélé au Pape Jean XXII : la délivrance du purgatoire, le samedi après leur mort, des confrères du Mont-Carmel qui auront été fidèles à l'esprit et aux règles de la Confrérie.


Le saint Scapulaire.

Outre ces deux privilèges, il y a de nombreuses indulgences attachées au scapulaire.

La signification profonde du Scapulaire est éminemment consolante. En effet, il s'agit de sauver les âmes de l'enfer en les unissant à son Ordre dont la Vierge est la Reine et les aidera à aller au Ciel. Pie XII, dans la lettre " Neminem profecto " du 11 février 1950, écrivait à ce sujet :
" II ne s'agit pas d'une chose de peu d'importance, mais bien d'acquérir la vie éternelle en vertu de cette promesse de la Bienheureuse Vierge que la tradition rapporte ; il s'agit donc d'une affaire de toutes la plus importante et de la manière de la conduire à terme en toute sécurité. Le Scapulaire comme vêtement de la Vierge, c’est le signe et le gage de la protection de la Mère de Dieu."
Le 6 août 1950, le même Pape ajoutait :
" Combien d'âmes, en des circonstances humainement désespérées, ont dû leur suprême conversion et leur salut éternel au Scapulaire dont ils étaient revêtus ! Combien aussi, dans les dangers du corps et de l'âme, ont senti, grâce à lui, la protection maternelle de Marie !"

Le Scapulaire est un vêtement, c'est l'habit de la Vierge. Dans la Sainte Écriture, le vêtement est signe d'une dualité : il symbolise la chute originelle de l'homme déchu de la grâce et la possibilité pour lui de revêtir une gloire perdue (Gen 3.). Par là même, le vêtement est le signe de la nature spirituelle de l'homme et de sa destinée surnaturelle. Le prophète Isaïe (61, 10) chante dans son action de grâce :
" Je suis plein d'allégresse dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé d’un manteau de justice, comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux."
Le fils prodigue, à son retour, a été revêtu par son père de la plus belle robe, signe de pardon (Luc XV, 22.).
L'apôtre saint Paul nous montre quels sont les vêtements du bon soldat du Christ : " Mettez tous vos soins à vous revêtir de L’armure de Dieu... Ceignez vos reins de la ceinture de la chasteté... Revêtez la cuirasse de la justice... Prenez Le bouclier de la foi... Couvrez-vous la tête du casque du salut " (Ep. VI.).
L'Apocalypse de saint Jean nous montre au jugement dernier une foule immense devant l’Agneau, vêtue de robes blanches (Apoc VII, 14.).

Le Scapulaire est lui aussi un vêtement de salut, une cuirasse et un bouclier spirituels, une robe d'innocence dont nous revêt la Mère de Dieu. L'habit est un signe d'appartenance de celui qui le porte à la personne de qui il l'a reçu, et, en retour, de la protection de cette personne. Le Scapulaire manifeste donc, de la part de celui qui le porte, la consécration et l'appartenance volontaire à Marie, et de la part de Notre-Dame, l'engagement à secourir celui qui le porte en toute occasion, particulièrement à l'heure de la mort.

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, donne aux dévots serviteurs de Marie (au nombre desquels ceux qui portent le Scapulaire auront à coeur d'être comptés) un programme de vie en l'honneur de la Mère de Dieu :
" Faire toutes nos actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus et pour Jésus." (n. 43.).

A propos du port du scapulaire mais aussi des autres vraies dévotions et instruments de dévotions extérieures, le même saint Louis-Marie nous encourage :
" Les pratiques extérieures bien faites aident les intérieures, soit parce qu'elles font ressouvenir l'homme, qui se conduit toujours par les sens, de ce qu'il fait ou doit faire ; soit parce qu'elles sont propres à édifier le prochain qui les voit, ce que ne font pas celles qui sont purement intérieures.
Qu'aucun mondain donc ne critique ni ne mette ici le nez pour dire que la vraie dévotion est dans le coeur, qu'il faut éviter ce qui est extérieur, qu'il peut y avoir de la vanité, qu'il faut cacher sa dévotion, etc...
Je leur réponds avec mon Maître : " que les hommes voient vos bonnes oeuvres, afin qu ils glorifient votre Père qui est dans les cieux (Matth. V, 16.), non pas, comme dit saint Grégoire, qu'on doive faire ses actions et dévotions extérieures pour plaire aux hommes et en tirer quelques louanges, ce serait vanité ; mais on les fait quelquefois devant les hommes, dans la vue de plaire à Dieu et de le faire glorifier par là, sans se soucier des mépris ou des louanges des hommes "."

Plus loin, le même saint remarque :
" Une des raisons pourquoi si peu de chrétiens pensent à leurs voeux du saint baptême et vivent avec autant de libertinage que s'ils n'avaient rien promis à Dieu, comme les païens, c'est qu'ils ne portent aucune marque extérieure qui les en fasse ressouvenir."


Notre Dame remettant le chapelet à saint Dominique
et le saint scapulaire à saint Simon de Stock.

Ô COMBIEN DE MIRACLES ET DE GRÂCES !

- Le Vénérable François de Yepes, tertiaire du Carmel, voyait souvent des démons qui s'efforçaient de le tenter. Un jour, alors qu'il baisait respectueusement son Scapulaire avant de le mettre, Satan s'approcha de lui, portant une chaîne d'or, et lui dit :
" Allons donc, porte plutôt cette chaîne d'or, et jette loin de nous cet objet qui nous est insupportable et ne sert qu'à nous tourmenter. Et cesse de persuader tant de personnes de le vénérer et de le porter."

Une nuit où il avait fait tomber son Scapulaire en se donnant la discipline, il vit les démons s'approcher de lui, et, tandis qu'il se hâtait de remettre le manteau de Marie, lui crier avec fureur :
" Enlève, enlève cet habit qui nous fait perdre tant d'âmes : car elles nous échappent, celles qui, en étant revêtues, meurent pieusement ". François de Yepes leur fit avouer que trois choses les tourmentaient et leur étaient insupportables : " le Nom de Jésus, le Nom de Marie et le Scapulaire du Carmel "."

- Saint Alphonse de Liguori était mort en 1787 avec le Scapulaire du Mont-Carmel. Or, quand, au cours de son procès de béatification, on ouvrit sa tombe, on constata que le corps du saint évêque était réduit en poussière, ainsi que ses vêtements. Seul son Scapulaire était parfaitement intact ! Cette relique précieuse est aujourd'hui exposée au Monastère Saint Alphonse de Rome. Un siècle plus tard, le même phénomène de conservation miraculeuse du Scapulaire fu constaté lorsqu'on examina les reliques de saint Jean Bosco.

- Un vieil homme est amené, inconscient, à l'hôpital Saint-Simon de Stock, à New-York. L'infirmière, voyant sur sa chemise un Scapulaire brun, appelle un prêtre. Pendant que celui-ci récite les prières des agonisants, le malade ouvre les yeux et murmure :
" Mon Père, je ne suis pas catholique.
- Pourquoi alors portez-vous le Scapulaire ?
- J'ai promis à des amis de le porter et de dire chaque jour un " Je vous salue, Marie ".
- Vous êtes mourant, lui dit le prêtre. Voulez-vous devenir catholique ?
- Oui, mon Père. Toute ma vie, je l'ai désiré."
Le prêtre le prépare rapidement, puis le baptise et lui donne les derniers sacrements. Peu de temps après, le vieil homme mourait doucement. La Bienheureuse Vierge Marie avait pris sous sa protection cette âme revêtue de son Habit.

QUESTIONS PRATIQUES CONCERNANT LE SCAPULAIRE

1. On devient membre de la Confrérie du Scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel par la réception du Scapulaire, qui doit obligatoirement être " imposé " , c'est à dire placé autour des épaules, en utilisant le rituel prévu à cet effet.
En cas d'urgence (péril de mort) et s'il était impossible de trouver un prêtre, un laïc pourrait imposer, à lui-même ou à un autre, en récitant une prière à la Sainte Vierge, un scapulaire précédemment bénit par un prêtre.

2. Tout prêtre ou diacre peut désormais faire l'imposition du Scapulaire (il n'est plus nécessaire, comme par le passé, d'une autorisation spéciale de l'Ordre des Carmes déchaux). Il faut pour cela utiliser une des formules de bénédiction prévues par le Rituel romain. Certains laïcs, munis des pouvoirs nécessaires donnés par l'Ordre du Carmel, peuvent également l'imposer.

3. Le Scapulaire du Mont Carmel est composé de deux morceaux de laine brune de forme rectangulaire ou carrée, non tricotés mais tissés, reliés entre eux par deux fils de manière à pouvoir être portés, un morceau sur la poitrine et l'autre sur le dos. L'image de la Sainte Vierge n'est pas nécessaire, mais c'est une pieuse et louable coutume qu'elle y soit attachée.

4. Le Scapulaire doit être porté de manière moralement continuelle (donc aussi pendant la nuit) ; on peut bien sûr l'enlever pour se laver, sans cesser de bénéficier de la promesse. Il peut être dissimulé sous les vêtements. Il est bénit une fois pour toutes lors de l'imposition. Lorsqu'un Scapulaire est sali ou usé, on peut donc le remplacer sans aucune nouvelle cérémonie de bénédiction ou d'imposition (la bénédiction du premier Scapulaire passe aux suivants).

5. La médaille du Scapulaire.
Le Pape Saint Pie X a concédé la faculté de remplacer le Scapulaire de tissu par une médaille, surtout en raison de la rapide corruption de l'étoffe dans les pays chauds. Cette concession a été depuis étendue au monde entier. On peut donc avec la médaille du Scapulaire bénéficier des trois promesses de la Très Sainte Vierge :
- préservation des flammes éternelles,
- libération du purgatoire (privilège sabbatin),
- protection contre les dangers de l'âme et du corps.

Il faut toutefois remarquer que la médaille ne peut être imposée. Il est donc indispensable de recevoir, selon les normes prescrites ci-dessus, un premier Scapulaire en tissu : seulement après, on peut le remplacer par la médaille (préalablement bénite avec la formule de bénédiction du Scapulaire, ou par un simple signe de croix).

La médaille doit représenter d'un côté Notre Seigneur montrant son Coeur, de l'autre la Sainte Vierge. On peut porter la médaille du Scapulaire autour du cou ou sur soi d'une autre manière. Si l'on change de médaille, il n'est pas nécessaire que la nouvelle médaille reçoive une bénédiction. Cependant, il faut insister sur le fait que l'Église préfère le Scapulaire en étoffe, parce que celui-ci représente mieux le vêtement donné par la Sainte Vierge à saint Simon Stock.

La concession de la médaille n'est qu'une dispense, et les papes saint Pie X et Benoît XV qui l'ont octroyée, ont ajouté qu'ils désiraient que les fidèles continuent à porter, si possible, le Scapulaire en laine.

On peut d'ailleurs remédier à l'inconvénient de l'usure du tissu, en protégeant le Scapulaire avec une enveloppe en plastique, ou plus simplement en changeant souvent de Scapulaire. Le Scapulaire usé doit être brûlé ou jeté enveloppé, de manière à ne pas risquer d'être profané.